Monde

La guerre du concombre divise l'Espagne

Temps de lecture : 2 min

Dans le gaspacho, en mettre ou ne pas en mettre, telle est la question.

«Du terrorisme gastronomique!» | Chris Liverani on Unsplash
«Du terrorisme gastronomique!» | Chris Liverani on Unsplash

L'Espagne n'en n'avait pas assez de se diviser. Cette fois, rien à voir avec les visées indépendantistes catalanes, la nouvelle querelle nationale se déroule dans les assiettes. Faut-il oui ou non mettre du concombre dans le gaspacho, la célèbre soupe froide? Le débat s'est emparé de la péninsule.

À cette question existentielle, posée sur Twitter par l'acteur El Monaguillo, il ne s'agit pas que de répondre. L'identité nationale promue par le gaspacho semble être en jeu. En tous cas, c'est ce qu'atteste la virulence de certaines réponses.

«Du terrorisme gastronomique!», s'exclame en réponse au tweet déclencheur le chef étoilé Dani García. Le cucurbitacée n'est pas seulement un affront à l'inimitable saveur du gaspacho, il est «invasif», il est «agressif». Pour García, la réponse est sans appel: ce sera «bye-bye le concombre».

Des propos légèrement excessifs quand on se rappelle que le même Dani García avait travesti l'original gaspacho en y rajoutant des cerises. Mais «peut-on sincèrement comparer l'élégance de la cerise à la violence d'un concombre?», répliquera-t-il.

Et pour 63% de celles et ceux qui ont répondu par l'affirmative au tweet de Monaguillo, oui on peut.

Une recette anarchique

Selon Charo Barrios, le président de l'Académie du gaspacho andalou, le débat doit être mis en perspective, «les recettes les plus anciennes de gaspacho sont relativement anarchiques.»

Il rappelle qu'en Espagne, un pays historiquement rural, il ne s'agissait pas de faire quelque expérience gustative mais juste de se nourrir. «Qu'est-ce que je peux ingurgiter pour me donner suffisamment de force pour travailler? J'ai de l'eau, j'ai de l'huile, du vinaigre, de l'ail. Si j'ai du pain j'en mets aussi.»

Ainsi, la tomate n'a pas toujours été l'ingrédient roi du gaspacho. C'était l'orange qui constituait la base de la soupe. Et si jamais on avait la chance d'avoir de quoi chauffer nos plats, on la servait chaude. Oui, chaude.

Il faut dire qu'en Espagne, on ne plaisante pas avec les plats traditionnels.

Déjà en 2016, Espagnols et Espagnoles de tous bords s'étaient élevées d'une même voix pour jeter l'oppobre sur Jamie Oliver, le chef cuisinier britannique qui avait osé mettre du chorizo dans la paella. «Enlève le chorizo. On ne négocie pas avec les terroristes», s'était-il vu répondre sur Twitter.

Évoquons aussi la guerre qui oppose les deux clans «concebollistas» et «sincebollistas» (avec ou sans oignons) pour la préparation de la tortilla.

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Ainsi, la cuisine traditionnelle est à l'Espagne ce que la Reine est à l'Angleterre. On n'y touche pas.

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