L'ours blanc ne va pas disparaître
Cette icône a déjà survécu à un réchauffement climatique.
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Pessimistes par nature, les défenseurs à tout crin de la biodiversité sous-estiment la plasticité du vivant. C'est là un bien gros péché doublé d'une grave erreur. Car le vivant (végétal, animal ou humain), sur le long terme, peut s'adapter aux évolutions drastiques de son environnement. Le célèbre ours blanc nous en donne aujourd'hui une preuve emblématique; une preuve depuis peu disponible sur le site des Proceedings of the National Academy of Sciences.
Petit résumé des épisodes oursons précédents. Chez Ursus maritimus, le mâle blanc mesure entre deux et trois mètres pour un poids compris entre les cinq quintaux et la tonne. C'est selon le régime en oméga 3 suivi; essentiellement à base de chairs lipidiques de phoques. Le plus grand des carnivores terrestres vit aussi dans les régions arctiques; et ce grâce à sa parfaite adaptation à cet environnement de glaces et de neiges. Epaisses couches de graisses; fourrure immaculée lui permettant de disparaître dans son paysage quotidien.
L'homme veut tuer l'ours blanc, un syllogisme
Et puis encore un volume crânien sans grande prétention à la tête d'un corps fuselé lui permettant d'assouvir son unique passion sol-mer: la chasse au phoque. C'est d'ailleurs précisément pourquoi ce gentil mammifère est devenu, à son corps défendant, l'icône du WWF et consorts. Sur un fond de syllogisme: l'ours blanc vit [le plus souvent] sur banquise; la fonte de la banquise est [dit-on] le fait de l'homme; l'homme veut tuer l'ours blanc.
Clef de voûte à jamais immaculée des alertes environnementales bien pensantes, l'ours polaire n'a pas toujours existé dans le Grand Nord. Loin s'en faut. Il fut même, dit-on, un temps où les ours n'existaient pas sur Terre. On croit savoir que les six espèces distinctes de la famille oursonne ne sont apparues qu'il y a six millions d'années; et que l'ours brun et l'ours blanc auraient quant à eux divergés il y a 200.000 ans.
Ours brun? Ursus arctos, plus petit et généralement mieux connu des amateurs sous les noms des sous-espèces: grizzly, ours kodiak ou –depuis peu en France– ours des Pyrénées. Blancs ou bruns, des animaux omniprésents dans les magasins de jouets et la mythologie, symbole de résurrection et de fertilité. Des omnivores potentiels, bien proches de l'homme et de la femme. «Quand deux mâles luttent, ils se battent pour conquérir une femelle et s'approprier un territoire, nous disent les spécialistes. Celui qui remportera ce combat obtiendra le premier les faveurs de la femelle; mais ne pourra guère compter sur sa fidélité; et ne pourra pas s'occuper de ses petits.»
A dire vrai, Ursus maritimus et Ursus arctos ne sont pas aussi étrangers qu'on pourrait le croire: en s'accouplant, ils peuvent donner le jour à une descendance fertile ce qui, nous disent les généticiens et les descendants de Linné :
1) est bien la preuve qu'ils font partie de la même espèce mammifère.
2) est la démonstration éclatante qu'ils ont un ancêtre commun.
D'autres preuves existent. Ainsi les individus «bruns» et «blancs» possèdent-ils dans leur corps les éléments biologiques qui permettent d'entrer en hibernation et ce, même si les seconds ne s'en servent guère (sauf, dit-on, les femelles durant la gestation). Cousins étroitement germains, les blancs et les bruns présentent toutefois une différence de taille: aucun des deux ne peut survivre dans la niche écologique de l'autre. Ce serait la preuve, aux yeux des experts, qu'ils sont actuellement en train de s'individualiser (en cours de spéciation).
Des fossiles comparés aux espèces contemporaines
C'est dans ce contexte que survient la découverte publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences. Elle est signée par des chercheurs de la Penn State University, de l'Université de Buffalo et de l'Université d'Oslo qui tous s'intéressent à l'histoire évolutive des ours polaires et bruns comme aux liens pouvant exister entre cette histoire et les changements climatiques du passé. Il faut ici préciser que la tâche était compliquée par le fait que les spécialistes ont très peu de fossiles d'ours polaires à se mettre sous la dent. C'est que ces derniers vivent sur la neige et la glace, qu'après la mort, leurs corps tombent souvent dans la mer et sont balayés avant même d'être déposés dans les sédiments comme peuvent l'être, au fil des siècles, les cadavres d'autres mammifères.
