Monde

Au Natiopoly, Trump achète le Groenland, moi les îles anglo-normandes

Temps de lecture : 3 min

Et vous?

Elizabeth Castle à Jersey. | Luc Van Braekel via Wikimedia Commons
Elizabeth Castle à Jersey. | Luc Van Braekel via Wikimedia Commons

Donc, Donald Trump s'est inventé un nouveau jeu dans la série «Make America Great Again»: il veut racheter le Groenland.

On dira que ce n'est pas tout à fait la première fois de la part d'un président américain puisque Harry Truman avait déjà proposé au propriétaire, le Danemark, un (petit) chèque de 100 millions de dollars en 1946. Mais avec Trump l'idée renaît à sa mesure, par tweets. Le Danemark a repoussé l'offre et même l'idée d'une offre. Mais le jeu du «j'achète le...» est ouvert, non sans rallumer des envies anciennes.

En ce qui me concerne, donc, depuis ma prise de conscience de ce scandale, j'ai une inébranlable volonté: que la France remette la main sur les îles anglo-normandes. Ces territoires britanniques, Jersey, Guernesey (l'île où vécut Victor Hugo), Aurigny, Sercq et une douzaine de rochers narguent la France à trente kilomètres d'une de ses parties les plus belles, son sourcil fier et dressé face à la mer, j'ai nommé le Cotentin. Il est rageant de voir l'Union Jack flotter à une encablure depuis que cet inconséquent de Philippe Auguste, en annexant comme de juste la Normandie pour la rendre à la couronne de France, a laissé aux funestes Anglais, ces îles, si minuscules à ses yeux mais si fondamentales aux miens. Nous étions en 1204.

Ma revendication est plus légitime que celle de Trump

Petit rappel. Les Normands, c'est-à-dire les Vikings installés sur cette terre si grasse ont eu pour chef un conquérant prénommé Guillaume. En 1066, il vogue et conquiert la Grande-Bretagne en deux coups de cidre. Napoléon et Hitler ont échoué là où il avait non seulement réussi, mais où il a assis son pouvoir et sa dynastie. Les souverains d'Angleterre sont des Normands, honni soit qui mal y pense. Ils possédaient la Normandie dont ses îles et la Grande-Bretagne. Sa Majesté Élisabeth II porte encore, entre autres, le titre de Duc de Normandie (Duc, pas Duchesse, n'en déplaise).

Ensuite, ces Normands anglicisés, bref devenus perfides, n'ont eu de cesse de nous embêter. S'en débarrasser fut long, jusqu'à Philippe Auguste qui en quarante ans regagna la moitié ouest et centrale de la France dont les Anglais avaient fait leurs fiefs. Nous n'en n'aurons pas fini avec eux, ils reviendront encore, avant d'être chassés par la Jeanne. Mais concernant les îles, elles passent à ce moment-là des mains normandes aux mains anglaises.

Charles de Gaulle, semble-t-il aussi concerné que moi par la question, parlera de territoires «barbotés». Le mot est parfait qui engendre la cause: le juste recouvrement de la souveraineté normande sur ces États.

Je dis États puisqu'en plus, la couronne britannique règne sur Jersey et Guernesey mais à l'anglaise: ce sont des bailliages qui leur donnent une autonomie complète sauf pour la défense et la diplomatie. Elles ont leur système politique avec lieutenant-gouverneur nommé par la Reine, parlementaires et connétables. Un truc à l'ancienne qui permet à ces îles de ne pas faire partie de l'Union européenne et d'être tranquillement des paradis fiscaux.

Pour un Français normand et européen, tout cela est hautement insupportable. Je ne sais pas quel prix Trump veut payer pour le Groenland, ni combien vaut ma revendication mais il est certain que la mienne est guillaumesquement plus légitime que la sienne.

Que roulent les dés

Entendons-nous. Ces îles sont des concentrés de merveilles que savent construire les Anglais. Cottages, routes champêtres, pubs aux couleurs vives et shops de parfums et de pullovers dans le style old England de Jermyn Street. Quand les Normands auront remis la main sur leur possession légitime, nous garderons tout cela. J'espère même que Paris, en échange, laissera le statut fiscal très souple en vigueur pour que les yachts conservent leur si chic pavillon de complaisance –chaque île a le sien. En outre, et pour coller avec l'actualité, cette côte du Cotentin a le privilège d'abriter les meilleurs homards du monde; agrandir le domaine maritime permettra de se régaler.

Je suggère ce rachat au président de la République, quitte à céder Calais, par exemple, pour y régler enfin de la sorte le problème des migrants. J'en conviens, l'affaire n'est pas dans le sac.

Mais le jeu du «j'achète le...» est très large. Le capitalisme a triomphé, les nations n'ont plus de pouvoir, elles sont à l'agonie (c'est ce qui étouffe de rage les souverainistes), sans plus d'argent. Rachetons-les. Le Natiopoly est ouvert: que roulent les dés.

La Chine, comme toujours aujourd'hui, est en avance: elle revendique toutes les îles de la mer de Chine et, plus fort, elle construit sur les rochers inoccupés des aéroports et des hangars. La réaction de Trump qui, lui, jette son dévolu sur un territoire de 2 millions de kilomètres carrés, a dû estomaquer.

Je concède que l'Europe qui posséda presque l'ensemble du globe sous forme de colonies est un peu déplacée dans ce jeu. Mais entre nous Européens? Qui veut une montagne, qui veut une plage, qui veut une île? À votre choix. Le mien est fait.

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