The Ghost Writer est un grand film. Hélas.
Nous sommes au regret de reconnaître que Roman Polanski signe un grand thriller.
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L'oscar de la meilleure maison
Avec son rythme lent mais implacablement tendu, avec sa tonalité comme assourdie, The Ghost Writer évoque les classiques des seventies tels que Conversation secrète [de Francis Ford Coppola] ou Chinatown du même Polanski. Mais le réalisateur ne se contente pas de récrire et de remonter ces films à la mode frénétique et déchaînée d'aujourd'hui, il en distille le souvenir, le goût et l'influence. Le personnage principal, qui n'a pas de nom, est interprété par Ewan McGregor. (Une génération plus tôt, Michael Caine s'y collait.) C'est un nègre littéraire talentueux (et, implicitement, un écrivain raté) à qui va être confiée la mission de colorer les mémoires affreusement ternes d'un ancien Premier ministre britannique. Le précédent nègre est mort avant d'achever le manuscrit, victime d'une noyade au large de l'île où vivent l'homme politique en question, Adam Lang (Pierce Brosnan), et son épouse aussi brillante que frustrée, Ruth (Olivia Williams). Le nouveau nègre s'attèle à la tâche contre la promesse d'un chèque de 250.000 dollars. Le problème, c'est que ce chèque est englué dans une véritable toile d'araignée, celle de la vie politique et affective des Lang.
Retranchés dans leur maison au modernisme minimaliste (cette maison mériterait d'ailleurs l'oscar de la meilleure maison de film), les Lang découvrent à la télévision qu'un ennemi politique implique Adam dans un scandale lié à des tortures, et que la Cour pénale internationale menace d'intenter des poursuites. À la demande des Lang, le nègre rédige un communiqué de presse au nom d'Adam, ce qui fait de lui, comme l'en informe gentiment la secrétaire et maîtresse d'Adam, «un complice». La résistance qu'oppose cet ancien Premier ministre déchu à l'extradition, ses justifications équivoques quant à son passé, rappellent forcément les propres démêlés judiciaires de Polanski, mais sans que l'analogie ne soit trop appuyée (pas assez en tout cas pour ceux qui chercheront dans ce film un mea culpa du réalisateur).
Un point noir: la blonde Kim Cattrall
L'intrigue, le suspense et les retournements de situation se dévoilent à un rythme soutenu. Polanski, qui a travaillé le scénario avec l'auteur du roman noir dont s'inspire le film, Robert Harris, a truffé son œuvre de tous ses ingrédients fétiches: une série de hasards qui se resserre comme un étau, une menace sous-jacente qui sourde et un humour qui décape. Au cours d'une séquence délicieuse, l'intrigue franchit un cap grâce à un GPS de voiture, avec une économie de moyens qui aurait fait applaudir Hitchcock des deux mains.
La distribution des rôles est un sans-faute, à une grande et blonde exception près: Kim Cattrall. Si le film avait été muet, il n'y aurait rien eu à redire: côté physique, Cattrall incarne parfaitement la secrétaire glaciale et archi-efficace, mais côté voix, son accent britannique est à vomir. À chacune de ses répliques ronronnées, on a l'impression d'entendre Samantha commander un autre Cosmopolitan [dans la série Sex and the City]. Tous les autres comédiens, jusqu'aux inconnus qui composent le personnel de Lang, semblent n'être nés que pour ce film. Pierce Brosnan est un choix particulièrement judicieux pour jouer cet acteur passé à la politique, homme roublard et superficiel, mi-Reagan, mi-Tony Blair. Et quand Eli Wallach, 93 printemps, apparaît dans le tout petit rôle du gars du coin qui avertit le nègre des circonstances suspectes dans lesquelles son prédécesseur a trouvé la mort, on ne se dit pas : «Chouette, une apparition d'Eli Wallach!» Non, on se dit: «Quel mystérieux et fascinant vieil homme!»
