Société / Monde

Les Verts, le rouge et le noir

Temps de lecture : 2 min

Les mouvements écologistes se focalisent sur des symboles de peu d'importance et laissent les centrales à charbon se démultiplier sur la planète.

Les subventions des gouvernements à l'utilisation du charbon sont en hausse. | Petr Kratochvil via PublicDomainPictures
Les subventions des gouvernements à l'utilisation du charbon sont en hausse. | Petr Kratochvil via PublicDomainPictures

Le charbon est l'énergie qui émet le plus de CO2, un tiers du total. Tout le monde le sait. Noir c'est noir. Réduire l'ampleur du changement climatique passe par la réduction puis l'élimination du charbon à l'échelle planétaire en 2050. Tout le monde le sait.

Ce que tout le monde ne sait pas, c'est que les subventions de l'ensemble des gouvernements à l'utilisation du charbon atteignent 64 milliards de dollars par an et qu'elles sont en hausse. Les aides financières pour construire des nouvelles centrales fonctionnant au charbon sont passées de 17 milliards de dollars par an à 47 milliards. Les grands coupables ont des noms: Inde, Chine, Japon, Indonésie, Allemagne, Pologne.

La paille et la poutre. Les mouvements écologistes bataillent dans les capitales des pays riches pour le vélo, le soleil et le vent. Et c'est tant mieux. Mais ils devraient aussi, et plus fortement, se mobiliser contre le maintien des nids de pollution d'une tout autre envergure, ici, en Allemagne ou en Pologne, et là-bas, essentiellement en Asie, contre les subventions aux ouvertures de nouvelles centrales au charbon.

Le récent rapport de l'Overseas Development Institute aurait dû faire un bruit d'enfer dans la sphère médiatico-écologiste. Nada, ou presque. La nébuleuse verte préfère s'empaffer sur le voyage de Greta Thunberg en voilier vers New York. Les partis écologistes français ignorent les big things et préfèrent tourner rouge en éructant sur des trucs sans aucune importance mais sacrément symboliques.

Tant qu'ils ne font pas l'inverse, qu'ils confondent les états d'âme et les arguments, on conclura que le climat est une chose trop sérieuse pour leur être laissée.

Que leur dire?

Prenez le cas de la construction de deux nouvelles centrales au charbon à Godda en Inde par le groupe industriel indien Adani pour 2 milliards d'euros. Le charbon viendra d'Australie, extrait d'une réserve naturelle dans le Queensland, projet que les écologistes locaux n'ont pas réussi à bloquer. Les partis de droite et du centre au pouvoir dans cet État, pro-charbon, ont donné le feu vert en juin dernier.

Le courant produit à Godda sera vendu au Bangladesh, pays qui manque cruellement d'énergie. Trois pays –l'Australie, l'Inde et le Bangladesh– sont donc ligués pour développer une énergie polluante, parce que le premier y trouve des devises, le second des emplois et le troisième le facteur premier pour se développer. Que leur dire?

Que leur dire quand, dans ce pays si riche qu'est l'Allemagne, les aides fiscales au charbon se montent à 2 milliards d'euros par an? Et que le gouvernement de Berlin n'entend pas arrêter ses centrales avant 2037?

Que leur dire quand les vingt-huit projets de plans nationaux en matière d'énergie et de climat soumis par les États à la Commission européenne avant l'été montrent que certains pays n'ont aucune intention de se priver du charbon? Selon les ONG Réseau Action Climat Europe et Sandbag, onze pays ne prévoient qu'une légère diminution, voire pas de diminution du tout, de leurs capacités d'ici à 2030.

Que leur dire, enfin, sur le fond, quand le vent et le soleil sont intermittents, qu'il faut donc une deuxième source d'électricité dans les creux et que le charbon, très abondant, reste le plus simple (le nucléaire demande des gens très qualifiés) et le moins cher (le gaz est lui aussi abondant mais les prix sont dangereusement soumis à l'actualité géostratégique)?

Autant de questions lourdes qui méritent des réponses lourdes technologiques, économiques, financières et politiques. Faute de réflexions, faute de voir le monde en son entier, pour se donner bonne conscience, on reçoit Greta Thunberg.

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