Exception à la règle: en 2004 dans l'archipel du Spitzberg en Norvège, un géologue islandais découvre des restes fossiles (mâchoires, canines) très bien conservés. La bête, estime-t-on alors, à vue de nez carbonique, devait vivre il y a entre 110.000 et 130.000 ans. Ces précieux matériaux sont alors adressés à Oystein Wiig, spécialiste des ours polaires au Muséum d'Histoire Naturelle de l'Université d'Oslo.
C'est ainsi qu'Oystein Wiig, Charlotte Lindqvist cl243@buffalo.edu (Université de Buffalo) et Stephan C. Schuster scs@bx.psu.edu (Penn State Center for Comparative Genomics and Bioinformatics) se mettent au travail. Forage des os et des dents, récupération et analyse de l'ADN encore présent et comparaison avec des échantillons tissulaires et génétiques d'ours blancs et bruns contemporains... Nous passerons rapidement sur les détails du séquençage complet du génome mitochondrial fossile et des constructions phylogéniques qui en résultèrent.
Pour Charlotte Lindqvist, une chose est certaine. Les résultats obtenus permettent d'en finir avec les interrogations soulevées depuis une célèbre publication de 1996 laissant penser que l'ancêtre commun aux «bruns» et aux «blancs» était plus proche de nous qu'on le postulait jusqu'alors. Aujourd'hui, les chercheurs expliquent que leur ours polaire antique miraculeusement retrouvé se situe précisément ou presque au point de clivage à partir duquel entre ours bruns et ours polaires émergèrent.
«Nos résultats confirment que l'ours polaire est une espèce dont l'évolution est récente, la séparation d'avec l'ours brun datant d'il y a environ 150.000 ans avec une évolution très rapide au cours de la fin du Pléistocène, explique encore Charlotte Lindqvist. L'adaptation s'est peut-être faite pour s'ouvrir aux nouveaux habitats et aux nouvelles sources de nourriture en réponse aux changements climatiques; et ce juste avant la dernière période interglaciaire.»
Il a survécu au réchauffement interglaciare
Les chercheurs ajoutent que l'ours polaire a donc bel et bien survécu à la période de réchauffement interglaciaire; période généralement tenue pour avoir été plus chaude que la nôtre. On peut aussi imaginer que ces animaux aient alors pu trouver refuge climatique et nourriture dans l'archipel norvégien du Spitzberg. Mais peut-être pas. En toute hypothèse, Ursus maritimus a, par le passé, trouvé les moyens de résister à la chaleur et à la fonte des glaces arctiques. Et il y a fort à parier que l'homme n'a, alors, guère fait d'effort pour l'aider à ne pas disparaître.
Bien belle affaire à verser en urgence à la controverse contemporaine. Un scientifique climato-sceptique amateur des glissements tectoniques trouverait là de nouvelles et précieuses armes. L'ours blanc a su dans le passé résister à la chaleur? Pourquoi ne réussirait-il pas aujourd'hui ou demain à faire de même? Les auteurs de la publication des Proceedings of the National Academy of Sciences ont bien saisi l'usage qui pourrait être fait de leurs travaux. Aussi slaloment-ils avec précaution entre les abimes de la controverse. En substance: oui, Ursus maritimus a en des temps anciens montré des capacités insoupçonnées d'adaptation au climat. Non, nous ne pouvons assurer qu'il en sera de même aujourd'hui tant il est vrai que les choses semblent rapidement évoluer.
On peut le dire autrement: Ursus maritimus est-il, déjà, trop adapté à sa niche neigeuse nordique pour, en urgence, pouvoir en sortir à la fois vivant et libre? Saura-t-il apprendre assez vite à manger autre chose que des phoques? Questions sans réponses qui laissent ouvertes d'autres interrogations du même tonneau. Qui nous dit, plasticité du vivant aidant, que l'ours polaire ne fera pas bientôt une croix sur les chairs de phoques congelés ou presque? Pour faire rire les enfants, on a appris à ceux pêchés en Alaska à faire tourner des ballons sur leur nez. Comment savoir si, les enfants grandissant, Ursus maritimus ne se pourlèchera pas, demain, de miels pyrénéens?
