Santé

Arrêtons de parler de «guerre contre le cancer»

Temps de lecture : 2 min

Le vocabulaire militaire a un impact négatif sur notre perception et notre appréhension de la maladie.

Image faite lors d'une macrobiopsie par mammotome pour vérifier la nature cancéreuse de lésions, Paris, 2006 | Joel Saget / AFP
Image faite lors d'une macrobiopsie par mammotome pour vérifier la nature cancéreuse de lésions, Paris, 2006 | Joel Saget / AFP

Chaque conversation sur le cancer amène son lot de métaphores guerrières. On le combat, on lui fait la guerre, on mène une bataille, on fait tout pour le vaincre, et chaque petite rémission est une victoire: pas de doute, on est des battant·es. Pourtant, cette terminologie a un impact négatif sur la psychologie des personnes souffrant de cette maladie.

D'après des chercheurs, le vocabulaire militaire employé pour parler du cancer rend son traitement plus difficile, et a tendance à rendre les gens plus fatalistes face à la maladie.

Un impact psychologique néfaste

«Notre travail suggère que les métaphores de combat pourraient avoir un impact négatif sur la façon dont les gens pensent au cancer et que ces pensées pourraient saper leur volonté d'adopter des comportements saints», affirme David Hauser, psychologue à l'université Queen's, au Canada.

Avec le professeur de psychologie Norbert Schwarz, qui travaille à l'université de Californie du Sud, Hauser a mené quatre expériences distinctes, impliquant près de 1.000 personnes en bonne santé, afin d'examiner leurs réactions après qu'elles ont lu des témoignages de patient·es cancéreux·ses mobilisant ou bien des métaphores guerrières, ou bien des métaphores du cancer conçu en tant que parcours, ou bien ne mobilisant aucune métaphore. Les personnes ayant participé à l'expérience ont estimé que les patient·es ayant recours à un vocabulaire militaire avaient un traitement plus difficile que celles et ceux des deux autres catégories.

Selon les chercheurs, mettre l'accent sur la dureté du cancer aurait plutôt tendance à générer dans l'imaginaire collectif une peur de cette maladie susceptible d'inciter les gens à ignorer leurs symptômes, ce qui, retardant inévitablement la prise en charge par le personnel médical, peut entraîner des conséquences néfastes.

Des discours culpabilisants

Si certain·es s'en accommodent tout à fait, l'idée qu'il faut «lutter» contre le cancer, quand on «traite» n'importe quelle autre maladie, peut avoir un effet culpabilisant sur certain·es patient·es:

«Les personnes qui meurent d'un cancer ne sont pas mortes parce qu'elles n'ont pas fait assez d'efforts, rappelle Margaret McCartney, médecin généraliste et écrivaine basée à Glasgow. Cette recherche devrait donner à réfléchir aux organisations qui continuent à utiliser la terminologie guerrière. Les mots que nous choisissons ont de lourdes conséquences.»

Pour Mandy Mahoney, atteinte d'un cancer du sein métastatique incurable, le discours de bravoure qui entoure les supposé·es «vétéran·es du cancer» peut faire peser une grosse pression sur les personnes nouvellement diagnostiquées:

«Vous avez l'impression que vous laissez tomber les gens si vous ne pouvez pas être positif en permanence ou que vous passez un jour à broyer du noir. Ce n'est ni constructif, ni utile, quand vous devez vous concentrer sur une vie quotidienne dont le calendrier est rythmé par votre traitement. Je préfère un langage clair et factuel, donc je me décris comme "vivant" avec un cancer incurable. Je ne suis ni courageuse ni inspirante, j'essaye juste de bien vivre la vie qu'il me reste.»

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