Politique

Le choix d'Élisabeth Borne trahit l'infécondité politique de l'écologie

Temps de lecture : 3 min

Pourquoi les rangs de ce courant de pensée, qui rallie des fractions croissantes de Français·es, d'Européen·nes ou de citoyen·nes du monde à sa cause, sont-ils si vides de ministres possibles?

Passation de pouvoir entre François de Rugy et Élisabeth Borne au ministère de la Transition écologique et solidaire à Paris, le 17 juillet 2019. | Alain Jocard / AFP
Passation de pouvoir entre François de Rugy et Élisabeth Borne au ministère de la Transition écologique et solidaire à Paris, le 17 juillet 2019. | Alain Jocard / AFP

Emmanuel Macron devait certes aller vite pour remplacer François de Rugy à la tête du grand ministère de la Transition écologique et solidaire. Le souvenir des longs et laborieux remplacements de Gérard Collomb à l'Intérieur puis de Nicolas Hulot au même poste de l'Écologie est dans toutes les têtes. Il a suffi des tergiversations. En quelques heures, le choix d'Élisabeth Borne a été fait comme celui de «l'évidence», dixit la porte-parole du gouvernement.

En quelques minutes, il a été contesté d'abord parce que la nouvelle ministre ne porte pas le titre de ministre d'État et ensuite parce qu'elle n'est pas une personnalité de premier plan. Conclusion toute faite: l'écologie est dégradée. Les engagements verts du président Macron sont effacés, bien la preuve qu'il n'est pas vraiment engagé dans la transition écologique.

L'accusation est tellement attendue de la part des oppositions de gauche comme de droite qu'on a pour premier réflexe de ne même pas l'écouter. En ces temps politiques, les partis sont tellement dénués de la moindre idée, leurs mots sont inaudibles car sans intérêt aucun.

On peut, en outre, souligner que la polytechnicienne, ancienne directrice du cabinet de Ségolène Royal, ministre des Transports dont elle garde la poste, en connaît quand même un rayon (vert) par rapport à la plupart des écologistes militant·es, tombé·es de la dernière pluie ou vieux de la vieille.

Mais après tout, en effet, la triste vérité est qu'Emmanuel Macron n'a pas trouvé d'écologiste propre à devenir ministre. Le vivier des personnalités potentielles est vide. La bonne question est de se demander pourquoi.

Deux explications

Pourquoi les rangs de ce courant de pensée, qui rallie des fractions croissantes de Français·es, d'Européen·nes ou de citoyen·nes du monde à sa cause, qui gagne des voix, qui convainc qu'il faut absolument l'écouter parce que ce qu'il dit est indispensable pour préserver la planète, pourquoi ces rangs-là sont-ils si vides de ministres possibles? Pourquoi l'écologie est-elle politiquement inféconde?

Dans la liste des ministres depuis 1971, date de la création du ministère, on trouve peu d'écologistes pur sucre. Les ministres sont venu·es des autres partis: Robert Poujade, Pierre Mazeaud, Huguette Bouchardeau, Nathalie Kosciusko-Morizet, Chantal Jouanno.

Il est très difficile de les intégrer dans un gouvernement qui fait autre chose que de sauver la planète.

Puis, l'écologie attire les personnalités autant flamboyantes que contestées comme Ségolène Royal ou Jean-Louis Borloo. Les responsables issu·es des partis dits verts comme Dominique Voynet, Brice Lalonde, Yves Cochet ou Barbara Pompili sont minoritaires. Au point qu'il a paru nécessaire d'ouvrir le poste à des personnes de la société civile comme Alain Bombard ou Nicolas Hulot.

On dira que le score électoral des partis écologistes est resté mineur et qu'ils ont été seulement des forces d'appoint; autrement dit, que le ministère est resté aux mains des partis traditionnels. C'est une explication.

Mais l'autre explication est qu'il est très difficile de les intégrer dans un gouvernement qui fait autre chose que de sauver la planète et qui doit, en premier, gouverner la France. L'écologie est une idéologie globalisante, elle se vit comme plus importante que toutes les autres, elle supporte mal les compromis et quand un·e ministre en concède, le chœur des Verts de toutes nuances se met à chanter à l'unisson à la trahison.

De l'écologie sans les écologistes

Pas facile de gérer les écologistes parce qu'entiers et donc toujours mal à l'aise dans un ministère. L'exemple asymptotique a été Nicolas Hulot, qu'on avait pu croire capable de marier enfin écologie et gouvernement, en clair écologie et économie, et qui s'est écroulé en quelques mois, incapable d'inventer et hué par ses amis. À l'autre bout, un François de Rugy avait un beau rang de ministre d'État mais aucune des qualités de courage requises.

L'écologie n'est pas dégradée, le gouvernement Philippe fera beaucoup. Les engagements sont nombreux. Mais oui, les écologistes sont écarté·es de la mise en œuvre des mesures écologiques, et devraient s'interroger à leur propre sujet.

Il y a beaucoup de pays où les écologistes participent à la gestion des affaires publiques, en Allemagne par exemple. L'écologie n'est pas condamnée à rester un mouvement d'opposition. Mais en France, le goût de la radicalité qui surplombe la gauche surplombe aujourd'hui la cause environnementale. Tant pis, on fera de l'écologie sans les écologistes. Bon travail, Madame Borne.

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