Eric Le Boucher: Et vous? Vous l'aimez l'agriculture?
Il va falloir d'ici à 2050 nourrir 9 milliards de personnes en doublant la quantité de nourriture produite.
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De Gaulle y promenait volontiers sa grande carcasse et ses grosses lunettes, Pompidou s'y forçait, Giscard y brillait par ses connaissances (comme toujours et partout), Mitterrand évitait ce «peuple de droite», et Chirac y restait des heures, comme chez lui. Nicolas Sarkozy s'y sent mal, pas seulement à cause de la gaffe du «casse toi pauvre con!» de 2008. Trop citadin, trop jeune, issu de l'immigration par son père aussi, rien ne l'attache vraiment à la glaise de Beauce, à l'artichaut breton ou au Reblochon. Même le vin n'est pas son fort.
Famines et guerres
C'est bien sûr une faute. Politiquement, puisqu'il vexe un électorat traditionnel de son camp dans une période de dramatique effondrement des revenus des paysans; ils sont retombés au niveau de 1990. Symboliquement, puisque la société française plonge dans un retour à la nature, dont l'agriculture, dans sa version bio, est un composant. Economiquement enfin puisque le secteur «primaire» est promis, contrairement aux apparences, à un grand avenir. Il va falloir d'ici à 2050 apprendre à nourrir 9 milliards d'individus en doublant la quantité de nourriture produite, dans un cadre complexe de manque d'eau, de sols limités et dégradés. L'agriculture du XXIe siècle est au centre d'enjeux planétaires considérables, susceptibles de créer des famines et des guerres.
La France est la première puissance agricole d'Europe, deuxième exportatrice mondiale après les Etats-Unis et devant le Brésil. Son blé, sa viande et son lait commandent en aval une industrie agro-alimentaire à fort potentiel d'emplois. Toutes ces raisons auraient dû convaincre le président de la République d'inaugurer ce salon traditionnel de la Porte de Versailles, «la plus grande ferme de France». Il va le clore, mais le mal est fait.
Des taureaux forts comme des hippopotames
Au Concours général agricole qui sélectionne pendant le salon les meilleurs animaux et produits depuis des lustres, les taureaux ont doublé de poids en un demi-siècle. Ils rivalisent aujourd'hui avec des hippopotames. Ce résultat est le fruit d'un constant effort de taille, ou, plus généralement, de productivité. La «révolution verte» d'hier, aujourd'hui mal nommée puisqu'elle s'appuyait sur les engrais, les produits chimiques et les aliments recomposés, a permis depuis les années 1930 une hausse continue des rendements et, pour le consommateur, une baisse des prix. La part des revenus des ménages consacrée à la nourriture a pu baisser fortement pour laisser place aux autres dépenses de logement, de loisirs et de culture. Ce succès est dû aux agriculteurs.
Aujourd'hui, la mondialisation fait naître des nouvelles puissances, comme le Brésil, qui visent à devenir dans l'agriculture ce que la Chine est à l'industrie. Les rapports Nord/Sud mais aussi Sud/Sud sont à redessiner. Parallèlement, l'investissement des marchés financiers dans les matières premières agricoles, parce qu'ils y voient des raisons structurelles de hausses des cours, vient perturber la stabilité des prix dans une activité qui a besoin du contraire. L'agriculteur ne peut pas semer à l'automne sans savoir si le prix de ses céréales sera le simple ou le double à l'été suivant.
Ne comptez plus sur les politiques
Dans ce cadre mondial mouvant, il faut en Europe une deuxième révolution verte qui parvienne à maintenir la hausse des rendements mais en réorientant fondamentalement les stratégies pour aller vers moins de chimie et vers plus de qualité. Il faut le faire dans un contexte de rigueur budgétaire qui va pousser les Etats-membres à couper dans les crédits de la PAC (Politique agricole commune) à partir de 2013. Les citoyens de la majorité des pays les encourageront. Faudra-t-il renationaliser les aides agricoles d'une façon qu'il faudra rendre conforme aux traités?
Toutes ces questions soulignent pourquoi le monde agricole est fondamentalement perturbé, sinon perdu. Ce n'est pas aux seuls Etats de répondre, au contraire peut-on dire, il faut imaginer des agricultures plus autonomes des aides publiques: elles représentent pour la première fois en 2009 plus de 50% des revenus des agriculteurs français! C'est évidemment beaucoup trop. C'est pourquoi la non-venue de Nicolas Sarkozy à la porte de Versailles donne, finalement, un signal de lucidité pour les agriculteurs: ne comptez plus sur les politiques pour vous sauver.
Eric Le Boucher
LIRE EGALEMENT SUR L'AGRICULTURE: Ni le marché, ni les aides ne sauveront l'agriculture, Réguler l'agriculture pour lutter contre la faim et Ecologie: nos sols se dérobent.
