Monde

L'immigration vénézuélienne, la seule tolérée par Trump

Temps de lecture : 5 min

Nombre de Vénézuélien·nes soutiennent le président américain, dont la politique migratoire ne semble pas aussi stricte dans leur cas que pour d'autres pays d'Amérique latine.

L'activiste Erick Rozo (au centre) lors d'une manifestation de soutien au peuple vénézuélien organisée à New York. | Avec l'autorisation d'Erick Rozo
L'activiste Erick Rozo (au centre) lors d'une manifestation de soutien au peuple vénézuélien organisée à New York. | Avec l'autorisation d'Erick Rozo

À New York (États-Unis)

Fonds alloués à la construction du mur entre les États-Unis et le Mexique, détention de mineur·es, allongement du temps d'attente pour l'obtention des visas... Alors qu'à l'été 2019, l'administration Trump a continué à batailler contre l'immigration, le président américain séduit toujours la communauté vénézuélienne, première nation pour les demandes d'asile aux États-Unis.

«En tant que pays, nous avons une bonne image de Donald Trump, car il est la main forte qui nous aide à nous débarrasser de Maduro. Si vous faites un sondage au Venezuela, vous verrez que la majorité de la population le soutient», assure Erick Rozo, activiste vénézuelien, réfugié à New York depuis août 2014.

Le ​Wall Street Journal mentionnait en mars 2019 une enquête d'opinion réalisée par l'institut More Consulting, situé à Caracas, qui donnait 52 % d'opinions favorables au président américain début février, contre 43 % en août 2017.

Donald Trump n'a eu de cesse d'exercer des pressions contre le président Nicolás Maduro, qu'il juge illégitime et contre lequel une partie du peuple vénézuélien manifeste depuis plusieurs années.

Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, la détérioration des conditions de vie ont forcé plus de quatre millions de personnes à quitter le pays pour s'installer dans les États frontaliers, mais aussi aux États-Unis.

Jusqu'à présent confronté·es aux mêmes difficultés que les autres migrant·es contraint·es, les Vénézuélien·nes pourraient bientôt bénéficier d'une protection accordée par Donald Trump, qui les autoriserait à vivre et à travailler légalement aux États-Unis.

Enjeu électoral

La communauté vénézuélienne est particulièrement représentée à Miami et à New York, où Angel Legrottaglie a choisi de s'installer il y a quatre mois.

En 2016, alors qu'il était encore au Venezuela, il espérait voir Donald Trump devenir président des États-Unis: «Il a dénoncé la triste vérité sur l'immigration aux États-Unis. Les gens viennent ici illégalement et abusent du système. Alors oui, les immigrants ont joué un rôle essentiel dans ce pays pendant des dizaines d'années, mais j'ai toujours pensé que les choses devaient être faites de la bonne manière.»

Pour autant, le jeune homme de 22 ans est pleinement conscient que Donald Trump a un intérêt politique à se focaliser sur son pays: «Trump persiste à mettre la pression sur notre gouvernement illégitime simplement parce qu'il a besoin du vote de la communauté latino ici et en Floride, qui est un État très important à chaque élection.»

Bien qu'il soit lui-même demandeur d'asile, Angel Legrottaglie estime que le nombre croissant de Vénézuélien·nes demandant ce statut devient un problème pour les États-Unis.

Son meilleur ami, Gabriel Molina, l'héberge dans le quartier de Staten Island. Lorsqu'il est arrivé à New York il y a deux ans, ce dernier ne connaissait que quelques personnes originaires de son pays dans la ville; «Maintenant, il y en a plein», assure-t-il.

Selon Erick Rozo, 50.000 d'entre elles étaient inscrites pour voter à New York en 2017. Ce nombre, qui n'inclut pas les moins de 18 ans, aurait depuis doublé.

Terre d'opportunités

Gabriel Molina a pour sa part fait venir sa famille du Venezuela. «Ils étaient en danger et mon frère de 11 ans n'avait pas de futur là-bas, il aurait pu être tué pour un téléphone», raconte-t-il autour d'un repas traditionnel, dans un restaurant typique de son pays situé à Williamsburg.

Son ami Angel Legrottaglie acquiesce. «On ne peut pas s'imaginer la situation là-bas, même si je l'explique, confie-t-il. Il y a des coupures d'électricité tous les jours qui peuvent durer jusqu'à sept heures, tout est très cher, le salaire moyen est l'équivalent de quatre dollars par mois. Qui peut vivre avec ce revenu-là?»

