Boire & manger

La grande cuisine française est toujours présente sur la Côte d'Azur et dans le Var

Temps de lecture : 16 min

Voici trois destinations haut de gamme à inscrire sur vos agendas.

Le Grand-Hôtel du Cap-Ferrat. | Christian Horan
Le Grand-Hôtel du Cap-Ferrat. | Christian Horan

Le Grand-Hôtel du Cap-Ferrat, un palace de rêve et un rêve de palace

Construit en 1908 sur un terrain rocheux appartenant au roi Léopold II de Belgique, le magnifique bâtiment tout blanc surplombe majestueusement la mer, cerné par un extraordinaire parc aux essences rares (pins d'Alep) d'où l'on descend par un funiculaire (61 mètres en 60 secondes). La cabine vous dépose au Club Dauphin, au bord de la Grande Bleue et du restaurant de spécialités locales ouvert jusqu'à 19 heures.


Au Grand-Hôtel du Cap-Ferrat, le parc. | Christian Horan

C'est le fameux Lord Brougham qui au début du XXe siècle a insufflé à la gentry britannique le goût des longs séjours sur la Riviera, pour les bienfaits du soleil et les premiers bains de mer –déjà les soins du corps.

Ce sont les têtes couronnées de l'époque, la reine Victoria et sa cour, la famille royale de Belgique, le duc de Connaught, suivis des princes russes, des aristocrates français, des bourgeois enrichis (la clientèle de Maxim's 1900) qui ont fait vivre les premiers grands hôtels de la Côte d'Azur.

La piscine olympique du Grand-Hôtel du Cap-Ferrat (eau de mer) a été inspirée par celle de l'Hôtel du Cap-Eden-Roc à Antibes. C'est la même clientèle high class qui a maintenu la fréquentation chic et chère de ces monuments de l'hôtellerie de luxe, celle du Ritz parisien des Rockefeller, de Chanel, présente aussi à l'Hôtel de Paris à Monaco et au Carlton de Cannes.

Le miracle est que ces palaces historiques –terme officiel depuis 2011– ont résisté aux changements de propriétaires, aux guerres de 1914 et de 1939, et aux redoutables projets immobiliers comme le Palais Beausite à Cannes sur la Croix-des-Gardes, doté d'un opéra, vendu par appartements en 1946. Le Montfleury, sur les hauteurs de la ville, est fermé.

Dans les années 1960, le Grand-Hôtel du Cap-Ferrat a été acquis par des milliardaires américains pour 23 millions de dollars. Propriétaires du Bel Air de Los Angeles, ils avaient des projets singuliers et avaient baptisé le grand hôtel Bel Air Cap-Ferrat, on croit rêver!

Par chance, le palace à la façade sur la mer où descendaient Winston Churchill, William Somerset Maugham, David Niven, Elizabeth Taylor, Jean-Paul Belmondo –Pablo Picasso venait sur la plage avec Françoise Gilot– a été conservé en l'état, c'est la mémoire vivante de la Côte d'Azur. Songez que le maître-nageur Pierre Gruneberg a appris la brasse aux enfants de Charlie et Oona Chaplin.

Il faut souligner que les propriétaires actuels des murs ont eu la bonne idée de confier la gestion et l'image de l'hôtel à la rotonde signée Gustave Eiffel (1909) au groupe canadien (Toronto) Four Seasons Hotel, une compagnie experte en établissements de luxe de renommée mondiale: le George V à Paris, le Four Seasons de Hong Kong, le Four Seasons de Bali, celui de New York (six étoiles au guide Michelin), ceux de Londres…

En 2009, pour le centenaire, le Grand-Hôtel du Cap-Ferrat a été rénové, embelli, décoré par les architectes Luc Svetchine et Pierre-Yves Rochon, un as de la décoration intérieure. Voyez ces trois types de marbre, le Perse beige, le Calacatta crème et le noir Absolu, associés à la délicatesse du lin blanc et de la soie aux tons pastel beige et blanc, ce qui renforce la luminosité des intérieurs –une sorte de chef-d'œuvre hôtelier.

Que dire des 7 hectares de jardins éblouissants signés du paysagiste ô combien talentueux Jean Mus? Un parcours pédestre enchanteur pour les heureux résidents –50% d'étrangers.

