Politique

Christian Jacob sauvera-t-il les Républicains?

Temps de lecture : 6 min

Le futur probable président du principal parti de droite aura pour difficile mission de le maintenir à flot lors des municipales de mars 2020.

Christian Jacob à l'Assemblée nationale, le 2 juin 2019. | Alain Jocard / AFP
Christian Jacob à l'Assemblée nationale, le 2 juin 2019. | Alain Jocard / AFP

Les Républicains, du parti éponyme, vont-ils découvrir la pierre philosophale? Dans un lointain passé, les alchimistes attribuaient diverses propriétés à cette lapis philosophorum: transformer le plomb (par exemple) en or, guérir les maladies et prolonger la vie humaine au-delà du raisonnable. En 2019, la droite pourrait en ajouter une quatrième: transmuter les défaites en victoires.

C'est à cette tâche que le prochain président du parti Les Républicains devra s'atteler. S'il réussit dans cette délicate et périlleuse entreprise, il deviendra donc la pierre philosophale de l'opposition parlementaire de droite. Après deux échecs successifs à l'élection présidentielle, en 2012 et en 2017, après une sévère purge aux dernières législatives et après une raclée aux européennes du mois de mai (8,48%), elle rêve d'un avenir plus radieux en 2020.

Elle veut surtout s'épargner une nouvelle guerre de chefs avec sa litanie de dissensions internes qui ne cesse de la miner depuis la défaite de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2012 –sept ans déjà!–, puis le conflit ouvert et meurtrier entre François Fillon et Jean-François Copé pour la direction du parti qui la fait ressembler à un canard sans tête jusqu'en 2017 et enfin la présidence contestée de Laurent Wauquiez qui s'est achevée par sa démission après le revers européen de 2019.

Orphelins d'élections majeures

Depuis ce dernier rebondissement, le président par intérim est le très sage Dr Leonetti. Un médecin cardiologue au chevet du patient, c'était le bon casting pour la convalescence. Cet état transitoire prendra fin au mois d'octobre –les 12 et 13 pour le premier tour, les 19 et 20 pour un éventuel second tour– quand les adhérent·es du parti à jour de cotisation départageront les trois candidats en lice: Christian Jacob (59 ans), Guillaume Larrivé (42 ans) et Julien Aubert (41 ans).

Il ne fait guère de doute –sauf événement imprévu et imprévisible– que le premier d'entre eux recevra l'onction de militant·es qui ont hâte de sortir de l'ornière dans laquelle se trouve leur mouvement sur les plans électoral et programmatique. En dehors des municipales (mars 2014), des départementales (mars 2015), des régionales (décembre 2015) et des sénatoriales (septembre 2017), ce qui somme toute n'est pas négligeable, la droite n'a remporté aucune des deux élections nationales majeures (la présidentielle et les législatives) depuis... sept ans.

Président du groupe UMP, puis Les Républicains (LR), de l'Assemblée nationale depuis novembre 2010 –place qu'il cédera sûrement après sa probable élection–, Jacob, député de Seine-et-Marne, ex-syndicaliste agricole, détenteur de différents mandats électifs depuis 1994 et ancien ministre de 2002 à 2007 est, selon la délicate classification interne d'un connaisseur du mouvement, «un chiraco-sarkozyste loyal et aux fidélités successives mais non-contradictoires». Excusez du peu! Un candidat présenté comme «idéal», en quelque sorte, pour tenter de recoller les morceaux.

«Des trouillards»

Ce pedigree lui a permis de récolter les parrainages d'environ 10.500 militant·es –il en fallait au moins 1.311 pour pouvoir se présenter, soit 1% du nombre d'adhérent·es (131.100) à jour de cotisation– et de 122 parlementaires, dont 65 des 104 député·es LR –il fallait la signature d'au moins 5% des parlementaires LR (145 au Sénat, 104 à l'Assemblée nationale et 8 au Parlement européen), soit au moins 13 sur 257.

Avec ce gros stock de soutiens, Jacob est très loin devant ses deux challengers. Commentaire désabusé d'un ex-conseiller ministériel du gouvernement Fillon: «Il est comptable de tout ce qui s’est passé. Les parlementaires le soutiennent parce que ce sont des trouillards. Ils attendent tous de peser sur les investitures.»

Julien Aubert, député du Vaucluse et ancien condisciple d'Emmanuel Macron à l'École nationale d'administration (ENA), représente la branche souverainiste du mouvement néo-gaulliste. Celui qui n'avait pu se présenter à la tête du parti en 2017 faute de parrainages –Wauquiez avait été élu– se réclame volontiers de Philippe Séguin et de Charles Pasqua.

La mission du prochain président va consister à éviter une hémorragie aux municipales de 2020.

