Société

Sauver les migrants est une obligation de solidarité

Temps de lecture : 2 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Leur refuser l'accueil, c'est renier notre part d'humanité.

Ces gens nous ressemblent. Ils sont notre passé, notre présent, notre futur.| Óglaigh na hÉireann via Flickr
Ces gens nous ressemblent. Ils sont notre passé, notre présent, notre futur.| Óglaigh na hÉireann via Flickr

Voilà des jours et des jours que le navire Open Arms sillonne la mer Méditerranée à la recherche d'un port où débarquer ses singuliers passagers que par commodité de langage l'on nomme migrants quand ce sont simplement des damnés de la terre. Voilà des jours et des jours que les capitales européennes tels des chiffonniers de bas étage se disputent quant à savoir qui doit les accueillir. Voilà des jours et des jours qu'on rejette la responsabilité qui sur l'Italie, qui sur l'Espagne, qui sur la France, sans être capable de s'accorder sur des dispositions humanitaires à même de mettre fin à tout ce cirque sinistre.

Comment ne pas voir dans toutes ces mesquines tergiversations la reproduction exacte des comportements passés quand au siècle dernier d'autres mers et océans abritaient des embarcations de fortune où s'entassaient des juifs considérés comme des pestiférés dont personne ne voulait? Comment ne pas comparer ces migrants d'aujourd'hui avec le sort des populations honnies qu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, on entassait dans des camps de personnes déplacées à la recherche d'une impossible solution? Comment ne pas s'émouvoir que de nouveau les pays occidentaux cherchent par tous les moyens à se refiler ces migrants comme s'ils étaient des lépreux, des épouvantails qui une fois rendus sur la terre ferme sèmeraient le désordre et le chaos?

Même égoïsme. Mêmes fantasmes. Mêmes peurs irraisonnées. Même frilosité. Comme si le principe même d'hospitalité était une notion vaine tout juste bonne à figurer dans quelques Évangiles sans jamais être mise en pratique.

Car enfin, à qui fera-t-on croire que ces milliers de migrants puissent représenter un danger quelconque pour des pays aussi opulents que la France ou l'Italie? N'existe-t-il donc pas une obligation de solidarité, au nom même de la vie humaine, face à ce spectacle d'êtres humains entassés comme du bétail à bord de navires dont on se doute bien qu'ils sont tout sauf des bateaux de croisière? Comment l'Europe, ce continent des droits de la personne, des Lumières, des démocraties éclairées, peut-elle autoriser de voir des êtres humains ainsi ballottés, méprisés, renvoyés à leur triste condition sans même réagir, sans rien entreprendre pour soulager le fardeau de leur douleur?

Rappeler l'Europe a ses devoirs

On le sait, derrière chacun de ces individus se cachent des tragédies innommables. Personne ne s'aventure loin de son pays natal pour des raisons qui ne seraient pas de l'ordre de la nécessité impérieuse. Elles fuient la guerre, l'odeur de sang, le chaos, les exactions, les bombardements, l'impossibilité de manger à sa faim; l'irréductible désespoir qui ronge les cœurs et plonge les âmes dans une détresse dont jamais rien ne les sort.

Ce sont des hommes, des femmes, des enfants, des êtres humains comme nous dont la seule faute a été de naître au mauvais endroit, sous le soleil noir de pays livrés au désordre de l'Histoire quand elle condamne les individus à vivre une existence faite de mendicité, de renoncements et d'implacables deuils.

Il ne s'agit pas d'accueillir toute la misère du monde, ni de verser dans un humanisme bêlant mais simplement de rappeler l'Europe à ses devoirs. Comment un continent fort de près de 500 millions d'habitants dont la plupart vivent dans une relative aisance peut-il refuser l'hospitalité à des dizaines voire à des centaines de milliers de migrants sans se renier, sans renoncer à ce qu'il est par essence: un phare dont la lumière est censée guider le monde entier?

Peu importe qui sont ces migrants. Peu importe la couleur de leur peau, leur appartenance religieuse, la raison de leur exil. Peu importe leur pays d'origine. Peu importe la langue qu'ils parlent. Ils nous ressemblent. Ils sont notre passé, notre présent, notre futur. S'en détourner pour mieux les ignorer, ce serait comme salir le genre humain dans son ensemble.

Les sauver, c'est nous sauver nous-mêmes.

Pour suivre l'actualité de ce blog, c'est par ici: Facebook-Un Juif en cavale

Laurent Sagalovitsch romancier

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