On comprend, en vivant dans cette vaste demeure aristocratique, que ce Grand-Hôtel de pure beauté (250 employé·es en haute saison) ait été élu par Condé Nast meilleur hôtel de bord de mer en Europe en 2017 et meilleur hotel resort en 2018.

La clientèle américaine n'a jamais été plus fidèle –les lignes d'aviation New York-Nice et retour, un poumon pour le tourisme. Notez que Jean-François Dieterich, le maire du village (environ 1.700 habitants) le plus chic de France, proscrit les grues l'été et n'a pas construit d'héliport, tranquilité de la clientèle oblige.

Yoric Tièche, grand chef étoilé du palace azuréen

Le Grand-Hôtel du Cap-Ferrat se devait d'avoir à l'œuvre un cuisinier de talent, sensible aux choses de la terre provençale et de la mer féconde en trésors iodés.

Yoric Tièche, chef des cuisines au Grand-Hôtel du Cap-Ferrat. | Grand-Hôtel du Cap-Ferrat

Formé par Yannick Alleno au Meurice (trois étoiles alors), par Alain Solivérès, l'ex-grand chef du Taillevent très étoilé, cuisinier remarqué à La Passagère de l'Hôtel Belles-Rives à Juan-les-Pins, ce quadra distingué aux yeux bleus a conçu pour la clientèle du Cap, face à la mer, une cuisine originale, d'une totale simplicité.

La salade de haricots verts, tomates de plein champ et jus de légumes (58 euros) est une mise en bouche délicate, les moules de bouchot à la niçoise dans une soupe clarifiée à la rouille et fenouil une interprétation locale améliorée (62 euros), les sardines de Méditerranée anoblies au caviar osciètre et crème de haddock une merveille de finesse (76 euros) et les trois grosses crevettes carabineros aux pâtes fraîches et coquillages une innovation goûteuse –on en redemande (82 euros).

Concentré de Méditerranée, pistes, poutargue, loup, soupe de roche, anchois et légumes. | Martino Dini

La belle pièce de turbot rôti façon civet, escortée d'un sublime beurre blanc aux courgettes (82 euros), est le chef-d'œuvre de ce jeune maître d'une inventivité dominée –le goût avant tout. La soupe de roche concentrée aux anchois et légumes (64 euros) est unique sur la côte, tout comme la poitrine de pigeon rôtie au miel, cerises et aubergine, jus vif (78 euros). La queue de homard est saisie et agrémentée de melon et bouillon de poivrons jaunes (88 euros), mouillement subtil.

Couteaux et coques au naturel rafraîchies aux algues fraîches et agrumes, bavaroise de fenouil. | Martino Dini

Disons-le, cette symphonie très personnelle emballe le gourmet par le choix des garnitures toutes différentes (la pêche blanche aux amandes avec le filet de veau) et l'harmonie des préparations d'une originalité bien sentie, sans fanfreluches ni coquetteries: c'est le style Robuchon méditerranéen, on a envie de tout déguster, et de revenir le lendemain.

Notez en conclusion la rarissime crème légère de parmesan au lait de brebis (22 euros), jamais savourée nulle part, et le divin soufflé à la vanille Pompona aux mirabelles et glace (28 euros) du grand pâtissier Florent Margaillan, qui ira loin.

Oui, la seconde étoile s'impose pour le Michelin 2020. Il y a là, dans ce laboratoire culinaire, un futur Alain Ducasse, c'est la même rigueur et une «main» (Alain Passard) de grand chef mémorable, bien à sa place à la table en vue du Cap.

71, boulevard du Général-de-Gaulle, 06230 Saint-Jean-Cap-Ferrat. Tél.: 04 93 76 50 50. Au Cap, menu Grand Bleu (cinq assiettes) à 198 euros. Carte de 160 à 220 euros. Champagne Krug au verre à 56 euros, Billecart-Salmon rosé à 55 euros.

À La Véranda, face au parc mirobolant, thon fumé à la pulpe d'avocat (38 euros), salade de courgettes du pays au chèvre frais (34 euros), tarte tropézienne à la framboise (18 euros).

Au Club Dauphin, déjeuner en maillot de bain du bon chef Vincent Ghiglione, tapenade exquise, sashimis au thon (28 euros), bar à sushis le dimanche et carte japonaise à l'hôtel, quarante-neuf chambres, vingt-quatre suites à partir de 380 euros, vingt-six chambres et suites avec vue sur mer.

