Société / Monde

Faut-il tuer les rhinocéros noirs pour les sauver?

Temps de lecture : 2 min

L'Afrique du Sud élargit son programme de permis de chasse pour les rhinocéros noirs, au nom de la protection de l'espèce.

Pourtant, son principal ennemi demeure les braconniers et trafiquants qui le traquent sans répit pour s'approprier sa corne. | Pexels via Pixabay
Pourtant, son principal ennemi demeure les braconniers et trafiquants qui le traquent sans répit pour s'approprier sa corne. | Pexels via Pixabay

Il existe environ 5.000 rhinocéros noirs sur la planète, et près de 2.000 d'entre eux vivent en Afrique du Sud. Décimée par le braconnage sur une période de vingt ans, la population est passée de 65.000 habitants sur le continent africain à 2.300 entre 1970 et 1992, soit une baisse de 96%, selon les statistiques de l'International Rhino Foundation.

Pourtant, au nom de leur conservation et pour leur permettre de se reproduire plus facilement, les délégué·es des pays du monde entier ont, le dimanche 18 août 2019 lors de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Cites), voté en faveur d'une augmentation du quota autorisé de cinq à neuf rhinocéros noirs qui peuvent être abattus par an en Afrique du Sud. Une mesure qui, contre toute attente, a été décidée en vue de protéger cette espèce.

Logique paradoxale

Bien qu'à première vue dénuée de sens, cette logique serait fondée sur une observation.

Les rhinocéros mâles vieillissants, parfois possessifs, interfèrent sur les relations entre les rhinocéros femelles reproductrices et les rhinocéros mâles plus jeunes, entravant ainsi la croissance démographique. Les responsables sud-africain·es ont fait valoir qu'en permettant aux adeptes de la chasse de ne cibler que ce groupe problématique de rhinocéros mâles âgés, cette politique pouvait potentiellement augmenter les chances de reproduction saine.

Mais pas seulement. Les permis de chasse au trophée du rhinocéros noir sont coûteux et généralement achetés par des personnes venues de l'étranger. Une augmentation du nombre de ces permis générerait des revenus supplémentaires qui pourraient être affectés à la lutte contre le braconnage et à d'autres mesures de conservation de la faune.

«Il y a de bonnes raisons biologiques pour lesquelles l'élimination sélective et prudente des mâles plus âgés après la reproduction permet aux taureaux plus jeunes et plus vigoureux de faire des petits et d'accroître le succès global de la reproduction», a affirmé au Washington Post, Richard Thomas, porte-parole de TRAFFIC, un groupe de spécialistes du commerce de plantes et d'animaux.

Une mesure insuffisante

«Réduire clairement le braconnage aveugle doit rester une priorité pour la conservation de cette espèce», continue-t-il. Car «son principal ennemi demeure les braconniers et trafiquants qui le traquent sans répit pour s'approprier sa corne», peut-on lire sur le site WWF, l'organisation mondiale pour la protection des espèces sauvages les plus menacées.

Vice-présidente de la politique internationale de Wildlife Conservation Society, Susan Lieberman, a déclaré que son association «reste très préoccupée par l'impact de la chasse illégale des rhinocéros noirs et du trafic de leurs cornes».

Augmenter le nombre de permis de chasse ne devrait pas suffire. Tant que les problématiques de braconnage et de trafic ne seront pas réglées en amont, il est à craindre que cette mesure manque d'efficacité.

Slate.fr

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