Pour ne rien gâcher, le compositeur Alexandre Desplat reste au mieux de sa forme. L'an dernier, il a créé la bande originale de trois superbes films (Fantastic Mr. Fox, Un Prophète et celui-ci), et de deux autres qui, quoi qu'on en pense, sont mémorables sur le plan musical (Julie & Julia et Twilight - Chapitre 2: Tentation). Riche d'arpèges et de tintements de cloches dignes de Bernard Herrmann, la musique de The Ghost Writer est en même temps spirituelle et haletante. C'est l'un des meilleurs atouts du film.
Bon. Comme je fatigue d'être aussi dithyrambique, je vais quand même pinailler un brin: le dénouement, qui laisse découvrir au nègre l'ampleur du complot auquel il est mêlé, repose sur un coup de théâtre quelque peu tiré par les cheveux. Mais avec le dernier plan –peut-être le plus beau du genre depuis Before Sunset – tout est pardonné. Sauf, bien sûr, Roman Polanski.
Dana Stevens
Traduit par Chloé Leleu
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Image de une: Site officiel du film
Mis à jour le 03/03/2010 à 12h28










































L'angoisse de la plume au moment d'encenser "le vieux dégueulasse / ex quadra violeur, par contumace ou pas, avec ou sans jugement, mais déjà sacrément épinglé par la vox populi vox dei" a quelque chose de savoureux. Parle bien du film pourtant, c'est intéressant, bien dit et tout, mais les genoux méchamment serrés et tous les verrous tirés... Des fois qu'IL arrive par derrière ou que la concierge lise l'article!
Très bon film, en effet, vu cet après-midi. En revanche, Kim Cattral me va complètement. Mme Stevens est une journaliste américaine un brin coincée et moralisatrice. Samantha Jones devait déjà lui déplaire dans Sex and the City.
Faut-il avoir des démêlés avec la justice pour être un grand réalisateur? Peut-être. En général, beaucoup de grands artistes sont, d'une certaine manière, des marginaux parce qu'ils sont, en leur domaine, des originaux, mais cette originalité ne passe pas nécessairement par des dossiers judiciaires et donc les artistes, notables ou pas, ne se situent pas au-dessus des lois.
je trouve vraiment dommage d'aller jusqu'à regretter que "The ghost writer" soit un grand film. Roman Polanski est l'un des plus grands cinéastes vivant.
Si la journaliste veut donner son avis sur l'affaire Polanski qu'elle fasse une tribune, mais qu'elle donne son avis comme ça dans une critique de film, sans aucun argument, c'est rageant. Et étant moi même journaliste, je me permets de dire que ce n'est pas du tout déontologique.
Tout le monde se permet de juger Polanski. A moins que vous ne soyez un expert juridique qui avez étudier l'affaire de près, je ne vois pas ce qui vous autorise à le faire. Heureusement que la lapidation (hors médiatique) n'est plus autorisée.
Je suis allée voir "The ghost writer" mais je l'ai vu en VF !
J'étais avec une personne qui refuse de s'adonner à la "drogue" du VO ! J'en demande pardon à julien_g et à sa soeur, mais ne dit-on pas qu'il faut de tout pour faire un monde ? Pour me racheter, je promets d'aller revoir le film en VO à la première occasion.
L'article de madame Stevens est plus qu'honorable tant qu'elle parle du film mais je suis d'accord avec Numéro 42, lorsque dans le même article, elle s'attaque à Polanski sur ses démêlés avec la justice, c'est plus qu'un dérapage, c'est une faute.
Pourquoi cet almagame? Pourquoi relancez vous le débat au risque de nuire à la personne que vous pensez défendre?
Sur ce regret je vais vous répondre avec la même provocation alors que je ne crois pas du tout que les 2 personnages sont comparables?
"Je suis au regret de vous dire que Daniel Gardon Gajdusek était un très grand médecin". Comme on peut comprendre que l'on admire le mèdecin prix nobel de médecine, découvreur des prions, on ne peut que réprouver son comportement envers les enfants.
Alors de grâce, faîtes une critique du film objective et ne justifiez pas subrepticement ces agissements au nom de son talent! Sur son affaire privée laissez faire la justice suisse et américaine !