France

Xynthia: comment améliorer un système d'alerte défaillant

Grégoire Fleurot, mis à jour le 16.12.2010 à 10 h 39

Les habitants des zones dévastées ont eu comme consigne de rester chez-eux, où certains sont morts noyés.

Après la tempête qui a frappé les côtes de Vendée et de Charente-Maritime (bilan provisoire de 52 victimes), l'heure est à la recherche des responsabilités. Outre le problème de l'urbanisation en zones inondables, les questions se tournent vers les systèmes d'alerte de la population en cas de dangers météorologiques.

Récapitulons le fonctionnement du système: Météo France publie des cartes de vigilance deux fois par jour, qui sont disponibles sur Internet, par téléphone et sont largement relayés à la télévision et à la radio. La préfecture, qui est en charge de la sécurité civile, décide ensuite en fonction des prévisions de Météo France de mettre garde les différents élus locaux, pour que ceux-ci prennent les mesures adéquates. Ce sont en effet les maires qui ont la responsabilité d'informer et le cas échéant de prendre des mesures préventives pour protéger les habitants de leur commune.

Les habitants sont donc supposés s'informer d'eux-mêmes sur les conditions météorologiques grâce à Météo France, et reçoivent le cas échéant des informations du maire, qui se fonde lui-même sur les recommandations de l'organisme de prévision.

Météo France a fait son travail

Quelles sont les consignes que les populations ont reçues? L'alerte de vigilance rouge qui a été diffusée par Météo France dès vendredi soir concernait un risque de tempête et de crues sur la région. Le bulletin de samedi 16h, lors du passage en alerte rouge, avait prédit de manière précise les phénomènes qui ont causé la catastrophe: «La conjonction avec la marée haute de fort coefficient (102) et le phénomène de surcote (localement plus d'1 m) engendré par les vents forts et les pressions basses favorisera une élévation temporaire du niveau de la  mer pouvant submerger certaines parties du littoral.»

Mais les consignes de Météo France relayées par les préfectures en cas d'alerte rouge sont les suivantes: «Restez chez vous et évitez toute activité extérieure» et «n'intervenez pas sur les toitures» en cas de vent violent; «informez-vous (radio, etc), évitez tout déplacement et restez chez vous» et «mettez vos biens à l'abri de la montée des eaux» en cas de risque de pluies/inondations. Le plan de vigilance pour le vent prévoit bien que «des inondations importantes peuvent être à craindre aux abords des estuaires en période de marée haute», mais aucun conseil de comportement n'est donné pour cette situation spécifique, à part celui de rester chez soi.

Piégés chez eux

Le bon citoyen d'Aiguillon-sur-Mer qui s'informe de manière normale s'est donc cloîtré chez lui (probablement au rez-de-chaussée dans cette zone où les plans d'urbanisme n'autorisent que très rarement des maisons à un étage), a surélevé sa télé pour pouvoir continuer à s'informer... et s'est fait piéger par les eaux dans son salon. Un lecteur de Sud-Ouest résume: «On s'imagine que nous allons perdre la toiture de la maison, et deux heures après, en plein sommeil, la maison se transforme en aquarium...»

Alors bien sûr, il revient au maire de prendre ses responsabilités d'après les informations dont il dispose, comme le rappelle Gilles Duval, maire de la commune de Saint-Clément-des-Baleines sur l'île de Ré:

Quand on vous annonce une alerte rouge un jour de grande marée –qui plus est dans des zones classées inondables, on se bouge, on ne dort pas! Alors, à 3 heures du matin, j'étais au pied de la digue, avec tout le conseil municipal embarqué dans des 4 × 4, micro en main pour hurler aux 250 riverains de se sauver. Et je trouve lamentable que la même chose n'ait pas été faite en Vendée. C'est de l'inconscience, car eux aussi avaient été prévenus depuis la fin d'après-midi.

Si on considère que c'est au maire de bien connaître sa commune et de la préparer au pire (comme le suggère Gilles Duval et comme le veut le système français) et que c'est donc à lui de prendre la décision d'évacuer, la responsabilité de certains est gravement en cause.

Questions

Mais deux questions demeurent. D'abord, ne devrait-il pas exister un plan d'évacuation rôdé dans des zones justement reconnues comme à risque? On peut imaginer que le passage en niveau rouge, qui n'a été donné que huit fois depuis 2002, soit une fois par an en moyenne et souvent de manière très localisée, déclenche automatiquement des mesures d'urgence et d'évacuation.

Ensuite, dans un pays qui compte autant de côtes et d'habitations en zone inondable que la France et alors que la montée des eaux est prévisible, pourquoi n'existe-t-il pas d'alerte et de réponse spécifique au risque d'inondation sur le littoral dû à une montée de la mer ou a des digues défaillantes? C'est une chose de mettre toutes les responsabilités sur les épaules du maire, mais encore faut-il lui donner les moyens de protéger sa population. Le site censé aider les maires dans la mise en œuvre de la prévention des risques prévoit huit types de risques naturels, mais il n'y est à aucun moment question des inondations sur le littoral. La carte de vigilance aux inondations du ministère de l'Ecologie ne concerne quant à elle que les crues des cours d'eau.

Grégoire Fleurot

Image de une: Un camping à Aytre après le passage de la tempête Xynthia, REUTERS/Regis Duvignau

Grégoire Fleurot
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Journaliste
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