Égalités / Société

Comment la culture rurale couvre les violences conjugales

Temps de lecture : 2 min

Facilitée par l'isolement social, approuvée par la société patriarcale.

«Appeler la police? Le temps qu'elle arrive, j'aurais déjà été frappée et giflée de toute façon.» | Joao Sillas via Unsplash
«Appeler la police? Le temps qu'elle arrive, j'aurais déjà été frappée et giflée de toute façon.» | Joao Sillas via Unsplash

Au fil des pages d'En finir avec Eddy Bellegueule, Édouard Louis raconte les zones rurales, ouvrières et populaires où règne le culte de la masculinité. C'est dans un environnement analogue, dans la campagne anglaise, que s'est plongée l'équipe du National Rural Crime Network [NRCN, le réseau national du crime rural]. Une investigation de dix-huit mois dont sont ressorties des comportements de violence conjugale sans égal et relayée par le Réseau international des Mères en Lutte.

Les victimes seraient moitié moins à porter plainte à la campagne qu'en ville. Pour comprendre ce silence, l'équipe d'investigation a recueilli soixante-sept témoignages qui ont été rapportés par la BBC et le Guardian. «À mille lieux de l'image champêtre idyllique que l'on se fait quand on pense aux vertes contrées, cette enquête dévoile les stigmates des violences conjugales trop souvent tues et trahit l'absence de soutien de la police», constate Julia Mulligan, présidente du NRCN.

Parce qu'il y a souvent peu de routes ou de transports en commun, l'isolement est la principale arme de la violence conjugale en milieu rural. «Mon conjoint allait tous les jours au travail en emportant les sièges bébés dans sa voiture. Ce qui signifiait que je ne pouvais aller nulle part, j'étais bloquée à la maison avec les enfants», raconte une femme. Le contrôle des finances, de la vie sociale et familiale est utilisé pour accentuer cet isolement.

Hégémonie masculine

D'autant que les hommes occupent souvent des places dominantes: propriétaires, policiers, fermiers, etc., rendant ainsi les violences au sein des couples officieusement tolérées. L'enquête rend compte d'une «société patriarcale» dont les principes traditionnels pardonnent aux hommes sans offrir de soutien aux femmes, dans le silence poli des autochtones qui préfèrent éviter le scandale.

«J'ai vraiment eu du mal à trouver quelqu'un à qui parler dans le village. Les gens sont très gentils en surface mais après qu'il m'a insultée ce soir-là au pub, tout le monde s'est tout à coup éloigné de moi», relate une victime. Si les conjoints sont connus ou haut placés, il est encore plus difficile de trouver un appui dans la communauté. «Il était joueur de cricket dans l'équipe du village. Il avait le soutien de tout le monde.»

Il en va de même quand il s'agit d'obtenir le secours de la police. Les victimes voient leur cas relégué au second plan par rapport à d'autres affaires. «Appeler la police, pourquoi faire? Le temps qu'elle arrive, j'aurais déjà été frappée et giflée de toute façon.»

Ce monde rural ferme les yeux et permet à la domination masculine de se perpétuer. Julia Mulligan conclut: «Acquiescer et promettre de faire plus attention n'est pas suffisant.»

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