Santé / Sciences

«Elle évoque son besoin de vibrer à nouveau, peut-être avec d'autres hommes»

Temps de lecture : 5 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Max, un homme dont l'épouse, qui ne le désire plus, souhaite tenter d'autres expériences.

«Aujourd''hui, elle m'exprime le fait que son désir s'est éteint, que ses besoins ne sont pas satisfaits.» | Alex de Carvalho via Flickr
«Aujourd''hui, elle m'exprime le fait que son désir s'est éteint, que ses besoins ne sont pas satisfaits.» | Alex de Carvalho via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

J'ai toujours eu une relation compliquée avec le sexe. Dans ma famille, c'était un sujet tabou et la notion même de plaisir au sens large était ignorée: les bons moments et les rigolades étaient rares. Mon père ne s'intéressait qu'à son travail et ma mère à ses soucis familiaux. On n'a jamais été très forts pour le bonheur.

Le divorce de mes parents à été la conséquence de la crise de la quarantaine de mon père. Je me suis retrouvé seul avec ma mère. Pendant toute mon adolescence, elle m'a fait porter la charge de son célibat à coup de chantage émotionnel et en me faisant sentir en permanence sa peur de l'abandon. Mes quelques petites amies étaient critiquées, rejetées. De façon insidieuse, elle me faisait passer le message que la sexualité était quelque chose de depravé et dangereux. J'étais sous son emprise, je n'ai pas eu la force de m'affirmer car j'étais en empathie avec sa situation.

Résultat des courses: je n'ai eu ma première relation sexuelle qu'à 25 ans, après que j'ai enfin cessé de vivre avec elle. Ça a été calamiteux. Pendant toutes les années qui ont précédé ce premier rapport, je n'avais été abreuvé que de pornographie. L'histoire n'a évidemment pas duré. Ça a été très dur car ça ajoutait une souffrance nouvelle à celles que je portais déjà et ça a accentué le sentiment de rejet avec lequel je vivais au quotidien.

À la suite de cela j'ai eu une chance extraordinaire: j'ai rencontré celle qui allait devenir mon épouse et la mère de mes enfants.

Notre relation a commencé par un fou rire interminable. On s'est très vite compris et notre relation s'est construite sur la confiance et le respect car chacun de nous arrivions avec nos blessures. Dès le début notre sexualité à été hésitante, rien n'était fluide, il y avait beaucoup de retenue de chaque côté, j'étais maladroit. Elle a été très patiente. Nous avons traversé les incompréhensions et les non-dit. Les années ont passé sans que l'on cherche vraiment à explorer ou améliorer notre sexualité.

Aujourd'hui, elle m'exprime le fait que son désir s'est éteint, que ses besoins ne sont pas satisfaits, que je n'ai pas progressé. J'ai appris qu'elle a eu plus d'une centaine d'amants avant moi. Ça a été dur à accepter car ça appuyait exactement là où ça faisait mal pour moi: l'inexpérience, le manque de vécu. Elle évoque son besoin de vibrer à nouveau, peut-être avec d'autres hommes dans le cadre de l'échangisme. La régularité avec laquelle cette conversation revient prouve bien son mal-être.

La fidélité est une valeur absolue pour moi. Pourtant j'ai un sentiment ambivalent: l'envie de connaître autre chose et d'évoluer; mais aussi la peur de casser quelque chose dans notre couple car il y a toujours énormément d'amour entre nous. Par-dessus tout, je ne supporte pas l'idée de la savoir avec d'autres hommes.

Je ne me sens pas prêt, je n'ai aucune solution à lui proposer et je me sens coupable de lui refuser celle qu'elle me propose.

Max

Cher Max,

Je ne crois pas à la fidélité au sens où tout le monde l'entend. Je vois beaucoup de couples qui se veulent fidèles et présentent cette valeur comme essentielle alors que leurs désirs, et c'est tout à fait normal, s'aventurent parfois hors des limites du couple. Les crises interviennent alors régulièrement pour un flirt avec un ou une collègue, un porno consommé sur internet (et un historique pas vidé), un échange de sms un peu coquin. Un célèbre animateur de télévision avait demandé avec malice «Est-ce que sucer, c'est tromper?».

Pour certaines personnes, embrasser c'est tromper. Où se situe alors l'idée, l'envie d'embrasser quelqu'un d'autre? Pour moi, tromper c'est se mentir à soi-même d'abord. Je crois que la fidélité, c'est savoir qui l'on est, le partager avec l'autre et accepter d'être son miroir. Je crois que la fidélité, c'est l'honnêteté. Pas de jouer le rôle du conjoint idéal en gardant un jardin secret plus ou moins honteux.

Partager une vie avec autrui, c'est accepter que ses désirs changent et évoluent. C'est accepter que les siens peuvent être également fluctuants. C'est pourquoi, chez moi, la discussion n'est jamais fermée. J'ai envie de savoir ce qui excite ceux qui partagent ma vie. J'accepte d'être étonnée. Je les remercie toujours pour leur sincérité et, en retour, je leur offre la même. J'admets parfois des désirs en baissant les yeux. Mais je ne les cache jamais sous le tapis en espérant qu'ils s'éteignent d'eux-mêmes et en prenant le risque au passage qu'ils mettent le feu à toute la maison.

C'est à chaque personne de trouver où se situent les limites. Quand elle vous propose de changer les modalités de votre sexualité commune, votre compagne fait preuve de courage mais c'est aussi une main qu'elle vous tend. L'idée de l'imaginer avec d'autres hommes vous repousse peut-être mais avez-vous envisagé l'idée de la voir prendre du plaisir, d'y participer et d'en prendre peut-être également?

Vous n'avez pas à laisser votre imagination composer une image qui relève du cauchemar. Vous n'avez pas non plus à fermer les yeux. Ce qu'elle vous propose de partager ce sont de nouvelles expériences, ensemble. Cela n'a pas à être forcément traumatique. Cela peut-être très doux, pas à pas. Vous pourriez déjà aller en club libertin. Dans ces lieux, les espaces appelés «coin câlins» proposent souvent de s'enfermer à deux si l'on ne désire pas pratiquer à plusieurs ou même être vus. C'est une étape.

C'est normal d'avoir peur. Elle vous propose une petite révolution et vous ne savez pas ce qu'il peut y avoir après. Vous ne savez pas comment vous allez réagir, elle non plus, et vous avez peur de mettre votre couple en situation de danger. Le fait de vous parler de ses désirs est une preuve de confiance de votre compagne. Vous pouvez décider de faire ce chemin ensemble, en respectant les limites de l'autre, en mettant en place des règles, des safe words, en avançant à tâtons.

Ne vous fermez pas à toutes les possibilités. Voyez cela comme une chance plutôt que comme un échec. Sortir des limites du domicile et de la chambre, partager avec d'autres n'est pas une déviance ou la preuve que l'on ne se suffit plus. Pour beaucoup, c'est aussi une belle marque d'amour et de confiance. Essayez juste d'aller voir ensemble, même bien avant de songer à pratiquer l'échangisme, et vous verrez. Répondez à son courage et à sa confiance par le même courage et la même confiance. C'est par le dialogue et la patience que vous trouverez votre solution.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

Lucile Bellan Journaliste

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