Monde

Offrir des nuggets, nouvelle méthode pour enrôler des enfants dans le trafic de drogue

Temps de lecture : 2 min

Le bon deal proposé par les gangs des «chicken shops» aux jeunes (voire très jeunes) du Royaume-Uni.

Le fast-food, nouveau lieu de vie sociale pour les jeunes et l'endroit idéal pour les dealers pour repérer leurs futures petites mains. | Fran Hogan via Unsplash
Le fast-food, nouveau lieu de vie sociale pour les jeunes et l'endroit idéal pour les dealers pour repérer leurs futures petites mains. | Fran Hogan via Unsplash

Quand on lit Belle de Jour, on imagine mal le truand Marcel et son gang des années 1930 se retrouver ailleurs que dans cette gargotte sombre et poussérieuse des Halles que dépeint Kessel. Mais les temps ont changé et dorénavant, le haut lieu du grand banditisme est le petit fast-food.

Discret pour les rendez-vous, plus sobre qu'un bar pour le blanchiment d'argent, le petit fast-food est aussi un moyen efficace d'enrôler les plus jeunes dans les gangs. Comment? En offrant des nuggets gratuits.

Il faut dire qu'avec sa bouffe pas chère, le fast-food est devenu un lieu de sociabilisation pour un nombre croissant de jeunes. Après l'école, pendant un long dimanche après-midi, on s'y arrête un moment, tous les jours, au même endroit. Un terrain idéal pour les gangs pour les repérer et les aborder.

«Alors ils se disent “Ok, ce jeune-là vient tous les jours de telle heure à telle heure” puis ils commencent à sympathiser. “Tiens, des frites, tiens, du poulet frit offert par la maison”, et à partir de là, la relation se forme facilement», raconte Natasha Chopra, à la tête d'un programme de protection des enfants contre la violence, les mauvais traitements et l'exploitation à Londres.

La sauce blanche d'abord, le billet vert ensuite

Au Royaume-Uni, l'enrôlement des enfants par les fast-foods fait écho au problème plus large des «county lines», le trafic de drogue en zone rurale, où les enfants sont utilisés comme passeurs depuis la ville. Dans un rapport sorti en janvier 2019, l'agence nationale contre le crime du Royaume-Uni chiffrait à 10.000 le nombre d'enfants recrutés par ce type de trafic, dont l'industrie engrengerait plus de 500 millions de livres à travers le pays.

Si ce sont surtout les jeunes entre 14 et 17 ans qui constituent la cible de prédilection des «chicken shops gangs», certains n'hésitent pas à recruter jusqu'aux enfants de 7 ans. Et le nugget prend dès lors d'autant plus de valeur que l'argent en a moins.

Bien sûr, offrir de la nourriture gratuite ne constitue qu'un point de départ dans l'enrôlement des jeunes dans un trafic de drogue. La seconde étape, selon Natasha Chopra, consiste à offrir des petites sommes –une vingtaine d'euros– pour des services faciles, comme faire le guet.

Naît ensuite le sentiment d'appartenance au gang. S'ensuivent la reconnaissance par l'évolution dans la hiérarchie et la confiance par l'attribution de tâches de plus en plus incriminantes. Dès lors, la machine est lancée. Il aura suffi de quelques nuggets pour l'enclencher.

Slate.fr

Newsletters

Españaxit

Españaxit

Comment le corps humain gère-t-il un vol d'avion de vingt heures?

Comment le corps humain gère-t-il un vol d'avion de vingt heures?

Des scientifiques vont l'observer pour la première fois.

Brexit, un accord et après?

Brexit, un accord et après?

Le Parlement britannique doit désormais valider l'accord.

Newsletters