Santé / Sciences

«L'homme que j'aime m'a fait du mal avec cette histoire cachée»

Temps de lecture : 6 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Éloïse, quadragénaire dont le mari, de plus en plus absent, a entretenu une longue relation épistolaire avec une autre femme.

«Elle allait mal, elle s'épanchait, lui aussi, il se sentait utile, ils se sont rapprochés.» | Ishai Parasol via Flickr
«Elle allait mal, elle s'épanchait, lui aussi, il se sentait utile, ils se sont rapprochés.» | Ishai Parasol via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

J'ai une quarantaine d'années, et je suis mariée depuis près de vingt ans avec mon premier amour. Nous avons des enfants.

Juste après un projet personnel qui l'a occupé déjà plusieurs années en plus de son travail, mon mari s'est lancé dans une formation à quelques centaines de kilomètres d'ici, à raison de plusieurs semaines par an. Il y a immédiatement rencontré des femmes avec qui il sort manger, boire, ou se promener de longues heures dans la campagne, parfois au soleil couchant... Il m'en parle donc, un peu, très précautionneusement.

Dès le début, je l'ai senti différent de sa discrétion et sa réserve habituelle, très disponible ou direct avec ces femmes nouvellement connues, qu'il invitait même à dîner dans son appartement de location. J'en souffrais beaucoup. Je trouvais cela très trouble. Je me sentais en sursis. Je lui en ai parlé.

Sa formation a continué, j'ai dû gérer plein de choses presque seule dont des travaux et notre emménagement dans une maison que nous avions achetée. Je n'en pouvais plus: je le voyais et sentais s'épanouir dans cette formation, maintenir et renforcer ce lien avec ces femmes, et surtout s'éloigner des enfants et moi.

J'ai commencé à m'épuiser, à aller mal, à douter, à lui poser des questions, à parler de séparation. Il se disait impuissant à m'aider, je me croyais folle, incapable de comprendre ce qui m'arrivait puisque selon lui rien n'avait changé, seulement moi. Au bout de quelques mois, je suis allée voir un médecin, je me suis effondrée, il m'a conseillé une psychologue que je vois depuis quelques mois mais avec qui je n'ai pas l'impression d'avancer.

À son retour d'une nouvelle session de formation en ce début d'année, rien n'avait changé dans son attitude là-bas, dans ma difficulté à accepter cela, dans son éloignement presque plus psychique que physique (plongé dans ses pensées même quand il était là), dans son manque de projets de couple ou de famille, d'investissement dans les tâches ménagères ou auprès des enfants, ma décision de nous séparer était plus forte. J'ai déclenché une discussion.

Il a pleuré et avoué avoir eu une relation épistolaire de plusieurs mois dès sa rencontre l'année précédente avec l'une de ses amies de la formation. Elle allait mal, elle s'épanchait, lui aussi, il se sentait utile, ils se sont rapprochés, ils passaient des soirées à s'écrire de longs mails pendant que je croyais qu'il travaillait ou que je devais préparer des cartons, mais (a priori) il n'y avait rien eu de physique. Elle a cessé de lui parler subitement l'été dernier quand elle est allée mieux.

J'ai vécu cet aveu comme une trahison, une liaison. Une cachotterie si longue, pour une simple histoire amicale? Des mensonges si nombreux pendant un an alors qu'il y avait bien quelque chose et qu'il s'éloignait de moi pour se rapprocher d'elle? Quand j'allais si mal et qu'il me regardait m'enfoncer, il savait qu'il me cachait quelque chose somme toute anodine mais préférait le taire encore?

J'ai perdu confiance. En lui comme en moi. D'après lui, c'est cette femme qui a mis fin à leur relation, et je crois que tout se situe là. J'ai l'impression que cela aurait pu continuer longtemps. Qu'il n'a pas su ou voulu y mettre fin. Il a minimisé, il a nié que c'était une liaison (pourtant il lui a envoyé des messages en cachette même pendant un week-end à l'étranger avec moi), il me dit qu'il a besoin de plaire, particulièrement aux femmes, que ça a toujours été le cas, qu'il me sentait acquise, il a nié être amoureux de celle-ci, mais il n'en est pas sûr...

Je n'avais jamais senti cela, ni de menace dans notre couple par rapport à une ou des femmes avant cette formation, pourtant il en est entouré au travail. Je doute beaucoup de moi en tant que femme, je me compare souvent à celles de son entourage mais je n'ai jamais fait de scène de jalousie. Pour moi, lui et moi c'était inébranlable et pour toujours.