Cette fois, il bénéficie du parrainage de 4.651 militant·es et de 15 parlementaires. Ses soutiens les plus remarqués sont le député Claude Goasguen et le sénateur Gérard Longuet qui ne représentent pas les figures historiques les plus molles de la droite.

D'où les craintes de certains de ses «compagnons», un terme cher aux gaullistes, de le voir céder aux sirènes marinistes de l'extrême droite, comme son ancien collègue de l'Assemblée, Thierry Mariani, qui navigue dorénavant au Parlement européen sous la bannière du Rassemblement national. Aubert, lui, rejette ces soupçons, en assurant que le néo-gaullisme maintenant revendiqué des amis de Marine Le Pen est une «supercherie».

Un parti miné par les divisions

Le troisième larron, Guillaume Larrivé, a recueilli 3.159 parrainages des militant·es et a reçu, sans doute, le soutien de 13 parlementaires dont celui d'Éric Woerth, ancien ministre et actuel président de la commission des finances de l'Assemblée. Modèle du technocrate (lui aussi sort de l'ENA) qui a bourlingué dans les cabinets ministériels et auprès de Sarkozy lui-même, il s'est pourtant affranchi de cette étiquette en se faisant élire député de l'Yonne, en 2012, puis en 2017. «Et pas franchement sur des vagues bleues», note le conseiller ministériel déjà cité.

Fer de lance de la droite contre le président de la République, il a été corapporteur de la commission d'enquête de l'Assemblée sur l'affaire Benalla mais en a démissionné en dénonçant des «pressions» de l'Élysée. Il prône une ligne «nationale et libérale» pour Les Républicains. Son profil ambitieux assez tranchant, parfois hautain, ne lui attire pas que des sympathies au sein du mouvement.

Dans un parti miné par les divisions ainsi que par les départs de personnalités en vue, comme Édouard Philippe devenu premier ministre de Macron, Bruno Le Maire ou Gérald Darmanin, entrés au gouvernement, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, en réserve de la République, Alain Juppé, nommé au Conseil constitutionnel, et orphelin de ligne politique car coincé entre le macronisme du parti présidentiel, La République en marche (LREM), et le lepénisme du Rassemblement national (RN), les deux grignotant son électorat par les deux bouts, la mission du prochain président va s'avérer compliquée. Elle va d'abord consister à éviter une hémorragie aux prochaines municipales de mars 2020.

Gagnants de la précédente consultation, en 2014, Les Républicains seront-ils en mesure de conserver toutes les villes de plus de 100.000 habitant·es et villes moyennes qui avaient été conquises sous le sigle de l'UMP?

Rien n'est moins sûr. En effet, placés sous la double pression macroniste et lepéniste, certains maires LR envisagent de basculer vers une dénomination moins marquée pour l'électorat, celle de divers droite permettant une plus grande liberté de mouvement, donc des alliances qui sont justement rejetées par les candidats à la présidence du parti.

Enrayer une migration

Le risque de débandade est latent. Déjà, des tentations ou des discussions existent dans des grandes villes comme Marseille, Nice et Toulouse qui sont détenues par Les Républicains. Peuvent-elles aussi exister dans des villes dirigées par le Parti socialiste?

À cette aune, le risque de contagion en direction des villes moyennes serait réel. Il est d'autant plus dangereux pour la droite que les résultats des municipales vont largement commander la destinée des élections sénatoriales de septembre 2020.

Le Sénat, dominé par la droite, sera en effet renouvelé pour moitié à ce moment-là et les macronistes ont pour ambition d'augmenter les effectifs de leur petit groupe (23 membres sur 348).

Fin connaisseur des rouages du parti Les Républicains et rompu à la négociation –il avait patiemment détricoté le groupe parlementaire constitué à l'Assemblée par Fillon au moment de la bataille fratricide avec Copé pour la présidence du mouvement–, Jacob sera-t-il assez convaincant pour enrayer une possible migration de grands maires vers des eaux moins tumultueuses?

Encore faudrait-il qu'il dispose d'une monnaie d'échange suffisamment attirante pour y parvenir, ce qui, pour l'instant, ne saute pas aux yeux.

A l'évidence, le déconstruction-recomposition engagée en 2017 avec la victoire de Macron à la présidentielle est toujours en cours, comme l'a montré le scrutin européen. À cet égard, le résultat obtenu par la liste de François Bellamy pour Les Républicains est un sacré avertissement en vue des élections de mars 2020. Elles ont une dimension locale très importante.

En général, ce facteur est mis en évidence par les partis au pouvoir alors que la dimension nationale est mise en exergue par les oppositions. Il se pourrait bien que cette fois-ci les rôles soient inversés.

Olivier Biffaud Journaliste

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