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Établissons le dialogue avec les hommes coupables de violences conjugales

Temps de lecture : 3 min

S'intéresser aux seules victimes ne permet pas de prendre le problème à bras-le-corps.

On ne peut pas se contenter de mettre les femmes en sécurité, il faut aussi comprendre comment les responsables en arrivent à de tels actes. Badges avec le logo du numéro d'urgence (39 19) créé pour lutter contre les violences domestiques, le 3 septembre 2019 à l'hôtel Matignon (Paris). | Éric Feferberg / AFP
On ne peut pas se contenter de mettre les femmes en sécurité, il faut aussi comprendre comment les responsables en arrivent à de tels actes. Badges avec le logo du numéro d'urgence (39 19) créé pour lutter contre les violences domestiques, le 3 septembre 2019 à l'hôtel Matignon (Paris). | Éric Feferberg / AFP

Oyez, oyez, braves gens. Écoutez le colporteur de nouvelles. Mais… attendez… de quoi nous parle-t-il? De violences conjugales? Chut… attendez… Qu'ouïs-je? Fé-mi-ni... Féminicide? Voilà qui me donnerait envie de danser la carmagnole. Toutes les radios, toutes les télés, presque toute la presse s'est emparée de ce terme qui jusqu'à présent était, ne nous voilons pas la face, cantonné à la sphère militante. Voudrait-ce dire que quelque chose frémit? Après le burn-out de militantes féministes en fin d'année, voilà qui motive fichtrement.

Cette semaine, on a enfin entendu les victimes. Elles ont eu la parole. Même Emmanuel Macron les a écoutées au téléphone. C'est très bien. Je pense que reconnaître aux victimes leur statut de victime et leur offrir autre chose que des regards détournés de gêne est une étape nécessaire.

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On a besoin, collectivement, d'être sensibilisé à ces questions. On a besoin de connaître les mécanismes d'emprise. De comprendre que derrière les violences physiques qui sont au premier abord les plus terrifiantes, il y a les violences psychologiques non moins destructrices. On a besoin d'identifier tous les dysfonctionnements des institutions.

Tout cela, c'est très bien. Il y a quand même eu un grand absent. Ou plutôt de grands absents. Parce que, en vrai, ces femmes n'ont pas été victimes d'une maladie mystérieuse, d'un virus invisible. L'origine de leurs souffrances ne flotte pas, insaisissable, dans l'air. Je sais que c'est très désagréable à entendre et qu'on va me le reprocher, mais enfin… oserais-je le dire? Elles sont victimes d'individus masculins. Des personnes en chair et en os qui ont totalement disparu dans cette séquence. C'est à peine s'ils ont été évoqués.

Or, soyons claires. Si les femmes victimes de violence peuvent être nos amies, nos sœurs, nos mères, nos collègues, nos voisines, alors les hommes coupables de les asséner peuvent également faire partie de notre entourage.

On a l'impression que tout le monde connaît une femme victime de violence, mais que personne n'a croisé d'hommes responsables des coups portés. Apprendre à détecter les femmes battues, c'est nécessaire. Ne faudrait-il pas également apprendre à reconnaître les hommes brutaux?

S'intéresser aux coupables

Il va nous falloir une véritable révolution intellectuelle, que nos cerveaux opèrent un virage à 180 degrés pour envisager les choses autrement. Les violences contre les femmes ne sont pas un problème de femmes. Oui, la plupart des militantes féministes et des membres des associations sont des femmes. Oui, les victimes sont des femmes. Mais en vérité, c'est un problème d'hommes. Le problème, c'est une certaine masculinité dominante. Le problème, c'est le pouvoir que ces hommes ne sont pas prêts à perdre.

On demande souvent pourquoi les femmes qui subissent sont restées dans leur foyer, pourquoi elles ne sont pas parties plus tôt. Elles ont intégré un tel sentiment de culpabilité qu'elles se sentent toujours obligées de se justifier. Mais enfin, la vraie question c'est peut-être plutôt de demander aux premiers concernés pourquoi ils insultent, pourquoi ils frappent. Cette grande question reste sans réponse. Comment un homme arrive-t-il à prendre un couteau pour le planter dans la gorge de la femme avec laquelle il vit? Peut-on l'empêcher? Comment? Par quel processus?

Une fois que l'on s'est intéressé aux victimes, ce qui est éminemment nécessaire et je pense que la préséance oblige à commencer par elles, il va falloir s'intéresser aux coupables. Les regarder en face. Les écouter. Leur parler. Comment déracine-t-on la violence? Quelles mesures préventives peut-on prendre? La tentation est grande de se dire que l'on a affaire à des monstres. Je suis contre la rhétorique du monstrueux. Elle paralyse la pensée –à moins de se dire que c'est en la société qui les produit.

On ne peut pas se contenter de mettre les femmes en sécurité.

Il faut mettre fin à l'indulgence dont ont bénéficié jusqu'ici les auteurs de violence (indulgence particulièrement visible au sein des institutions, indulgence que l'on entend dans les «ce sont juste des insultes Madame, rentrez chez vous», ou dans le refus d'enregistrer les plaintes). Il faut se demander ce qui est à l'origine de cette tolérance (l'excuse du lien entre amour et possession ne tient plus, il faut réinventer les relations amoureuses). Il faut éduquer autrement. Pour affronter le problème en face, il va également falloir regarder ces hommes et tenter de comprendre, comme les spécialistes le font déjà. C'est désagréable, c'est dérangeant, c'est pénible. C'est la prochaine étape.

Ce texte est paru dans la newsletter hebdomadaire de Titiou Lecoq.

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