Santé

«Je ne me focalise que sur leur passé commun et ça me bouffe»

Temps de lecture : 3 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Anaïs, qui vivrait une histoire parfaite avec Mathieu si la jalousie ne s'en mêlait pas.

«J'aimerais tellement réagir autrement, mais c'est plus fort que moi.» | Gabriel White via Flickr
«J'aimerais tellement réagir autrement, mais c'est plus fort que moi.» | Gabriel White via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

Cela fait maintenant plus de deux ans que je suis avec Mathieu, mon compagnon. Nous avons la trentaine tous les deux, et l'un comme l'autre vivons une relation comme jamais nous n'en avions vécue jusque-là. C'est bien simple: j'ai trouvé en Mathieu un amoureux, un amant, un père pour ma fille, mais aussi un confident, un ami, une épaule sur laquelle m'appuyer.

Nous sommes fusionnels. Nous communiquons énormément et nous avons la chance d'avoir des boulots qui nous permettent d'échanger tout au long de la journée (appels et messages). Le soir quand il rentre, nous avons toujours quelque chose à nous dire.

Je n'ai rien à lui reprocher, il me fait me sentir bien au quotidien. Je n'ai jamais été aussi épanouie dans ma vie amoureuse. Le seul point négatif de notre couple, ce sont nos passés respectifs. Chacune de nos disputes démarre à cause de ceux-ci.

Nous avons bien conscience qu'à nos âges, il est normal d'avoir eu d'autres histoires –pour ma part, une histoire de dix ans (le papa de ma fille, qui ne fait plus partie de nos vies) et une autre histoire d'un an avant lui; pour sa part, deux ou trois relations de deux ou trois ans chacune, plus quelques relations par-ci, par-là.

Mais depuis quelques mois, c'est la catastrophe: sa sœur se marie bientôt, et sa demoiselle d'honneur n'est nulle autre qu'une ex de Mathieu. Ça m'obsède, j'y pense tous les jours. Il a beau me rassurer et je sais que je peux avoir confiance en lui, mais rien que d'imaginer leur passé commun m'énerve. Je me mets une pression de dingue et je ne comprends pas mes réactions.

Il s'agit d'une histoire vieille de plus de quinze ans. Ils sont restés ensemble deux ans, avec un nombre incalculable de coupures. Ce n'était qu'une histoire d'ados et pourtant, rien n'y fait: je ne me focalise que sur leur passé commun et ça me bouffe. J'aimerais tellement réagir autrement, mais c'est plus fort que moi.

Le pire, c'est qu'habituellement, c'est lui qui ne supporte pas mon passé et moi qui mets un point d'honneur à calmer les choses en relativisant. Sauf que là, c'est plus fort que moi, je ne peux pas m'en empêcher. Pourriez-vous m'aider à comprendre mes réactions?

Anaïs.

Chère Anaïs,

Ce qu'il faut comprendre de ce genre de crise de jalousie a posteriori, c'est qu'il s'agit avant tout d'un défaut de confiance en soi. C'est souvent le cas quand il est question de jalousie.

Il faut l'entendre pour pouvoir travailler sur soi –ce qui veut dire analyser d'où viennent ces failles dans notre histoire et pourquoi il nous est si difficile d'admettre que le passé est bien passé. Si cela devient trop toxique au quotidien, il ne faut pas hésiter à se faire aider d'un·e professionnel·le (psychiatre, psychologue ou psychothérapeute).

En fait, ce que l'on voit des histoires terminées, c'est ce qu'elles ont laissé à l'autre, comment elles l'ont construit ou façonné, et parfois blessé. La colère que l'on peut ressentir peut s'analyser simplement: on doute en réalité de notre capacité à avoir la même influence sur notre compagnon. Est-ce qu'il va souffrir autant pour moi? Est-ce que des années plus tard, il pensera encore à notre histoire?

La colère que l'on ressent est tournée vers notre partenaire quasiment en avance de ce futur que l'on imagine douloureux. C'est un reproche formulé de façon détournée. C'est d'abord un «Comment tu as pu?», puis un «Est-ce que notre histoire a autant de valeur pour toi?». C'est aussi une critique que l'on se fait à soi-même: «Pourquoi je n'étais pas là?»

Ce n'est pas une mauvaise chose de vous confronter à cette femme, qui a vraisemblablement tourné la page. La voir évoluer autour de vos proches peut vous faire comprendre qu'elle n'est pas une menace et que ces sentiments violents n'ont tout simplement rien à voir avec ce qu'elle est en tant que personne.

Ce que vous construisez actuellement avec Mathieu a une valeur tout à fait différente de ses souvenirs d'adolescence; l'investissement personnel n'est tout simplement pas le même. Vous devez apprendre tous les deux, ensemble, que vos sentiments sont forts et qu'ils n'impliquent pas forcément de souffrir pour être valides. Voilà la prochaine étape.

Il faut voir ces histoires du passé, à vous deux, comme les raisons qui font que vous êtes ensemble aujourd'hui: elles font partie d'un parcours qui vous a amené l'un vers l'autre. Cristalliser sur elles toutes vos angoisses pour l'avenir et vos incertitudes est un comportement qui n'a pas de sens et qui risque de vous mener à votre perte.

Quand cette colère monte en vous, essayez de vous focaliser sur le présent. La réalité est que vous partagez une relation «comme jamais vous n'en avez vécue jusque là». Une déclaration comme celle-là vous ancre dans vos histoires passées tout en admettant la vérité: vous, c'est autre chose. En ça, vous pouvez avoir confiance.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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