Mais là, depuis son aveu, je suis effondrée, je me sens humiliée, rejetée, vide, mise dans la balance avec cette femme tout fraîchement rencontrée alors que j'ai partagé plus de vingt ans de sa vie, des enfants et des épreuves fortes avec lui. Je ressens que j'avais compris des choses dès le début, que je lui ai tendu la perche mais qu'il m'a laissée mariner dans l'incompréhension et le doute pendant des mois pour se protéger.

Je ressens que l'homme que j'aime m'a fait du mal par cette histoire cachée, et pendant longtemps. Celui qui comptait le plus pour moi s'est retrouvé à l'origine d'une sorte de maltraitance à mon égard au lieu de m'en protéger.

J'ai proposé qu'il parte, quelques jours ou semaines. Qu'il aille jusqu'au bout de sa quête, mais il ne le veut pas. Il dit qu'il m'aime, qu'il ne veut pas me perdre ni s'éloigner des enfants, et c'est vrai qu'il se met à prendre enfin des choses en charge, ou à faire des choses juste pour moi après toutes ces années.

Je crois que je l'aime toujours, nos contacts m'électrisent, je ressens toujours une terrible attirance physique pour lui, je veux de cette nouvelle vie ici qu'on s'était rêvée et dessinée ensemble.

Mais je ne sais pas vers quoi vont mon mari et mon couple. Ni comment je peux me reconstruire après ça. Que dois-je faire? Qu'attendre de lui? Comment me comporter? Une idée?

Éloïse

Chère Éloïse,

C'est une situation que, malheureusement, beaucoup de couples connaissent. On parle trop peu du besoin de séduction de ces messieurs qui les conduisent parfois à avoir des comportements qui flirtent avec la tromperie.

Je vais être très claire avec vous: je ne trouve pas que ce soit grave de tester son pouvoir de séduction de temps à autre. Ce que je trouve grave, c'est de mentir à sa compagne (ou son compagnon). Ce que je trouve grave, c'est d'estimer que l'on peut cacher une partie de sa vie à celle ou celui avec qui on construit une famille, avec qui on tente de partager sa vie. Je ne crois pas à la dissimulation dans ces cas-là. Je crois que l'un des intérêts à s'engager à vie avec quelqu'un c'est de pouvoir tout partager avec cette personne.

C'est d'accepter son humanité comme on lui demande d'accepter la nôtre. Et, sur des décennies, il y a évidemment des moments où on se montre sous son moins bon jour, où on traverse des zones de turbulences, où on a besoin de se centrer sur soi.

Il existe une quantité de raisons qui ont pu pousser votre compagnon à vous cacher cette histoire et donc à tromper votre confiance, même si le sexe n'a pas été impliqué. D'abord, il a probablement eu conscience dès le départ que la situation n'était pas si innocente.

Ensuite, plutôt que d'avoir agi par malveillance, je crois qu'il existe une possibilité que sa dissimulation ait été le fait de la honte. Il a réagi comme un enfant. Plutôt que de partager avec vous une situation qui lui faisait du bien, il a agi comme si vous alliez le juger et le punir. Comme si vous étiez une figure d'autorité, inapte à le comprendre.

Je crois que c'est sur cet aspect de l'histoire qu'il faut travailler. Il doit vous voir autrement que comme la matriarche. C'est ce que vous avez le droit de prendre mal. C'est là qu'il a trahi votre relation. Vous n'avez pas à endosser la charge mentale des enfants et du foyer et à vous le voir reprocher par la suite. Vous avez un surplus de responsabilité et vous payez en plus le prix de ses frasques. C'est totalement injuste.

Cependant, je reste convaincue que cette épreuve est de celles qui peuvent rendre un couple plus fort. Si chacune des parties fait un effort sur elle-même et choisit de voir cette histoire comme une opportunité pour mieux se connaître et comme une leçon pour l'avenir, alors il est tout à fait possible que le futur soit plus doux.

La séduction n'est pas le problème. Le problème c'est d'arrêter de voir la personne avec qui on partage sa vie comme une compagne ou un compagnon et donc comme la seule personne digne de confiance. Vous n'êtes pas opposé·es, et vous ne devriez pas l'être.

Quand vous avez décidé de fonder une famille et d'acheter une maison, il me semble que vous avez aussi décidé de former un bloc. C'est ce bloc de confiance et de respect que vous devez retrouver. C'est la foi en votre projet commun que vous devez ressentir. Le reste, ce n'est que du détail, vraiment.

Vous n'êtes pas ennemi·es, vous êtes des partenaires. Il me semble que, comme beaucoup de couples, vous l'avez peut-être un peu oublié en route. Et parce que je suis déjà passée par là je peux vous l'assurer: avec de l'amour, de la patience et de la confiance, ça revient.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

Lucile Bellan Journaliste

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