Monde

Boris Johnson ne deviendra pas Trump, mais Tsípras

Temps de lecture : 3 min

Au premier coup d'œil, le nouveau Premier ministre britannique entretient des similitudes flagrantes avec le président américain. Il ne faut pourtant pas s'y tromper.

Boris Johnson au siège du Parti conservateur, le 23 juillet 2019 à Londres. | Niklas Halle'n / AFP
Boris Johnson au siège du Parti conservateur, le 23 juillet 2019 à Londres. | Niklas Halle'n / AFP

Boris Johnson deviendra-t-il Donald Trump, qui fait grosso modo ce qu'il a dit, ou bien Aléxis Tsípras, qui fit l'inverse de ce qu'il avait promis?

Le nouveau Premier ministre britannique va-t-il sortir son pays de l'Union européenne au 31 octobre comme il s'en fait fort, au besoin sans deal, ou bien, après avoir aboyé tout l'été, va-t-il rentrer dans la niche sans mordre et accepter l'accord négocié avec Bruxelles, dont il dénonça pourtant les «termes carthaginiens»?

Tony Blair, l'ancien chef de gouvernement, a livré sa réponse: il signera le deal ou bien, épreuve de vérité, il appellera à un nouveau référendum. Conclusion: Johnson est un Tsípras.

Tout puis son contraire

L'autre blond, derrière Trump, est ce que l'on peut faire de pire en politique.

Il est un type bien né, doté de la meilleure éducation qu'accorde la Grande-Bretagne à son upper class, très intelligent, orateur charismatique, drôle et ayant un sens politique aigu.

Voilà pour les qualités, qui ont malheureusement été mises au service d'un filou qui a toujours dit tout puis son contraire. Boris a été remainer (favorable au maintien dans l'UE) avant de devenir le champion du Brexit. Sa pensée reflète son allure: cravate tordue, cheveux défaits, chaussettes disparates. Ses propos sont de la même bizarrerie.

Lorsque la police débarque chez lui le 21 juin, alertée par les voisins inquiets de la violence d'une dispute avec sa compagne Carrie Symonds, Boris Johnson arrête les policemen et se met à leur raconter que lorsqu'il était maire de Londres, il a imposé que les nouveaux bus à impériale puissent être découverts contre l'avis de Bruxelles, qui trouvait ce dispositif dangereux pour la santé. «Mais on a réussi à le faire», raconte fièrement le futur Premier ministre aux flics.

C'est tout Boris Johnson, note le Financial Times, qui rapporte l'anecdote. Il ose une diversion estomaquante complètement inventée: il n'y a aucun bus sans toit roulant aujourd'hui à Londres; sa bataille contre Bruxelles n'a jamais eu lieu.

Infantile? Excentrique? Des talents pour séduire. Mais infantile et excentrique, est-ce une bonne ou une mauvaise chose pour un Premier ministre?

Toboggan vers l'abîme

Cette affaire de bus en rappelle une autre: pendant toute la campagne du référendum sur le Brexit de 2016, Boris Johnson loua un bus et le fit rouler dans tout le pays après y avoir inscrit en très gros que sortir de l'Union allait rapporter 350 millions de livres [environ 390 millions d'euros] par semaine, que l'on pourrait rendre aux caisses de la Sécurité sociale.

La vérité, que les Britanniques ont découvert une fois engagées les discussions avec Bruxelles, est que la sortie n'allait rien rapporter aux caisses de Londres, mais au contraire leur coûter de l'argent.

Tout cela pour dire que le Boris est capable d'absolument tout, y compris de retourner sa veste une nouvelle fois et, moyennant des modifications de pure forme, d'expliquer que le projet d'accord honni signé par Theresa May n'est finalement pas si mal, puisque c'est lui qui le conclut.

Pourquoi ferait-il cela? Simplement parce qu'il n'a pas le choix. Un no deal reviendrait à placer le Royaume-Uni dans un toboggan vers l'abîme, n'importe qui assis au 10 Downing Street le comprend illico.

Boris Johnson –qui se réclame de Winston Churchill– ne veut certainement pas laisser à la postérité l'image d'un homme qui a fait sombrer l'économie de son pays, qui a rouvert le drame en Irlande et qui a poussé l'Ecosse à rompre. L'excentrique infantile n'osera pas: il sera Tsípras.

Corde au cou

Le Premier ministre grec a été élu en 2015 en s'opposant aux mesures d'austérité imposées par la méchante troïka (Bruxelles, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international). Il a demandé confirmation de cette rupture au peuple grec par référendum, qu'il a gagné. Puis, le lendemain, il est allé la corde au cou se rendre aux méchants européens.

Pourquoi? Parce qu'il n'avait pas le choix. Il l'a compris une fois au pouvoir, les comptes du pays sous les yeux. Le Grexit aurait été bien pire comme souffrance infligée au peuple.

Le traître Aléxis Tsípras est depuis la bête noire de toute l'extrême gauche, et l'électorat grec l'a définitivement poussé dehors lors des dernières élections. Pendant son mandat, l'économie est repartie; son bilan est somme toute bon –bien meilleur en tout cas qu'il n'eut été si le gouvernement grec était resté gauchiste, regardez le Venezuela.

Pourquoi Donald Trump peut-il lui n'en faire qu'à sa tête? À cause de la taille des États-Unis, du dollar et de l'indépendance de son économie, qui n'est que faiblement ouverte à l'import-export, là où les pays européens sont intégrés depuis trois décennies dans le Marché commun.

Par sa force, Trump fait ce qu'il veut, du moins dans un premier temps, puisque viendra vite le moment où les investisseurs douteront des effets de sa politique protectionniste, son «Amerixit» à lui. Nous y sommes presque.

La Grèce est restée dans l'Union européenne. Le Royaume-Uni, après trois ans de tentative, n'est pas parvenue à partir. Il est plus que jamais déchiré et complètement à la dérive.

Boris Johnson est assez intelligent pour le comprendre. Il a menti, il a raconté des histoires, il a fait le fanfaron pour remporter la victoire au sein du Parti conservateur et pouvoir s'asseoir sur le siège de Premier ministre? Bien, mais il va maintenant falloir nouer sa cravate, peigner ses cheveux et harmoniser ses chaussettes. Cette fois, c'est du sérieux.

Eric Le Boucher Cofondateur de Slate.fr

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