Parents & enfants / Monde

Abandonner ses enfants en forêt, l'étrange rite initiatique néerlandais

Temps de lecture : 2 min

À méditer pour tous les Castors Juniors en mal d'aventures.

«Vous vous assurez bien sûr qu'ils ne meurent pas mais sinon, vous les laissez se débrouiller», a expliqué une mère au New York Times. | Annie Spratt via Unsplash
«Vous vous assurez bien sûr qu'ils ne meurent pas mais sinon, vous les laissez se débrouiller», a expliqué une mère au New York Times. | Annie Spratt via Unsplash

Souvenez-vous de Sam dans Moonrise Kingdom de Wes Anderson, qui s'enfuit avec son grand amour Suzy dans la forêt. Livrés à eux-mêmes, ils se repèrent sur des grandes cartes, construisent un campement, font du feu. Perçue comme un authentique rite initiatique, qui fera passer du statut d'enfant à celui d'adolescent, l'échappée dans les bois ne survient toutefois pas que dans la fiction. Pour les adolescent·es néerlandais·es, c'est un passage obligé dans leur éducation. Le New York Times nous raconte leur épopée.

Il est 22 heures et la nuit tombe. À l'orée de la forêt, une camionette s'arrête sur le bord de la route. Trois silhouettes frêles en émergent et aussitôt, dans un crissement de pneus, la camionnette fait demi-tour, laissant ses trois pèlerins complètement seuls. Il y a deux garçons de 12 et 11 ans, une fille de 12 ans. Pour atteindre leur camp, situé à plusieurs heures de marche, ils n'ont en leur possession qu'un rudimentaire GPS. Ils se mettent en route, comme l'ont fait avant eux leurs frères et sœurs, leurs parents. C'est la nuit de leur «largage», ce rite iniatique qui marque la fin de l'enfance, pratiqué depuis des générations aux Pays-Bas.

Ritualiser l'indépendance

Si l'idée d'abandonner des jeunes dans les bois peut paraître saugrenue, elle révèle en fait une toute autre philosophie dans l'éducation que celle que nous connaissons.

Au pays des tulipes, les laisser se perdre dans la forêt signifie «larguer vos enfants dans la nature. Vous vous assurez bien sûr qu'ils ne meurent pas mais sinon, vous les laissez se débrouiller», explique une mère au New York Times.

Trois heures de marche et toujours aucun campement en vue. «Mes parents dorment. Ma sœur dort. Mon cerveau est fatigué. Mes pieds aussi», souffle Stjin, 11 ans. À la moitié du chemin, ils ont croisé un ravitaillement, où on leur a ôté leur GPS pour les laisser entièrement abandonnés à leurs instincts. «Je continue. Je ne sais pas pourquoi je continue mais je continue», dira Stjin un peu plus tard. Ils arriveront finalement au camp à plus de 2 heures du matin.

Parce qu'il achève symboliquement une époque pour en commencer une autre, le «largage» apparaît comme une étape de vie, un rite de passage vers l'âge adulte. Il intervient à un âge où «l'intervalle de temps pendant lequel on apprend aux enfants est presque fini. Après ça, ils prendront leur décision par eux-mêmes». Dans la perspective néerlandaise, le rôle du parent n'est pas éternel. Vient un moment où il ne se mêlera plus de la vie de ses enfants. Ce moment est signifié à l'enfant quand on l'abandonne dans la forêt. «C'est toi livré à toi-même. Ça te fait sentir que tu es le seul aux commandes», ajoute un adulte encadrant la procédure.

Même si la paranoïa parentale commence à atteindre ce rite millénaire et que les portables ou les gilets réfléchissants ont fait leur apparition au cas où, il n'en reste pas moins que le «largage» reste une étape-clé dans l'éducation d'un enfant. «Ça nous apprend à continuer à marcher, même dans les moments difficiles, continuer à avancer», affirme Stijn au sortir de sa nuit initiatique.

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