Société / Culture

Le retour des années 2000 est bien plus qu'une simple affaire de mode

Temps de lecture : 7 min

Une certaine insouciance s'est perdue à partir des années 2010 et nos vêtements, nos écrans et notre état d'esprit en ont été les illustrations les plus significatives.

Veronica Mars, série de la décennie 2000 devenue culte. | Capture d'écran via YouTube
Veronica Mars, série de la décennie 2000 devenue culte. | Capture d'écran via YouTube

Difficile d'y échapper dans la rue, dans les boutiques de mode, dans les trousses à maquillage, et même sur le petit écran: les années 2000 sont en train de vivre un retour en force.

«Ce qui me plaît, c'est le côté nostalgique qui renvoie à une époque où j'étais plus insouciante.» C'est par ces mots que Zoé Térouinard, directrice de la rédaction chez Muuuz, se souvient des années 2000 où elle était alors en pleine adolescence, lors de cette décennie où tout paraissait plus «spontané».

«Les années 2000, c'est un mix de l'extravagance des années 1980 et des délires futuristes liés à tout l'imaginaire du nouveau millénaire. Les make-up sont chargés, les coiffures explosives, les vêtements colorés. On est après les années sida et le nouveau millénaire agit comme une promesse de renouveau avec un optimisme qui se retrouve aussi à la télé avec des séries super colorées», poursuit-elle.

Lizzie McGuire, La Guerre des Stevens, Phénomène Raven, Newport Beach, Les Frères Scott ou encore Gilmore Girls et Veronica Mars... On ne compte plus les séries devenues cultes à cette période, s'inscrivant dans une époque où les fictions télévisées n'avaient pas pour but principal d'être dans un réalisme poussé, avec toute la négativité que la situation socio-économique d'un monde en crise peut impliquer.

Au contraire, la plupart de ces programmes avaient pour point commun de représenter une sorte de fantasme d'un monde plutôt coloré et jovial où tout le monde était beau et dont les problèmes quotidiens pouvaient se régler facilement.

La journaliste Anaïs Bordages écrivait dans un article paru sur BuzzFeed France, à propos de la série Gilmore Girls: «Cette série culte des années 2000 est une utopie, où le terrorisme et les maux de notre monde n'existent pas. C'est une capsule douillette et hors du temps qu'aucune série actuelle ne peut égaler. Une sorte de machine à remonter le temps nostalgique, qui nous renvoie à la période bénie et si simple des années 2000.»

Un bon résumé de ce qui se faisait le mieux à l'époque, teinté d'une désinvolture sans pareil qui se caractérisait notamment dans la mode, sur le petit écran, comme dans la vraie vie.

La mode se démode, les années 2000 jamais

Pour Mélody Thomas, journaliste mode chez Marie Claire, ce sont les années girl power, incarnées par le groupe Spice Girls, où les femmes ont eu l'opportunité d'associer le sexy au pouvoir. «L'idée est donc d'assumer sa sexualité, son corps et de les mettre en avant. Les lèvres se parent de gloss scintillant qui donne un effet bonbon, on porte des pantalons moulants ou des joggings juicy couture, sans oublier les micro-tops qui laissent le nombril à l'air et de préférence avec un piercing.»

Et dans cette logorrhée de ce qui apparaît aujourd'hui comme des extravagances, «on pourrait dire que Baby Spice était la parfaite représentante de ces années-là: l'espièglerie de l'enfance avec une forme de puissance féminine obtenue à l'âge adulte», avance t-elle.

Tout paraissait alors possible et ces expérimentations stylistiques étaient surtout une manière de s'amuser le plus possible, sans se soucier des codes imposés par des réseaux sociaux encore peu dominants. L'esthétique parfois ultra léchée initiée par Pinterest ou Instagram n'était pas encore de mise.

«Derrière les années 2000, il y a une volonté de ne pas se prendre au sérieux, et un rejet total d'un possible ridicule. Ce qui explique aussi l'avènement des pires tendances de mode liées à cette époque, bien clinquantes et pas très harmonieuses, et l'arrivée en masse des télé-réalités vulgaires mais terriblement drôles», décrypte Nawal Bonnefoy, journaliste mode et célébrités chez BFMTV.

C'est pour toutes ces raisons que ces codes au goût loin d'être classieux font leur retour un peu partout: «Les rouges à lèvres brillants ou crémeux, les bobs, les tongs, la chemise hawaïenne ainsi que la minijupe, les tours de cou, la robe à bretelles fines ou le string apparent», énumère Mélody Thomas.

Dans la mode, mais aussi sur les écrans avec Ariana Grande qui a dans son clip «Thank u, next», rendu un hommage aux films cultes de cette période. Parmi ceux-ci, Lolita malgré moi, dont Lindsay Lohan incarne toute l'époque à elle toute seule, ou encore La Revanche d'une blonde avec Reese Witherspoon et désormais élevé au rang de film féministe.

