Société

Qui mange un bœuf mange un chat

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Manger de la viande est néfaste pour la planète. Il est grand temps de laisser les animaux en paix.

Continuer à manger de la viande est une hérésie. | David Goehring via Flickr
Continuer à manger de la viande est une hérésie. | David Goehring via Flickr

Le monde crève de manger trop de viande. Ce n'est pas moi qui l'affirme mais le Giec dans son dernier rapport. Or le Giec, c'est bien connu, n'a pas beaucoup d'humour; quand il assène une vérité, il ne sert à rien de la contredire. Le Giec c'est comme Saga, c'est plus fort que toi. Donc quand le Giec dit «arrête de manger de la viande, sinon le monde court à sa perte», tu ne discutes pas et tu arrêtes de manger de la viande. Point barre.

Ce n'est quand même pas la mer à boire d'arrêter de manger de la viande. Moi-même, je n'en consomme plus depuis quelques années et malgré mes espérances, je n'en suis pas encore mort. À quoi bon manger de la viande, je vous le demande? Pour le goût? Fadaises! N'importe quel chili végétarien a autant de saveur qu'une côte de bœuf cuite sur une grille de barbecue. Par habitude? On s'en déshabitue sans même s'en rendre compte. Un jour on s'enfile un rôti saignant à souhait; le lendemain, on se régale d'un couscous aux légumes, voilà tout. On a juste changé une habitude culinaire pour une autre. Sans drame et sans fracas.

Ce n'est pas comme si on vous demandait de vous laver désormais avec de l'eau glacée. Ou de vous chauffer seulement les jours impairs. Ou d'abandonner votre voiture pour la marche à pied. C'est parfaitement indolore. Comme de changer de crèmerie. Tout juste si on s'en aperçoit. Rien ne dramatique ne va vous arriver. Si vous êtes con, vous le resterez. Si vous ne l'êtes pas, vous ne le deviendrez pas. Arrêter de manger de la viande n'entraîne aucun effet secondaire. Tout juste cesserez-vous de papoter avec votre boucher dont, convenez-en, la conversation la plupart du temps n'était guère palpitante.

Et surtout vous ficherez la paix aux animaux, ce qui n'est pas rien. Entre nous, je ne comprends pas comment on peut s'enticher d'un animal domestique, jouer avec lui, le câliner, louer sa beauté, s'ébaubir de sa grâce et la seconde suivante s'attabler pour déguster un carré d'agneau. Vous ne réalisez donc pas que l'agneau c'est votre chat, votre chien, votre lapin? Tous les animaux se valent. Ce sont des espèces vivantes qui prennent plaisir à exister. Qui jouent, rêvent, s'amusent, observent, vont, viennent, courent, folâtrent dans la joie et la bonne humeur.

Rien ne justifie de mettre à mort un animal dans le seul but de nous nourrir, du moins dans les sociétés d'abondance qui sont les nôtres.

J'ignore à quoi peuvent bien penser les animaux mais je tiens pour certain, à force de regarder mon chat, que s'agite dans sa boîte crânienne tout un vaste chapelet d'émotions qui sont comme des secousses d'une intelligence en action; d'une volonté expliquerait Schopenhauer. Dans mon chat, il y a «quelqu'un». Et un chat comme un agneau ne possède-t-il pas une identité bien à lui? Une façon unique d'interagir avec son environnement immédiat? Une attitude face aux défis de la vie qui lui est propre? Une personnalité. Et ce chat, ce chien, cet agneau, ce veau, on irait les bouffer pour satisfaire des désirs qui ne sont finalement que des caprices?

Ce n'est pas non plus une question de mise à mort. M'horripilent ceux dont le discours consiste à prôner la consommation de viande issue d'animaux dont la vie se serait achevée sans douleur. La belle affaire! Ils mourront mais ils mourront sans même s'en apercevoir, n'est-ce pas là un destin merveilleux?

Si demain, pour une raison ou une autre, à la suite d'un forfait que je n'aurais pas commis, on s'avisait de me faire mourir non pas dans d'atroces souffrances mais dans le ravissement d'un cœur mis aux arrêts par l'absorption d'un poison à l'effet foudroyant, certes j'en éprouverais une immense joie, certes j'en remercierais mes bourreaux considérés comme des bienfaiteurs, certes je serais le plus heureux des hommes mais la nature étant ce qu'elle est, je serais tout de même mort pour l'éternité. À tout prendre, voyez-vous, je préférerais nettement mourir dans trente ans, à l'épuisement de mes années.

Rien ne justifie de mettre à mort un animal dans le seul but de nous nourrir, du moins dans les sociétés d'abondance qui sont les nôtres. Une hérésie qui contribue à détériorer encore un peu plus l'état de notre pauvre planète. De toutes les façons, je ne comprends même pas que vous soyez là encore à pinailler et à essayer de me contredire. Dois-je vous rappeler que je parle là d'une recommandation qui vient tout droit du Giec?

Vous voulez quoi? Une excommunication?!

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Laurent Sagalovitsch romancier

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