Parents & enfants / Culture

«Andy de “Toy Story” va devenir le meilleur vendeur de jouets du monde»

Temps de lecture : 5 min

Buzz, Woody et compagnie lui ont appris tant de choses sur la vie.

Woody et Andy dans Toy Story 3 de Lee Unkrich (2010). | Capture d'écran via YouTube
Woody et Andy dans Toy Story 3 de Lee Unkrich (2010). | Capture d'écran via YouTube

«Ce n'est pas du sang qui coule dans nos veines, c'est la rivière de notre enfance.» Il me semblait important d'ouvrir le dernier article de cette série estivale avec les paroles chantées par le duo Garou-Michel Sardou, et signées par l'inévitable Didier Barbelivien. Comment dire le contraire?

L'enfance est là, en nous. Certaines personnes passent leur existence à essayer de s'affranchir du mal qui leur a été fait durant les premières années de leur vie, quand d'autres capitalisent joyeusement sur la confiance et l'insouciance offertes par leurs parents en guise de cadeau de bienvenue.

De quoi se rappellera Andy à l'âge adulte? Des différentes maisons habitées avec sa mère et sa sœur, des virées chez Pizza Planet, mais aussi de la bande de jouets qui l'aura accompagné pendant tant d'années avant qu'il ne se décide à la transmettre à la petite Bonnie, non sans un immense pincement au cœur (souvenir ému de la fin de Toy Story 3).

Je sais ce que vous allez me dire. En tant que public, nous avons vécu la saga Toy Story comme une aventure échevelée, rocambolesque et bouleversante, parce qu'elle nous a été présentée du point de vue de Woody, Buzz et les autres. En réalité, la vie d'Andy a été relativement ordinaire: c'est un petit garçon avec des jouets, voilà tout. Il les a aimés passionnément, puis il les a rangés dans un placard avant de passer à l'étape suivante de sa vie. Andy Story aurait été un film complètement quelconque.

Permettez-moi de m'inscrire en faux. Je refuse de croire que Bayonne, Rex, Jessie et les autres n'aient pas appris quelques petites choses à Andy. Au gré des nombreuses aventures qu'il a mises en scène dans sa chambre, le garçon a forcément appris sur lui-même et tiré des enseignements sur la beauté ou la dureté de la vie.

Finalement, Andy n'est rien qu'une autre version du Calvin de Bill Watterson, qui alterne grosses bêtises et réflexions sur le sens de la vie en ayant pour interlocuteur principal son ami imaginaire en peluche. Une complicité pareille, même avec des êtres inanimés, ça vous change un petit garçon. Ou une petite fille.

Pour toujours dans son cœur

Toute sa vie, Andy la vivra à travers Woody, Buzz et leur bande. Il tentera d'être un ami loyal et d'éviter les coups fourrés. Il se dira que l'union fait la force et que mettre le collectif au service des plus vulnérables constitue la plus belle des façons de traverser la vie. Il tâchera de ne pas tirer la couverture à lui, de donner l'occasion à tout le monde de s'exprimer et de laisser les enfants être des enfants.

Souvenez-vous de la fin de Toy Story 3. Même s'il sait bien qu'il ne s'amusera plus jamais vraiment avec ses jouets fétiches, Andy a du mal à les céder à Bonnie. Puis il y consent, non sans avoir imaginé avec elle une dernière aventure exaltante.

Au fond de lui, Andy sait que ce moment restera gravé, et que rien de ce que lui ont appris ses innombrables heures de jeu ne disparaîtra. C'est en lui. Voilà.

Pour tout dire, je ne sais pas du tout ce qu'il deviendra une fois installé dans l'âge adulte. On en sait très peu sur lui, en fait. Je ne sais pas s'il deviendra puériculteur, ingénieur ou cuisinier. Je sais juste que si, comme je le crois, il garde en lui quelque chose de ses potes d'enfance, alors il devrait être quelqu'un de bien.

