Égalités / Monde

Refusée car elle est une fille, elle intente un procès à une chorale

Temps de lecture : 2 min

On ne rigole pas avec les traditions à la Staats- und Domchor de Berlin.

En musique ou ailleurs, il s'agit de décider si l'on doit perpétuer, à une époque propice à la promotion de la parité, des usages établis en des temps sexistes et révolus. | Lorenzo Spoleti via Unsplash
En musique ou ailleurs, il s'agit de décider si l'on doit perpétuer, à une époque propice à la promotion de la parité, des usages établis en des temps sexistes et révolus. | Lorenzo Spoleti via Unsplash

«C'est pas juste!» C'est ce que cette petite fille de 9 ans a répondu quand on lui a dit qu'elle ne pourrait pas rejoindre la Staats- und Domchor de Berlin, prestigieuse chorale dont les origines remontent six siècles en arrière, en 1465, sous Frédéric II de Brandebourg.

Elle a tout de même essayé de postuler, compte tenu de l'inégalable qualité de l'éducation musicale prodiguée par cette institution. Refusée une première fois il y a deux ans, elle tente à nouveau. «Une fille ne sera jamais autorisée à chanter dans une chorale de garçons», indiquera le doyen dans sa réponse, peut-on lire dans le New York Times.

En mars dernier, elle passe devant un comité de sélection qui attestera de son «manque de motivation» et précisera que sa voix «ne s'alignait pas avec celle des garçons du chœur». Des arguments peu convaincants quand on rappelle que la différence de timbres à cet âge entre garçons et filles est minime –des études ont montré que même un·e musicien·ne professionnel·le ne pouvait faire la différence–, que la jeune fille a postulé trois fois, et que l'institution étant publique, elle se doit de fournir les mêmes opportunités à tout le monde.

La jeune fille a décidé de faire un procès à l'institution. La justice allemande devra trancher à propos d'un sujet qui dépasse de loin la simple possibilité pour une fille d'entrer dans une chorale de garçons. Il s'agit de décider si l'on doit perpétuer, à une époque propice à la promotion de la parité, des usages établis en des temps sexistes et révolus.

Le poids de la tradition

En 1465, les femmes n'avaient le droit ni de parler ni de chanter dans les églises. Cinq jeunes garçons étaient choisis pour intégrer leur voix à l'ensemble. À ce contexte historique s'ajoute la mythologie du timbre des jeune hommes, considéré comme un instant de grâce de la voix, avant que la puberté n'entame son travail de mue. Instant que certains étaient d'ailleurs poussés à prolonger à l'infini, après qu'on leur avait retiré les organes génitaux pour en faire ces castrats dont la voix d'enfant semblait préservée comme par miracle. Ce type de voix a inspiré les plus grands compositeurs, dont Haendel pour l'opéra et Bach pour la chorale.

Cette tradition, aussi justifiée soit-elle sur les plans historique et culturel, a cependant un impact sur la carrière des jeunes choristes. Abbie Connant, une joueuse de trombone qui, dans les années 1980, s'est elle-même battue pour obtenir la direction de la section des trombonnes à la Philharmonie de Munich –à une époque où celle de Berlin n'autorisait même pas les femmes– se souvient: «Beaucoup de mes collègues hommes ont été dans des chorales de garçons, d'où ils avaient tiré très jeune une expérience et un enseignement, ce qui leur a donné des clés pour leur carrière.» Pour les chorales de filles en revanche, «elles n'existent pas».

En réalité elles existent, mais les opportunités qu'elles offrent ne sont en rien comparables avec celles des garçons.

Promouvoir la parité dans une institution dont les coutumes ne se justifient plus dans le contexte actuel pourrait être un signe que la parité finira par s'imposer dans un milieu artistique qui reste parmi les plus inégalitaires.

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