Jean-Yves Nau
Image de une: Un ourson polaire au zoo de Berlin / Reuters
Mis à jour le 02/03/2010 à 9h31








































"nous disent les généticiens et les descendants de Linné :1) est bien la preuve qu'ils font partie de la même espèce mammifère"
il ya un problème de vocabulaire, ils font partie du même "genre", mais sont de 2 espèces différentes.
Ce qui est très important pour les descendants de Linné.
Votre article est néanmoins fort intéressant et merci de citer vos sources.
J'ai du mal à saisir ce que l'on veut suggerer avec cet article orienté au grand public.
que les espèce animales ont une plasticité biologique?
Oui, essentiellement les espèces généralistes et opportunistes. L'ours blanc en est une parce que c'est un ours mais est aussi extrêmennt spécialisé. Une chose pour une espèce est d'être capable de survivre dans un environnement dégradé, c'est une autre histoire de pouvoir se reproduire et de péréniser l'espèce: avec la fonte de la banquise, à part faire les poubelles des villes humaines, l'ours blanc aura du mal à ce reproduire...
Que l'ours blanc et brun sont casiment la même espèce? Oui, et alors? l'ours des cavernes descend aussi de l'ours brun, lui a pourtant disparu. La phénologie du blanc et du brun n'a plus rien à voir. Difficile d'imaginer sur des temps aussi courts un retour du blanc au brun! On parle de 150 000 ans contre 30-50 ans?
Car il faut bien parler d'echelle de temps quand on parle de faculté d'adaptation. Les changements actuels en arctique sont sans aucun doute beaucoup trop rapide pour que les animaux puissent évoluer.
L'ours blanc est menacé, et pas seulement à cause du rechauffement, si vous vous etiez mieux renseigné auprès du WWF, justement. Les pesticides et metaux lourds se retrouvent concentrés dans toute la faune de l'arctique, s'accumulant en bout de chaîne. La fécondité des ours blanc baisse et c'est probablement la combinaison des 2 facteurs qui aura raison de cette espèce.
Si l'objectif de l'article est de dire que les "écolos" dramatisent tout et que, finalement, la nature s'en sort toute seule, oui, la nature s'en sort toute seule, quelque soit le niveau de dégradation que nous imposerons.
Mais personnellement, je n'ai pas envie de laisser à mes enfants, un Monde sauvage qui ne sera qu'une misérable ombre de celui dans lequel j'ai vécu.
L'argumentaire de cet article me semble incomplet, mélangeant découvertes scientifiques intéressantes, débat sur le réchauffement et interrogation de "notre place à côté de la nature" d'une manière plutôt maladroite.
Je me rends bien compte que cette question commence à "tourmenter" le grand public, mais cette problematique a déjà plus de 30 ans d'existence, et mérite aujourd'hui une analyse plus rigoureuse à l'heure du débat (important) sur le réchauffement et nos modes de vie.
Pour finir je tiens à preciser que j'apprécie particulièrement les articles de Slate.fr
Ou s'agit-il d'une mauvaise digestion d'explications et de données trop hétéroclites
comme l'analyse de ce fossile climato-sceptique amateur de glissements tectoniques
et proche du point de divergence ?
Plantigravement.
Je serais heureuse si l'ours blanc, si l'ours brun ne disparaissent pas de notre planète ! Mais cela me fait penser encore à M. ALLEGRE : il n'y a pas de réchauffement climatique....
C'est bizarre je ressens un grand malaise, la mode est à contrecarrer tout le battage médiatique à propos des conséquences des émissions de gaz à effet de serre...
Pourtant dans quelques années, il n'y aura plus de forêts, plus d'air respirable, plus d'espèces d'animaux, et la grande majorité veut nous faire croire que tout cela est faux ?
J'ai pourtant tendance à être très pessimiste pour l'avenir...