C'est surtout l'insécurité permanente qui a poussé les deux jeunes hommes à fuir. «C'est l'anarchie. À 18 heures, les magasins sont fermés, les gens rentrent chez eux parce que c'est dangereux de sortir, on peut se faire tuer facilement car tout le monde a un pistolet. Si je tue quelqu'un, je sais que j'irais en prison, mais que j'en ressortirais dans les jours suivants. La police est corrompue, le système ne fonctionne plus», déplore encore le nouveau New-Yorkais.

Aux États-Unis, Angel et Gabriel, à la joie de vivre inépuisable, survivent en travaillant semaine et week-end dans la restauration et le lavage de voitures. Ils espèrent pouvoir un jour exercer dans leur domaine d'études –le journalisme sportif pour l'un, l'informatique pour l'autre.

«Je voulais venir ici depuis que j'ai 9 ans, parce que j'adore ce pays; c'est la terre des opportunités. Aujourd'hui, je suis ici et je suis heureux. Mon rêve américain commence», s'enthousiasme Angel Legrottaglie.


Gabriel Molina et Angel Legrottaglie à New York. | Élise Pontoizeau

En partant, il a pourtant dû se séparer de sa petite amie, qui n'était pas prête à venir s'installer à New York. Avec quatre millions de Vénézuélien·nes vivant à l'étranger, les familles sont déchirées et les relations compliquées. «C'est une blague, maintenant: “Pourquoi tu as rompu? Parce qu'il a quitté le pays”, ça arrive tout le temps», ironisent les deux amis.

Bonne image

Erick Rozo n'a pas vu sa famille depuis cinq ans. Si ce Vénézuélien de 31 ans vit à New York, c'est parce que dans son pays, ses opinions politiques mettaient sa vie en danger.

En 2009, il a créé avec d'autres opposants à Chávez Voluntad Popular, le parti politique de Juan Guaidó. Aujourd'hui, il s'intéresse de près à la situation de ses semblables arrivant dans la métropole américaine.

«D'une certaine manière, c'est compliqué de voir que le gouvernement Trump est considéré comme anti-migrants mais qu'en même temps, ses politiques restrictives ne sont pas appliquées aux Vénézuéliens», constate-t-il, en précisant que si Hillary Clinton avait été élue, son gouvernement n'aurait pas fait autant pression sur Nicolás Maduro: «Ses conseillers auraient dit qu'ils condamnaient ce qu'il se passait au Venezuela, mais ils ne seraient pas passés à l'action.»

Le New-Yorkais d'adoption organise très régulièrement des manifestations en soutien au peuple vénézuélien. Il est également en lien avec la mairie, qui l'aide à établir des statistiques sur sa communauté, et est très présent sur les réseaux sociaux, notamment via le compte Facebook Venezolanos en New York, qui procure des informations aux primo-arrivant·es.

Erick Rozo lors d'une manifestation à New York. | Avec l'autorisation d'Erick Rozo

Quand on lui demande comment l'intégration se passe dans un pays où ​35 % de la population pense que le nombre d'immigrant·es dans le pays devrait diminuer, Erick Rozo estime que l'opinion des Américain·es sur les Vénézuélien·nes diverge de celles sur les migrant·es venant d'autres pays.

«En général, ils nous considèrent comme des personnes qui étaient riches, mais qui ne le sont plus à cause des dirigeants de gauche, expose-t-il. Même les Républicains qui sont vraiment contre l'immigration ont une position différente quant aux Vénézuéliens.» L'activiste avance une explication: «Je pense que c'est par respect, dans le sens où le Venezuela était le pays le plus riche de la région.»

L'homme dédié à sa communauté rêve de retourner dans son pays et de le reconstruire, car comme il le formule: «Después que Dios creo la tierra, todo lo que sobró con eso hizo Venezuela», soit «Après avoir créé la Terre, Dieu a mis tout ce qu'il restait au Venezuela».

Élise Pontoizeau Journaliste

Newsletters

Les séries télé, nouvelle arme politique d'Erdoğan

Les séries télé, nouvelle arme politique d'Erdoğan

Une manière pour le régime islamo-nationaliste de valoriser le passé impérial.

Face à l'arrivée des réfugiés, la population européenne bricole une hospitalité

Face à l'arrivée des réfugiés, la population européenne bricole une hospitalité

Des actions collectives spontanées initiées par des volontaires non politisé·es peuvent aboutir à des actions ayant un impact sur les opinions publiques. Mais pas sur l'accueil des réfugié·es lui-même.

Selon des experts, l'utilisation d’armes imprimés en 3D à Halle doit servir d'avertissement pour les autorités

Selon des experts, l'utilisation d’armes imprimés en 3D à Halle doit servir d'avertissement pour les autorités

Dans un message, le terroriste a écrit que pour ceux qui vivent dans un pays sans arme, cela «peut présenter un intérêt. Tout ce dont vous avez besoin est d’un weekend entier et de 50$ de matériels».

Newsletters