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Comment s'offrir sa tempête?

Charlotte Pudlowski, mis à jour le 28.10.2013 à 11 h 49

L'Institut de Météorologie de l'Université libre de Berlin ouvre la possibilité aux particuliers de choisir les prénoms des phénomènes météo.

A Islington, après le passage de la tempête surnommée «St Jude» par les médias britanniques, du nom du saint fêté ce jour-là, le 28 octobre 2013. REUTERS/Olivia Harris

A Islington, après le passage de la tempête surnommée «St Jude» par les médias britanniques, du nom du saint fêté ce jour-là, le 28 octobre 2013. REUTERS/Olivia Harris

Selon un pointage réalisé à 4 heures par ERDF ce 28 octobre, 75.000 foyers français étaient privés d'électricité lundi matin: 30.000 en Bretagne, 35.000 en Normandie, et 10.000 dans le Nord-Pas-de-Calais. Le coupable: Christian*, première tempête d'automne qui balaie la France depuis dimanche soir.

Pourquoi s'appelle-t-elle Christian? Tout simplement parce qu'elle porte le nom de Christian Widera. Vous ne le connaissez pas? C'est normal, il s'agit d'un parfait inconnu qui s'est offert sa tempête auprès de l'Institut de météorologie de l'Université libre de Berlin, selon une tradition qui date de plusieurs dizaines d'années.

Les tempêtes ont des noms en Europe depuis qu'une étudiante de cet Institut a eu l'idée, en 1954, de les baptiser. Auparavant, elles étaient désignées par leur date et une lettre (1949A, 1949B...), et il est apparu plus facile aux météorologues de les distinguer en leur attribuant un prénom. (Le fait de se préoccuper des phénomènes météorologiques et d'en garder des traces existait depuis la Renaissance, mais on ne les baptisait pas.)

Puisque c'était une idée de l'Institut —encore aujourd'hui basé dans la capitale allemande— ce dernier garde la prérogative de donner des noms: aucun autre en Europe ne s'y attelle. D'où le fait que les noms sont souvent à consonance allemande: en février 2010, on a aussi eu Günter ou Frommhold par exemple (les deux tempêtes de 1999 s'appelaient Lothar et Martin).

Depuis 2002, l'Institut permet à des particuliers de baptiser ces phénomènes météorologiques. N'importe qui peut, avant que la tempête n'arrive ou une fois qu'elle est déjà passée (si elle n'a pas été nommée), décider de l'«adopter» et la nommer. Il suffit de suivre la procédure: examiner la liste de tempêtes, voir celles qui sont encore libres, choisir un nom qui entre dans les critères (pas de noms d'entrprises, etc) et de payer les frais (199 euros pour une dépression telle que Xynthia, 299 pour un anticyclone comme Günther). Certaines adoptions sont aussi mises aux enchères sur eBay.

Deux contraintes toutefois. Le genre masculin ou féminin alterne entre les années paires et impaires. En 2010, les anticyclones recevaient donc obligatoirement des noms masculins; les dépressions, comme Xynthia, des noms féminins. Et chaque année, la première tempête commence par un A, les autres suivent l'alphabet, jusqu'à Z —et l'on reprend alors à A. Le phénomène de basse pression qui suivait Xynthia avait déjà trouvé preneur avant même d'exister: Yve, comme l'avait choisi Yvonne Sikorski.

Le site de l'Institut berlinois précise que «vous n'influencerez pas le climat». Mais que d'une certaine façon, vous entrez dans l'histoire. Si la nomenclature a été ouverte aux particuliers, c'est parce que cela implique les individus dans la compréhension des phénomènes météorologiques —et que c'est lucratif: cela permet de financer la recherche.

Pour Xynthia, c'est un portail Internet consacré au climat qui avait payé les frais d'adoption, et les avait mis en jeu dans une loterie. Wolfgang Schütte avait envoyé un mail et il avait gagné: Xynthia est le nom qu'il a choisi.

Charlotte Pudlowski

Merci à l'Institut météorologique de Berlin.

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Article originellement publié à l'occasion de la tempête Xynthia, mis à jour le 28 octobre 2013 avec la tempête Christian. Retourner à l'article

Charlotte Pudlowski
Charlotte Pudlowski (740 articles)
Rédactrice en chef de Slate.fr
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