La Résidence en face, seize chambres, huit suites. Spa, piscine couverte, aquagym (70 euros), soins du visage et du corps, coiffure à partir de 60 euros. Affilié à Four Seasons Hotels.

Au Château de la Chèvre d'Or à Èze, Arnaud Faye, ancien chef du Ritz de Paris

Situé entre terre et ciel à 650 mètres d'altitude, une falaise à pic sur la mer, le Relais & Châteaux de la Chèvre d'Or est un promontoire impressionnant sur la Côte d'Azur, à huit kilomètres de Nice.

Creusé dans les rochers du village d'Èze, le long des ruelles pavées, cet écrin de pierres brutes niché entre le Cap-Ferrat et le Cap-d'Ail est une destination d'exception pour la beauté du site escarpé, bien préservé autour des restanques et remparts ancestraux –inoubliable coup d'œil.

En un demi-siècle d'existence, ce château étrange aux chambres et suites sur la mer et terrasses disséminées dans le village cher à l'écrivain Frédéric Nietzsche et à la famille Disney attire de plus en plus de client·es conquis·es par l'originalité de ce rocher escarpé mais bienfaisant pour le ressourcement de soi –aujourd'hui quarante-quatre chambres, contre dix en 1975.

Côté cuisine, la Chèvre d'Or a engagé en juillet 2016 le chef auvergnat Arnaud Faye, 41 ans, passé par de grandes maisons, la Pyramide à Vienne, l'Arnsbourg de Jean-Georges Klein en Alsace, le Buerehiesel d'Antoine Westermann, trois étoiles à Strasbourg, et Bernard Loiseau, triple étoilé à Saulieu: une éducation culinaire hors pair.


Arnaud Faye, chef du restaurant à La Chèvre d'Or. | Mary Nélaton

En 2007, l'enfant de Clermont-Ferrand est nommé chef de l'Espadon du Ritz de Paris par le mythique maestro Michel Roth, une promotion fantastique (sept chefs place Vendôme en un siècle) et deux ans plus tard, le jeune maître Faye obtient une seconde étoile –c'est l'élite de quatre-vingts grands chefs en France.

L'arrivée inattendue à Èze village pour diriger la table renommée de la Chèvre d'Or s'annonce comme un changement de cap radical. «Il fallait que je comprenne l'environnement du comté niçois, que j'épouse la culture de la région afin d'offrir une vraie cuisine locavore et identitaire», confie le chef, très vite acclimaté aux terroirs et collines des alentours, aux poissons de roche, légumes et aux recettes phare du Vieux-Nice: la soupe au pistou, la tarte au citron, la pissaladière sans anchois et les panisses.

À ces spécialités nissardes si goûteuses vont s'ajouter ses techniques de cuisson et les présentations des assiettes, le dressage contemporain graphique et soigné des préparations lumineuses qui vont plaire au public connaisseur de la Chèvre d'Or –le même que celui des grandes tables de la Côte, où la population des gastronomes ne cesse de croître.

«Oui, je suis heureux sur le piton rocheux, reconnaît le chef, ma cuisine enrichie d'extractions s'est affinée, elle est plus précise, plus nette qu'à mes débuts à la Chèvre d'Or.»

En 2018, une consécration majeure: il est promu Meilleur Ouvrier de France, diplôme envié par tous les cuisiniers –sept chefs lauréats sur 800 candidat·es, chapeau. Est-ce le chemin vers la troisième étoile?

Dans la carte actuelle, courte et libellée avec clarté, sans chichis, il faut retenir la langoustine rôtie à la fleur de courgette farcie dans un bouillon aux herbes (138 euros), les gamberoni laqués aux sucs de têtes, à l'avocat et poivre (108 euros), le céleri comme un risotto à la livèche et aux truffes mélano, superbe spécialité très demandée (135 euros), le rouget grillé à merveille, artichaut à la barigoule en petits farcis, jus exquis lié au foie de rouget (115 euros), le turbot snacké aux carottes, épices douces et citron confit (135 euros) –trois éléments, pas plus, comme chez les meilleurs chefs français.


Gamberoni laqués aux sucs des têtes et kalamansi, composition d'avocat. | Thomas Dhellemmes

Côté viandes, voici le lapin au poulpe fumé et girolles (93 euros), le ris de veau laqué, jus à l'anguille fumée, idéal pour les fans de cet abat (102 euros) et le pigeon rôti au maïs et champignons des bois (97 euros), le raffinement simple.


