Santé / Société

Ceta, le point de vue d'un Franco-Canadien qui ne mange pas de viande

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] À entendre les arguments des opposants au traité, j'ai cru que je vivais en Corée du Nord et non au Canada.

«La France et le Canada ont deux approches différentes pour nourrir leur bétail.» | Petras Gagilas via Flickr 
«La France et le Canada ont deux approches différentes pour nourrir leur bétail.» | Petras Gagilas via Flickr 

En tant que détenteur d'un passeport français et d'un canadien, connaissant de l'intérieur les deux contrées pour y avoir vécu un certain nombre d'années –toutes plutôt mal que bien– je revendique le droit d'ouvrir ma grande gueule sur la passionnante question du Ceta et des problématiques soulevées par son éventuelle mise en application. Surtout que je ne mange plus de viande depuis quelques années, ce qui me confère d'emblée un niveau d'expertise à rendre jaloux n'importe quel conseiller ministériel.

À entendre les valeureux opposants au traité, à considérer leurs arguments, plus d'une fois je me suis demandé si je vivais bien au Canada et non pas dans une quelconque Corée du Nord où n'importe quel dictateur en culotte courte peut décider de ce qui est bon ou pas pour sa population. N'en déplaise à certains, jusqu'à nouvel ordre, il existe au Canada un gouvernement élu, une opposition officielle, un parlement, des instituts de contrôle, des associations de consommateurs, une presse libre et diverse, des universités puissantes, des chercheurs indépendants, tout l'apanage d'une démocratie sûre de ses droits et de ses valeurs.

Le Canadien n'étant pas suicidaire de nature, c'est même le contraire –il est à mon grand désespoir un optimiste forcené– j'ai du mal à croire qu'il avalerait depuis des générations des quartiers de bœuf sans prendre en considération les répercussions sur son état physique. Afin de rassurer la population française jamais aussi inquiète que lorsqu'il s'agit de sa santé, je tiens à signaler que l'espérance de vie au Canada est à peu de chose près la même qu'en France, que l'on meurt dans des proportions égales de cancers et autres maladies cardiovasculaires et que jusqu'à aujourd'hui aucun coronaire n'a déclaré un individu mort par empoisonnement à la suite d'une consommation de viande locale.

Autrement dit les peurs entretenues au sujet du bœuf n'ont pas lieu d'être. Je ne dis pas qu'il n'existe pas de différences entre les viandes canadienne et française, je ne me réjouis guère de savoir que les vaches canadiennes carburent aux antibiotiques et autres farines animales; je constate juste que la consommation de vaches nées et décédées sur le sol canadien demeure sans danger.

Pour côtoyer au quotidien des carnivores canadiens, de grands gaillards qui me surplombent de trop nombreux centimètres, je n'ai noté chez eux aucun signe particulier qui tendrait à démontrer la nocivité de la consommation de bœuf local. Ils n'ont pas un troisième œil qui leur pousse entre les deux narines, ils ne se mettent pas inopinément à aboyer au milieu de leurs phrases pas plus qu'ils ne perdent leurs cheveux après avoir ingurgité une bonne côte de bœuf, laquelle occupe souvent la moitié de la tablée; en fait ils ne souffrent d'aucune tare particulière si ce n'est cette agaçante manie de s'excuser à tort et à travers ou de remercier plus que de raison leur interlocuteur. Hormis ces regrettables particularismes dûs à un système éducatif basé avant tout sur l'esprit de tolérance, je ne vois rien dans leur attitude ou leur physique à même de susciter l'inquiétude.

Disons juste que la France et le Canada ont deux approches différentes quand il s'agit de nourrir leur bétail, l'une artisanale et assurément plus vertueuse, l'autre plus industrielle et moins précautionneuse, et que toutes les deux sont finalement aussi destructrices pour la planète car oui, Mesdames, Messieurs les députés de la représentation nationale, ce qui est problématique dans toute cette affaire, ce n'est pas tant de savoir à quoi carburent nos bœufs respectifs, c'est de les manger!

Pas besoin d'être Greta Garbo, euh... pardon, Thunberg pour savoir que l'élevage constitue l'une des principales causes au réchauffement de la planète et au dérèglement climatique. C'est un fait connu, établi, prouvé. S'il y avait une seule mesure à prendre pour rendre la terre plus vivable, une mesure de bon sens, une mesure éthique et environnementale, une mesure aisée à mettre en œuvre, ce serait d'arrêter de manger de la viande.

Nourrie aux hormones canadiennes ou à l'herbe française.

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