Cette renaissance des années 2000, c'est également celle de Paris Hilton, aujourd'hui 38 ans, qui a fait son grand retour sur les réseaux sociaux, se moquant allègrement de son personnage d'il y a vingt ans, et qui représentait avec son acolyte Nicole Richie toute une frange d'héritières dont les frasques étaient illustrées dans la presse people et dans leur télé-réalité The Simple Life (les rumeurs de reboot du programme ont été depuis démenties).

#FunnyAF memories with @NicoleRichie on #TheSimpleLife. #TheOG’s

Une publication partagée par Paris Hilton (@parishilton) le

C'est aussi Laguna Beach: The Hills, l'autre grande télé-réalité qui a fait son come-back avec The Hills: New Beginning depuis le 25 juin 2019 sur MTV, la chaîne d'origine.

Nostalgie d'un état d'esprit

Pour Nawal Bonnefoy, ce «lâcher-prise» général a été perdu à partir des années 2010, à commencer par les people. «Ça s'est forcément d'abord ressenti du côté des célébrités, qui ont commencé à contrôler leur image, leurs looks, leurs sorties. Sûrement la faute à l'explosion des tabloïds en ligne comme TMZ, qui s'est imposé comme une référence après avoir annoncé la mort de Michael Jackson en 2009. Et aussi le fait que tout le monde a commencé à avoir un téléphone et à prendre des photos et vidéos à n'importe quel moment. Côté look, les stars ont arrêté de s'habiller seules et font désormais appel aux mêmes stylistes. Et puis, il y a eu l'arrivée des réseaux sociaux, qui a beaucoup changé la donne, avec cette idée de perfection à mettre en scène au quotidien. Les photos volées de Paris Hilton, Lindsay Lohan et Britney Spears qui sortent totalement ivres de boîte de nuit, ça ne pourrait plus arriver aujourd'hui.»

D'ailleurs sur Instagram, cette nostalgie teintée de tabloïds et de looks rose bonbon avec jeans taille basse et strings n'arrête pas de grandir. Elle apparaît sur des comptes comme popcultureangel, dont les plus de 120.000 abonné·es aiment tous les jours des photos d'un temps où Lindsay Lohan était encore bankable et les Kardashian, pas encore une famille au sens des affaires redoutable.

Depuis quelques mois, la tendance est aux hommages aux looks des années 2000, et notamment à la garde-robe de Lizzie McGuire (interprétée par Hilary Duff), qui se positionne aujourd'hui avec sa copine Miranda Sanchez comme icônes de mode, jusque-là ignorées, sur le compte Every Outfit On Lizzie McGuire.

Sa créatrice, Elizabeth Belsky, racontait au magazine Teen Vogue en mai dernier qu'elle s'était inspirée des comptes Every Outfit on Sex & the City, qui documente tous les looks d'une autre série phare de cette période et Thank You Atoosa, qui partage le meilleur de la presse adolescente américaine de ces années-là.

Dibs on Lil’ Fizz. Seventeen, 2004.

Une publication partagée par Thank You Atoosa (@thankyouatoosa) le

Même chose pour Newport Beach, dont les looks de Marissa et de Summer sont célébrés sur Spaghetti Straps of the O.C. Et qui dit années 2000 ne dit pas forcément string, strass et paillettes, mais surtout un certain intérêt pour le mauvais goût et les logos visibles comme dans Les Soprano, série à laquelle le compte Every Outfit On The Sopranos rend parfaitement hommage.

Années 2000 but make it progressist

Cette obsession pour une époque où tout semblait plus ludique n'est pas uniquement esthétique, mais aussi profondément sociale. Mélody Thomas analyse: «Le retour des années 2000 est une forme de dernier sursaut édulcoré de la mode pour répondre à #MeToo. Ces années, malgré leur empouvoirement pop, n'étaient pas très politisées. C'était surtout le fun, la provocation mignonne et pas vraiment les slogans militants. En s'accaparant les années 2000, certaines marques peuvent donc surfer aujourd'hui sur les questions de féminisme sans trop se mouiller.»

Ce retour serait même une ode aux premières féministes qui s'assumaient totalement. «Carrie Bradshaw, Paris Hilton sans oublier Marissa Cooper et Summer Roberts (Newport Beach), Elle Woods (La Revanche d'une blonde), ou les filles d'American girls... des femmes d'apparence ingénue, qui ont en réalité un certain caractère et assument leur corps en étant sexy. Tous ces looks donnent envie de faire la fête à une époque politique et sociale pour le moins lugubre.»

Reste à savoir combien de temps ça va durer et si ça va donner des idées au monde de la musique et aux producteurs de télé, afin de faire revivre ce qui marchait le mieux à cette époque. Les années 2020 seront sans doute celles d'un mélange subtil entre la décontraction des années 2000 et la révolution des années 2010.

Zoé Tréouinard résume: «Associées à toutes ces questions liées au corps aujourd'hui, à ces nombreuses campagnes d'acceptation, les fringues inspirées des années 2000 sont une manière de s'assumer avec dérision et de pouvoir jouer avec soi-même, avec les couleurs et de faire preuve d'humour dans sa façon de s'habiller. L'idée dans tout ça est d'emprunter des codes esthétiques de cette époque, tout en conservant les nouvelles revendications associées au contexte actuel.»

Jennifer Padjemi

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