Au restaurant de La Chèvre d'Or, lapin, poulpe fumé, blettes niçoises et morilles, jus aux herbes des falaises. | Thomas Dhellemmes

Parmi les quatre desserts du fidèle Julien Dugourd, la framboise en soufflé délicat au thym citron (30 euros) et la fraise des bois au mascarpone, infusion à la vanille de Madagascar (30 euros) –au niveau des plats salés.

À La Chèvre d'Or, salle du restaurant. | Nicolas Dubreuil

Ce restaurant d'élégance et de classe est l'un des plus cotés, des mieux fréquentés du littoral azuréen. Il est temps pour le Michelin d'élever à la récompense suprême le chef de la Chèvre d'Or.

Il n'y a pas ici de menus millimétrés, reproduits ad vitam æternam, il y a un récital mitonné à chaque service, le meilleur du meilleur de la formidable brigade du Relais d'Èze village, sacré meilleur resort de France 2019 par Travel + Leisure.

Rue du Barri, 06360 Èze. Tél.: 04 92 10 66 66. Menus au déjeuner à 90 ou 160 euros, au dîner à 260 euros. Carte de 200 à 250 euros. Pas de fermeture. Aux Remparts, cuisine franco-italienne, tagliatelles de homard (55 euros), dîner de 80 à 120 euros. Terrasse au déjeuner, ceviche de poisson blanc (26 euros) et au Jardin, des pizzas et la salade niçoise (28 euros). Chambres à partir de 380 euros. Parking gardé.

Saint-Tropez, été 2019: une saison moyenne

La fréquentation touristique est en chute de 20 % à 30 %, le coût de l'hôtellerie dans le Var est montré du doigt. Septembre et octobre sont plus favorables.

Le Cheval Blanc à Saint-Tropez

Le groupe LVMH a remis à neuf l'ancienne pinède et sa plage sur la mer située à l'entrée du village varois cher à Paul Signac et à la grande Colette. L'hôtel d'une blancheur nacrée est un cinq étoiles de luxe et sera classé «palace» dans un avenir proche.

Entrée du Cheval Blanc. | Véronique Mati

Au farniente sur le sable, au spa Guerlain et au confort sobre et service impeccable s'ajoute la présence en cuisine du chef nordiste Arnaud Donckele, douze ans de maison, un cuisinier d'une créativité stupéfiante que le Michelin a élevé à la troisième étoile en 2013.


À la Vague d'Or, la pâte Zitone au foie gras truffé, gratinée au parmesan de montagne, artichauts violets étuvés au basilic. | Lavaguedor

La Vague d'Or, le restaurant sous les arbres et face à la Grande Bleue, affiche complet tous les soirs pour un récital terre et mer d'une totale originalité: sériole à la chair d'esquinado, lisette à la flamme posée sur une gelée à la sardine (93 euros), liche à l'âtre (93 euros), turbot cuit dans une pâte de sel (127 euros), langouste aux artichauts violets grillés (147 euros), rouget dans un bouillon parfumé (130 euros), le gambon saisi et vivifié au pamplemousse (118 euros), la pâte Zitone accompagnée d'un suprême soyeux de volaille de Trets ou à la truffe noire et au foie gras.

La carte du dîner est l'une des plus riches de l'Hexagone, et les viandes ne sont pas oubliées. Au dessert, symphonie au chocolat, et plusieurs gâteries à se damner (47 euros).


À La Vague d'Or, gambon juste saisi et vivifié au pamplemousse. | Philippe Vaures Santamaria

Les prix, pas donnés, sont ceux des plus grandes tables de France. Le bon plan, c'est le déjeuner Bistrot plus italien et azuréen, salade niçoise fabuleuse (42 euros).

Le menu à 110 euros du déjeuner permet une initiation plus simple aux trouvailles renversantes de ce cuisinier chaleureux devenu tropézien, botaniste, prince des légumes et éleveur d'agneaux. À coup sûr, Arnaud Donckele laissera son nom dans l'histoire de la cuisine française côté Provence et Méditerranée.


À La Vague d'Or, soufflé à la mûre et au sureau varois, sorbet au yaourt de Trets. | Philippe Vaures Santamaria

Le tropézien d'adoption Bernard Arnault (villa dans les parcs) l'a engagé comme chef de l'hôtel-restaurant de la Samaritaine à Paris, ouverture au printemps 2020.