Image de Une: Les vaches arrivent au 47éme Salon de l'agriculture à Paris Benoit Tessier / Reuters
Mis à jour le 02/03/2010 à 9h44











![[Le 20'12 #7] Dominique de Villepin: «Il faut une politique d'union nationale, sinon nous sommes perdus» [Le 20'12 #7] Dominique de Villepin: «Il faut une politique d'union nationale, sinon nous sommes perdus»](http://www.slate.fr/sites/default/files/imagecache/bloc-alaune/villepin_4_0.jpg)






























C'est vrai que monsieur Le Maire, que pratiquement personne ne connaissait, avait une petite mine à l'inauguration du salon de l'agriculture.
Il n'a pas réussi à faire oublier l'absence du Président qui était attendu, et peut-être pas avec les meilleures intentions.
Ceci est bien compréhensible, les revenus des agriculteurs sont en chute libre, beaucoup sont désespérés. Si on parle volontiers des suicidés de France Télécom, aucun média ne s'est encore intéressé particulièrement aux suicides d'agriculteurs. Or il y en a.
Les syndicats paysans ne croient pas à l'efficacité de la loi de modernisation agricole (LMA) discutée en ce moment, si elle ne peut pas être étendue à toute l'Europe. Ils savent que 70% des aides de la PAC ne profitent qu'à 25% des agriculteurs. Ils ne croient plus que l'OCDE peut les protéger.
Dans ces conditions que peut faire le Président pour que sa visite au salon ne tourne pas à la catastrophe ?
Je lui conseille de se présenter Porte de Versailles en compagnie de Carla. Elle seule saura mettre un peu de baume au coeur des agriculteurs en leur souriant comme elle sait si bien le faire, et en se laissant photographier avec leurs plus beaux animaux.
Après tout on n'a jamais vu, ni tante Yvonne, ni Bibiche, ni tatie Danielle, au salon de l'agriculture !
L'effet de surprise pourrait jouer à plein en faveur du Président que personne n'oserait insulter en présence de sa femme : galanterie française oblige !
Une fois que les portes seront refermées, et les agriculteurs s'étant retournés chez eux, il leur restera à bien réfléchir à ce qu'ils feront de leur bulletin de vote, dans quinze jours.
Mais là ils seront dans les mêmes hésitations que tous les Français.
l'agriculture où Nicolas ?
l'article daté du 1er mars ne fait aucune allusion au fait que Nicolas a annoncé depuis longtemps sa venue le dernier jour du salon.
Je trouve cela limite mensonger, en tout cas, pas du bon travail de journaliste
On ne peut décemment comparer les grandes exploitations de plus en plus spécialisées, gérées comme des entreprises subventionnées et la petite agriculture (moins de 50 Ha) qui mêle polyculture et élevage pour survivre, mais qui souffre de la baisse des prix mis à mal par la surproduction de la première et par les importations inconsidérées!
Le partage des aides est tout aussi significatif:moins de 10% des agriculteurs se partagent 36% des aides, les 30% les moins favorisés se partagent... 2,5%, en travaillant souvent 70h par semaine!
Quand au comportement du Président Sarkozy, espérons que ce "peuple de droite" que méprisait Mitterrand le lui fera payer aux prochaines échéances!
Article très intéressant, d'accord sur les constats dont la faute politique d'un homme mais ce n'est que la sienne, tous les politiques ne sont pas aussi peu visionnaires.
Certains sujets mériteraient peut être un complément de réflexion. Quid des prix aux consommateurs qui ne suivent pas les prix aux producteurs, quel constat de l'observatoire de prix et quelles solutions. Quid de la qualité des produits (fraicheur, proximité, labels, bio,...) qui est à mon avis une des clés pour l'avenir.
Enfin l'article laisse entendre que tous les agriculteurs sont financés à 50% par la PAC, c'est vrai en moyenne mais c'est loin d'être les cas secteur par secteur.
Votre collègue, Monsieur Bridier, montre comment l’inertie et le désintérêt des politiques dans les années 90 pour notre industrie l’ont durablement affaiblie. Vous tenez là le même discours pour l’agriculture que celui tenu dans les années 90 sur l’industrie avec le succès qu’on connaît. La France aujourd’hui est en train de voir partir son agriculture pour les mêmes raisons : Surcoûts structurels, diminution des moyens pour la recherche, absence de vision et de perspective dans des métiers où on doit avoir de la visibilité à 5 ou 10 ans. Vous allez m’expliquer par quel miracle vous pourrez obtenir plus de bio et moins de chimie avec plus de main d’œuvre et avec des coûts supérieurs à 20 % à ceux de l’Allemagne dont l’agriculture se développe. Ils font venir de la main d’œuvre saisonnière d’Europe centrale au coût horaire de 7 Euros contre 17 en France. Ce n’est pas un hasard si la production bio a du mal à décoller en France ou que la production maraîchère augmente en Allemagne. Je crois que, comme preuve d’amour, les agriculteurs apprécieraient que les coûts structurels soient harmonisés au niveau européen. Sans harmonisation une partie des agriculteurs français continueront d’expliquer à leurs enfants que le métier a peu d’avenir. C’est ainsi que les surfaces cultivées continueront elles aussi de baisser.