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Supprimer les likes sur les réseaux, une intention (vraiment) louable?

Temps de lecture : 2 min

«Aimer», c'est disposer d'un pouvoir individuel.

En masquant le petit bouton aux yeux de leurs membres tout en conservant la data, les entreprises s'arrogent le droit de nous contrôler encore plus. | Ye Jinghan via Unsplash
En masquant le petit bouton aux yeux de leurs membres tout en conservant la data, les entreprises s'arrogent le droit de nous contrôler encore plus. | Ye Jinghan via Unsplash

Il y a un peu plus d'un mois Instagram enlevait son décompte de likes au Canada. Depuis le 16 juillet, la mesure s'étend à six autres pays. Peut-être aurez-vous la chance de tester cette «petite révolution», pour citer Le Point, si vous vivez au Japon, en Irlande, en Nouvelle-Zélande, en Australie, en Italie ou au Brésil. Sinon il faudra attendre. Le réseau social n'a pas encore dévoilé quand (et si) la mesure se généraliserait.

«Se soucier davantage des personnes avec lesquelles on se connecte plutôt que du nombre de likes», telle fut la déclaration d'intention d'Adam Mosseri, le patron d'Instagram, lors de l'annonce de cette mesure qui vise à éradiquer l'esprit «de compétition» implicite que suscite la fonction et le comptage des «j'aime».

Un choix qu'ont suivi Twitter et YouTube, fâchées elles aussi avec ce bouton qui icarne désormais aux yeux de leurs dirigeants une dictature de l'image où la valeur se mesure à l'aune du nombre de petit pouces, cœurs ou autres pictogrammes minimalistes. Jack Dorsey, le patron de Twitter, avait lancé les hostilités en avril en déclarant qu'il n'aurait «même pas créé le bouton “j'aime”».

Ce revirement devrait satisfaire les personnes qui jugeaient «toxique» cette course à la popularité et à l'assentiment d'autrui. Moins aux stars des réseaux –surtout celles qui ont fait du nombre de likes leur fonds de commerce.

Rempart ultime contre l'algorithme

Si les versions alpha des réseaux sociaux reposaient sur la simple quantification du nombre de likes (plus on en a, plus on nous voit), les algorithmes ont depuis complexifié la donne. Les versions les plus récentes se basent sur le temps passé par un·e internaute sur tel ou tel profil mais aussi et surtout sur les échanges notamment via messages privés par lesquels les membres communiquent; sont également calculées par l'algorithme les affinités pour tel ou tel sujet, les actions effectuées sur Instagram mais encore les interactions avec des réseaux tiers.

Si la logique du bouton «j'aime» peut causer du stress et des phénomènes de pression sociale comme l'ont souligné ses détracteurs, cette fonction sert aussi d'ultime rempart pour contrôler notre fil d'actualité.

L'éditorialiste John Hermann rappelait le mois dernier dans le New York Times qu'un PDG de réseau social, tout bienveillant qu'il soit, reste un PDG: «Leur boulot, comme d'habitude, c'est de faire que les gens utilisent leur service.» Le journaliste estime que la phase de croissance des réseaux sociaux est terminée. Celle-ci n'a plus besoin des likes comme appât pour attirer de plus en plus de monde. Ce qui importe aujourd'hui, c'est d'engager le plus possible les internautes déjà affilié·es.

Or l'engagement passe par une perception rigoureuse des attentes des internaute. Les likes étaient une forme de pouvoir –autant qu'une monnaie d'échange– pour les personnes qui en recevaient mais aussi pour celles qui les accordaient. Les supprimer, c'est nous déposséder de ce pouvoir. Et pour le réseau social, en avoir encore un peu plus.

Slate.fr

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