Le fidèle Donckele ne pouvait pas refuser, le Cheval Blanc de Saint-Tropez est fermé de fin octobre à Pâques, et l'installation à Paris du créateur de frites trempées dans la moutarde (chef-d'œuvre de saveur) était partant pour cet autre challenge, tout comme Thierry Di Tullio, son alter ego en salle.

«J'ai besoin de monter à Paris, je dois faire évoluer ma cuisine, m'ouvrir à d'autres fournisseurs et me lancer ce défi parisien. Je ne veux pas m'encroûter à Saint-Tropez, ma femme et mes deux enfants sont enchantés par ce projet: elle a un métier et mes fils sont inscrits au lycée. Pour moi, la cuisine est un divertissement culturel et la création, une raison de vivre», confie-t-il en saluant sa clientèle, toujours souriant et affable.

Ajoutons que Bernard Arnault et ses enfants ont été conquis par l'éventail des plats d'Arnaud Donckele. L'hommes d'affaires est venu plusieurs fois observer la gestuelle précise du chef tropézien d'adoption dans la cuisine du Cheval Blanc, le courant est bien passé. Ce chef d'une remarquable humilité s'est senti compris, suivi et encouragé par le fondateur de LVMH. L'avenir paraît radieux, un grand chef doit être heureux.

Plage de la Bouillabaisse, 83990 Saint-Tropez. Tél.: 04 94 55 91 00. Menus à 295 et 350 euros, ouvert au dîner seulement. Déjeuner à 110 euros, carte variée et abondante de 130 à 150 euros. Chambres à partir de 750 euros. Matelas sur la plage, piscine, Spa, parking gardé.

Le Château de la Messardière

Sur les hauteurs du village, à quinze minutes de la place des Lices, le plus grand hôtel du Var, cerné par un superbe parc de 10 hectares vallonnés, vient d'être vendu au LOV Group de Stéphane Courbit (les Airelles à Courchevel et d'autres unités hôtelières hors de France), qui a prévu un programme de modernisation.

Pour l'heure, les différents bâtiments de ce monument de l'hôtellerie de luxe varoise paraissent en très bon état, de la piscine aux restaurants en terrasse sur la mer et sur la campagne varoise: le confort est cinq étoiles et la diversité des lieux de vie, chambres, suites, salons d'un charme ô combien séduisant.

Hôtel Château de la Messardière. | David Grimbert

La Messardière a réalisé une excellente saison 2019, avec des taux de fréquentation au-delà de 70 %. Il faut dire que le grand hôtel est géré par Alexandre Durand-Viel, présent depuis trente ans sur le site tropézien –c'est l'âme de la Messardière, au cachet bien particulier.

La clientèle internationale est d'une remarquable fidélité: il n'y a que le Michelin 2019 à ne pas s'en être rendu compte, encore une bévue impardonnable.

À l'Hôtel Château de la Messardière, salle du restaurant L'Acacia. | Château de la Messardière

En cuisine, à l'Acacia, le beau restaurant ouvert sur le parc et les arbres (sept jardiniers) a hérité du chef Jean-Michel Le Béon, provençal, venu de chez Bruno à Lorgues, expert en truffes.


À l'Hôtel Château de la Messardière, le chef du restaurant Jean-Michel Le Béon. | David Grimbert

La carte actuelle comprend une soupe froide de pommes de terre à la truffe d'été (32 euros), une belle langoustine en deux services (36 euros), le loup confit dans une huile parfumée aux olives (42 euros) et un homard bleu de Bretagne rôti dans sa carapace (52 euros).

Tout cela apporte un souffle nouveau, une excellence culinaire rarement observée à la Messardière. L'étoile paraît acquise, les desserts de la pâtissière Alexia Fresia sont composés à partir de la fraise en coque (24 euros) et de la verveine en soufflé aux fruits (28 euros). Une renaissance attendue côté bonne chère.


Au restaurant L'Acacia, le rouget-barbet juste snacké. | Château de la Messardière

2 route de Tahiti, 83990 Saint-Tropez. Tél.: 04 94 56 76 00. Menus végétalien (70 euros), Mimosa (90 euros) et Dégustation (120 euros). Au dîner seulement. Carte de 110 à 230 euros. Déjeuner au bord de la piscine. Chambres à partir de 500 euros. Navettes gratuites vers la place des Lices. Plage Tropezina.