«Elle m'a tellement marqué, cette fin de Toy Story 3, renchérit Maëlle, 32 ans. Parmi les gros progrès effectués par Pixar au niveau technique, il y a la façon dont les humains sont rendus. Avant, ils me faisaient flipper. Là, le regard d'Andy est doux et mélancolique, c'est super joli. On comprend qu'il est en train de passer à autre chose tout en se raccrochant par bribes à ce qu'il a follement aimé durant l'enfance.»

Maëlle n'a jamais donné ses jouets. Elle conserve quelques reliques dans une boîte de taille raisonnable, avec pour objectif annoncé de les transmettre aux enfants qu'elle n'a pas encore. «Ça ne les intéressera sans doute pas, mieux vaut éviter de se mentir.»

La vérité, c'est que Maëlle n'a jamais pu se résoudre à se séparer d'un pantin en bois, d'un duo Nicolas-Pimprenelle en celluloïd et de quelques autres merveilles. «Je ne les ressors jamais, mais savoir qu'ils sont là me réchauffe toujours le cœur en cas de coup de blues. C'est à eux que j'ai confié tous mes secrets pendant des années, bien avant d'avoir un journal ou un meilleur ami.»

Fan inconditionnelle de la saga Toy Story, Maëlle a envie de croire qu'Andy, au fond de lui, sait que ses jouets sont doués de vie. L'avenir qu'elle imagine pour lui est parfaitement cohérent. «Andy va devenir le meilleur vendeur de jouets du monde. Pour moi, il a le don de pouvoir deviner précisément quel est LE jouet adapté pour chaque enfant, celui qui va stimuler son imagination comme jamais ou lui permettre de se découvrir des facultés jusque-là inexplorées» –un cousin du Robin Williams de Toys et du Dustin Hoffman du Merveilleux magasin de Mr Magorium, en somme.

«En plus, un talent comme celui d'Andy pourrait permettre de réduire considérablement les dépenses des parents et la consommation de matières polluantes, ajoute Maëlle. Si chaque gosse trouve les jouets qui lui correspondent réellement, il y a des chances pour que le besoin d'en avoir toujours plus se tarisse, et que c'en soit fini des coffres remplis à ras bords de jouets inutiles et sans âme.»

On l'a vu récemment dans Toy Story 4 avec l'entrée en scène du personnage de Fourchette (Forky en VO), couvert en plastique recyclé par la petite Bonnie afin d'en faire son meilleur ami, un peu brinquebalant mais plein d'humanité: chez les jouets aussi, la beauté intérieure est fondamentale.

Une virée au Pizza Planet

Il semble bien difficile d'imaginer Andy se sortir complètement du monde de l'enfance. «C'est peut-être juste parce que notre imagination est limitée, explique Joseph, 30 ans. On se dit qu'un gamin qui a grandi entouré de jouets va forcément rester accroché à cet univers-là. Sauf que, bien sûr, si tous les enfants qui aiment les jouets continuaient à bosser avec des mômes, ça se saurait.»

Joseph a vu le premier Toy Story en VHS sur la télé un peu pourrie de ses parents, sans doute en 1997. «Ce que j'ai pu les emmerder pour qu'ils m'emmènent dîner au Pizza Planet. Je refusais d'accepter que ça n'existe pas, j'étais persuadé qu'ils me mentaient parce qu'ils avaient la flemme.» Joseph n'en démord pas: «Moi, c'était ça mon vrai rêve. Le Pizza Planet.»

Hélas, le restaurant favori d'Andy est né de l'imagination des scénaristes du premier volet, même si Disney en a profité depuis pour ouvrir une pizzeria du même nom dans l'un de ses parcs américains.

Pour Joseph, Andy pourrait bien gravir les échelons de cette enseigne de restauration rapide, où il tenterait de s'assurer que chaque enfant sorte heureux après avoir mangé la meilleure pizza intergalactique de sa vie dans un univers de rêve.

«Un peu capitaliste, comme rêve, mais je me dis que si Andy devient un jour le boss de Pizza Planet, on peut être sûr que cela restera pour longtemps un lieu où les enfants sont heureux», et où les adultes peuvent se rendre également, quand le monde des grandes personnes leur a fait trop de misères et que se fait sentir le besoin de retrouver la rivière de leur enfance.

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