Parents & enfants / Monde

Encourager à tirer son lait ne remplace pas les congés parentaux payés

Temps de lecture : 2 min

Le choix du gouvernement américain de subventionner la pratique n'est pas anodin.

Aux États-Unis, 85% des femmes qui allaitent déclarent utiliser un tire-lait. | Kevin Liang via Unsplash
Aux États-Unis, 85% des femmes qui allaitent déclarent utiliser un tire-lait. | Kevin Liang via Unsplash

C'est bien connu, la naissance d'un enfant signe aussi le début du règne de l'opinion, en particulier pour l'allaitement. Tout le monde a son mot à dire, de la meilleure amie qui a accouché l'année dernière à une dame dans le métro.

Le tire-lait, pourtant, entre peu dans les débats. L'objet fait silencieusement son chemin dans les consciences; on lui attribue le mérite du lait maternel tout en permettant une vie professionnelle à plein temps.

Aux États-Unis, le tire-lait est même subventionné par le gouvernement. Les assurances doivent le rembourser intégralement et il est déductible des impôts depuis 2011.

On pourrait se dire qu'il s'agit d'une bénédiction, dans un pays où un détartrage coûte plus de 1.000 dollars, mais l'engagement fédéral cache surtout une manœuvre politique.

Révolution silencieuse

Si la pratique reste assez rare en France, elle est extrêmement répandue dans les foyers américains: 85% des femmes qui allaitent déclarent utiliser au moins en partie un tire-lait et 6% l'utilisent exclusivement, sans donner le sein.

En considérant qu'avant les années 1990, pratiquement aucune femme ne tirait son lait, la hausse apparaît fulgurante. Curieusement, presque aucun support scientifique n'est venu l'étayer.

Dans une étude de 2011, des chercheuses avaient utilisé le terme de «révolution silencieuse» pour désigner le développement foudroyant du tire-lait: révolution pour les possibilités qu'il offrait aux femmes, mais aussi révolution dans le rapport à l'enfant; néanmoins silencieuse, au regard de l'absence de travaux de recherche entourant son usage.

«Il y a des lacunes sur combien de femmes tirent leur lait et pour combien de temps. Sur leur classe sociale. Sur leur âge. Il y a des lacunes sur la propreté des tire-laits, s'exaspère Kathleen Rasmussen, à la tête de l'étude de 2011, interrogée par The Atlantic. Quel est l'impact sur la mère? Sur la santé de l'enfant? Sur son développement?»

Jusqu'alors, les maigres recherches menées ne sont pas des plus rassurantes. Le lait se dégrade quand il est refroidi. Les risques microbiologiques sont augmentés par le contact intermédiaire avec le tire-lait. Le risque d'asthme infantile est favorisé.

Les scientifiques évoquent aussi l'hypothèse selon laquelle le principal avantage du lait maternel sur le lait en poudre résiderait précisément dans le contact visuel et corporel entre l'enfant et la mère offert par l'allaitement.

Pourquoi alors encourager l'usage du tire-lait, comme le font les États-Unis? La réponse est simple: cela coûte moins cher qu'un congé parental rémunéré.

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