La Ponche de Saint-Tropez a 80 ans

C'est le fameux petit hôtel de charme, le premier du village de pêcheurs, calfeutré près de l'ancien port de pêche tenu par Simone Duckstein, la propriétaire. En réalité, une maison d'amis ouverte après la Seconde guerre mondiale par les parents de l'actuelle gérante, l'âme de ce lieu caché et éternel.

Entrée de l'Hôtel La Ponche. | La Ponche

Dans ses trois ouvrages de souvenirs vécus, l'hôtelière à la distinction toute provençale raconte le Saint-Tropez d'hier, avant le bling-bling actuel, les centaines de boutiques de fringues, d'agences immobilières et de bistrots attrape-gogos qui ont fait de la cité du Bailli une destination touristique mondiale: six millions de personnes par an, dont 90% ne sont pas françaises.


Simone Duckstein, propriétaire de La Ponche. | La Ponche

Simone Duckstein, la fée de la Ponche, est la Proust de la presqu'île. Elle sait tout de son village varois aux yachts en parade sur le quai du port, qui a été annexé au VIe arrondissement de Paris.

À la Ponche, elle a accueilli, logé, nourri (excellente table locavore) Boris Vian, Juliette Gréco, Françoise Sagan (trente ans de fidélité), le romancier Jacques Laurent, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Claude Lanzmann (l'ami et l'amant), Michel Galabru, Romy Schneider et Brigitte Bardot, qui a épousé Gunter Sachs ici (nuit de noces dans la chambre 8).

C'est le film mythique de Roger Vadim Et Dieu créa la femme, en 1956, qui a propulsé le village de Sénéquier (pâtisserie à l'origine) dans la galaxie des lieux à la mode du globe pour une clientèle internationale en quête de sea, sex and sun.

À La Ponche, salle du restaurant Brigitte Bardot. | La Ponche

Il faut savoir que 90 % des touristes à Saint-Tropez et alentours ne sont pas français·es et que les grandes marques de mode hexagonale (Dior, Chanel, Vuitton et les autres) lancent chaque été des collections nouvelles pour les personnes venues de New York, de Rio de Janeiro, des Émirats, de Moscou et des pays du nord de l'Europe. Le Saint-Tropez du Bailli rivalise, en saison, avec Cannes, Deauville et Biarritz.


Au restaurant La Ponche, petits farcis et coulis provençal. La Ponche

Première hôtelière de la presqu'île dans un coin protégé, veuve du grand peintre Jacques Cordier (160 toiles à La Ponche), Simone Duckstein n'est pas une nostalgique du passé. Elle vit son temps avec énergie et bienveillance, elle salue l'ensemble des client·es le soir au dîner et veille à la bonne marche de la Ponche –quarante employés fidèles et son chef de cuisine Christian Geay, attaché à la permanence de la cuisine tropézienne: soupe de poissons de roche maison du pêcheur tropézien (18 euros), ceviche de daurade aux agrumes (22 euros), loup en croûte de sel (49 euros), ris de veau aux cèpes, pommes duchesse (38 euros) et nougat glacé (14 euros). Rosé fruité des maîtres vignerons de Saint-Tropez. Son restaurant sur la mer est très bien noté dans le Michelin 2019. Allez-y!

Au restaurant La Ponche, l'aïoli. | La Ponche

5 rue des Remparts, 83990 Saint-Tropez. Tél.: 04 94 97 02 53. Menus à 28 ou 35 euros au déjeuner et au dîner. Bar très fréquenté. Chambres à partir de 240 euros. Ouvert du 10 avril au 28 octobre. Parking, voiturier.

À lire: De Saint-Tropez, lettres à une amie, de Simone Duckstein, Éditions du Cherche-Midi, 19,50 euros.

La Petite Plage

La brasserie tropézienne du port, animation tardive au dîner. Poisson et fruits de mer, tartare de thon (28 euros), salade niçoise (28 euros), croque-monsieur aux truffes (25 euros), coquillettes d'enfance du chef Yannick Megel (28 euros). 350 couverts par jour, plus qu'à La Coupole.


Au restaurant La Petite Plage, salade tropézienne comme une niçoise. | La Petite Plage Saint-Tropez

9, quai Jean Jaurès, 83990 Saint-Tropez. Tél.: 04 94 17 01 23. Carte bâtie avec Éric Fréchon et sa brigade du Bristol, autour de 50 euros. Pas de fermeture.

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