Parents & enfants / Société

En grandissant, les enfants deviennent plus empathiques

Temps de lecture : 3 min

Le monde des plus jeunes laisse à croire que l'être humain est naturellement bon.

Dès 4 ans, les enfants savent qu'il est positif de partager, c'est à partir de 7 ans qu'ils ou elles le font de plein gré. | Hisu lee via Unsplash
Dès 4 ans, les enfants savent qu'il est positif de partager, c'est à partir de 7 ans qu'ils ou elles le font de plein gré. | Hisu lee via Unsplash

L'école accompagne et cultive les savoirs académiques des enfants, mesurant leurs progrès en lecture et en calcul. Mais quid de leur sens moral? Une étude de 2018 montre que celui-ci évolue aussi avec le temps et que les parents peuvent vraiment contribuer à son développement.

Si les préoccupations morales des adultes ont déjà été cartographiées, jusqu'ici, nous en savions peu sur ce qui touche les enfants et la manière dont cela peut changer au fil du temps.

Notre équipe de recherche de l'université de Queensland s'est penchée sur la question de ce développement moral (le fait de se soucier du bien d'autrui, plus précisément) et a constaté qu'avec l'âge, les enfants s'ouvrent à de plus en plus de personnes et de sujets différents.

Des êtres sociaux

Nous avons demandé à 151 enfants âgé.es de 4 ans à 10 ans de nous dire, à partir d'un éventail de vingt-quatre éléments, à quel point ils ou elles se souciaient des autres. La palette intégrait des humains, des animaux et des objets inanimés. Les participant·es devaient les positionner dans un cercle moral, indiquant s'ils s'en préoccupaient beaucoup, un peu, ou pas du tout.

Nous nous sommes rendus compte que le champ de préoccupations des enfants est de plus en plus large au fur et à mesure qu'ils grandissent. Leur capacité à faire attention aux autres s'améliore au fil de leur développement, tout comme leurs compétences en mathématiques et en lecture. Cela signifie qu'il y a plusieurs moments clés dans l'évolution morale d'un enfant, à mesure que sa compréhension des besoins d'autrui s'affine.

Nous sommes fondamentalement des êtres sociaux: dès le plus jeune âge, les enfants sont incité·es à partager, à aider les autres et s'en faire aimer. Les premiers comportements serviables peuvent s'observer dès l'âge de 18 mois, puis cette attitude devient courante à partir de 3 ans. Mais ce genre de comportements ne se produit généralement que dans les situations où l'aide n'a pas de coût direct (par exemple, devoir donner quelque chose de valeur, comme un jouet qu'on aime bien).

Leur capacité à faire attention aux autres s'améliore au fil de leur développement.

À contrario, bien qu'un·e enfant de 4 ans soit conscient·e que partager est un geste positif et qu'il ou elle punisse les autres qui ne le font pas, il ou elle a beaucoup de mal à le faire de son propre gré. Durant notre étude, nous avons établi que les enfants de cet âge étaient les moins partant·es pour donner des autocollants gagnés à un·e camarade inconnu·e.

Ce n'est que plus tard, vers 7 ans à 8 ans, que les enfants commencent à adopter des postures de partage plus altruistes. À cet âge, les enfants sont plus réceptifs aux normes sociales d'équité et de justice. Ils ou elles vont manifester de l'aversion, non seulement pour les situations dans lesquelles on leur donne moins qu'à un autre enfant, mais aussi dans les cas où ils reçoivent plus qu'un autre.

Cette capacité à intégrer l'expérience d'autrui à notre propre prise de décision est la clé du raisonnement moral. C'est cette aptitude qui peut expliquer que les enfants déclarent beaucoup plus se soucier des membres vulnérables de la société (comme les personnes malades ou handicapées).

Alors que les enfants de 4 ans étaient aussi peu préoccupé·es par une personne malade que par une chaussure, ceux de 7 ans et plus déclaraient s'en soucier beaucoup, intégrant la personne au cercle le plus proche de leurs préoccupations. Ces enfants plus âgé·es semblent aussi plus aptes à se mobiliser pour des concepts plus abstraits, comme l'environnement.

Devenir un être moral est toute une entreprise, qui demande de la patience. Si donc vos enfants de 4 ans semblent plus intéressé·es par leur environnement immédiat que par les personnes qui ont le plus besoin d'attention, laissez-leur du temps –ils y parviendront.

Critères de proximité

Notre étude montre aussi que certaines préférences morales restent stables tout au long de la vie. Quel que soit leur âge, les enfants accordent une préférence aux membres de leur famille et aux ami·es, les plaçant dans le premier cercle de leurs préoccupations.

De la même façon, les personnes méchantes et qui commettent des mauvaises actions sont unanimement rejetée: à tous les âges, les enfants disent ne pas se soucier des brutes et des voleurs. Il y a aussi une nette préférence pour les membres d'un groupe d'appartenance (ceux auxquels on s'identifie, comme les camarades de classe), par rapport aux personnes de groupes éloignés ou inconnus (les enfants vivant à l'étranger par exemple). Ces tendances se retrouvent aussi auprès des adultes que l'on interroge, ce qui signifierait qu'elles sont inhérentes à la condition humaine.

Mais cela ne veut pas dire que ces préférences ne puissent être influencées par l'expérience. Le simple fait d'avoir plus de contacts avec un membre d'un groupe éloigné peut favoriser l'identification, aussi bien chez les adultes que les enfants.

De même, la lecture d'histoires dont les personnes principales souffrent d'un handicap peut aider à réduire les préjugés des enfants de 5 ans et plus. En leur permettant de nouer des relations avec des gens d'origines variées, les parents contribuent à développer la tolérance et l'empathie de leurs enfants.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original. The Conversation

Karri Neldner Docteure en psychologie comparative et du développement, spécialisée dans l'étude comportementale des enfants.

Charlie Crimston Chercheuse en psychologie sociale et morale à l'université de Queensland.

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