Société

Le contrôle continu pour le bac est-il vraiment utile?

Temps de lecture : 4 min

On peut faire trois grands reproches à ce type d'évaluation.

Les élèves découvrent leurs résultats le 5 juillet 2019, au lycée Fresnel (Paris). | Stéphane De Sakutin / AFP
Les élèves découvrent leurs résultats le 5 juillet 2019, au lycée Fresnel (Paris). | Stéphane De Sakutin / AFP

La grève par rétention de notes à laquelle se sont livré·es des enseignant·es mécontent·es de la réforme Blanquer vient de reposer, de façon inattendue, la question de l'intérêt d'un contrôle continu dans le cadre d'un examen tel que le baccalauréat.

Par-delà la polémique suscitée par la «solution technique» inventée par le ministre pour résoudre le problème qu'il devait affronter, on peut saisir l'occasion de cette irruption surprise pour tenter d'examiner sereinement cette question.

Habile parade du ministre

Pressé par les événements, le ministre a dû se résoudre à prendre en compte «provisoirement» le contrôle continu (moyenne des notes obtenues dans la discipline sur les trois trimestres de l'année), lorsque la note terminale faisait défaut par suite de la grève. Cela a donné au contrôle continu (CC) une occasion inattendue de faire reconnaître son utilité.

La parade du ministre est habile. Elle prend les contestataires à contre-pied. Car c'est pour protester contre une réforme du bac qui, entre autres, attribuait au contrôle continu 40% de l'évaluation finale, que certain·es professeur·es se sont lancé·es dans une grève des notes. Or, le ministre neutralise les effets de leur action en recourant à l'objet de leur courroux!

Cette solution technique a l'avantage de ne pas être défavorable aux élèves. In fine, seule sera retenue la meilleure des deux notes: soit celle du CC prise provisoirement en compte; soit celle du contrôle terminal (CT) enfin parvenue au jury. Ce dispositif ne mériterait-il pas alors d'être pérennisé?

Les risques du contrôle continu

Ceux qu'avait surpris, voire sidérés, le contre-pied du ministre, ont unanimement dénoncé une rupture d'égalité entre élèves ayant obtenu un bac lié aux épreuves finales et élèves n'ayant qu'un bac lié au contrôle continu, et donc, dans leur esprit, de moindre valeur. Mais que peut-on reprocher, exactement, au contrôle continu?

On peut évoquer trois grands reproches. Le premier, et le plus courant, est que le contrôle continu introduit les aléas du localisme dans un examen national. Le bac doit être le même partout. Mais l'unicité d'une épreuve garantit-elle l'identité recherchée? Et les correcteurs ne sont-ils pas différents d'une ville et d'une région à l'autre? L'égalité que garantirait le contrôle terminal n'est en réalité qu'une fiction.

Le deuxième reproche, plus consistant, est que le contrôle continu intervient, par définition, avant la fin de la formation. Il serait donc foncièrement injuste, puisqu'il contrôle les effets d'une formation avant qu'on ait donné aux candidat·es toutes les chances de maîtriser ce qui sera l'objet du contrôle.

Mais, pour obtenir son permis de conduire, on peut valider le code plusieurs mois avant la conduite. Le contrôle continu peut avoir valeur certificative, s'il survient au terme d'une unité d'enseignement que l'on peut légitimement autonomiser (par exemple, à la fin d'un chapitre ou d'une grande partie du programme). Platon disait qu'il faut découper les poulets selon leurs articulations naturelles.

Enfin, on peut reprocher au contrôle continu de court-circuiter l'examen, en rendant inutile la note terminale, ce qui équivaut à en dénier la valeur. Mais il faut noter que, dans le cadre du dispositif Parcoursup, les écoles et universités choisissent leurs futur·es étudiant·es avant qu'aient été passées les épreuves terminales. Celles-ci n'ont de fait pour rôle que de confirmer, et valider a posteriori, des choix fondés pour l'essentiel sur des résultats de contrôle continu…

Les limites du contrôle terminal

C'est pourquoi, parallèlement, la croyance en la valeur immédiate d'un examen terminal mérite d'être interrogée. On peut faire, à cet égard, deux grandes observations. La première est qu'un examen terminal, a fortiori lorsque seuls ses résultats sont pris en compte, est une épreuve couperet. Il n'y a plus ni droit à l'erreur, ni possibilité de rattrapage. L'équité d'une telle épreuve n'est jamais assurée.

Car, et c'est la deuxième observation, avec une seule épreuve terminale par discipline, le champ de probation offert aux lycéen·es est particulièrement étroit. Le jury peut-il, sur cette seule épreuve, dire avec certitude si, oui ou non, une connaissance ou une compétence est maîtrisée, d'une façon générale et pérenne?

La ou les compétences dont la maîtrise est visée auraient pu se manifester de façon plus claire et indiscutable, à d'autres moments, et dans d'autres épreuves, plus variées et plus ouvertes.

Ni sanctification, ni diabolisation

Finalement, la question à trancher est de savoir si le bac peut reposer uniquement sur des épreuves terminales. L'enjeu est de concilier l'intérêt des élèves qui sont candidat·es, avec celui de la société qui délivre des diplômes. Le bac est un permis d'entrer dans des formations diplômantes, voire directement sur le marché du travail.

L'intérêt des candidat·es à ce permis est d'être traité·es équitablement, en faisant leurs preuves sans être victimes de la dimension de loterie inhérente à toute épreuve ponctuelle. D'où l'utilité d'une part significative de contrôle continu, leur permettant d'avoir toutes leurs chances de montrer leurs capacités.

L'intérêt de la société est de s'assurer que le diplôme qu'elle délivre atteste vraiment d'une palette et d'un niveau de connaissances et de compétences. D'où l'utilité d'une part significative de contrôle terminal, avec choix rigoureux des situations de probation (épreuves communes d'évaluation), et cadrage rigoureux de la lecture évaluative que les professeur·es feront des travaux produits par les candidat·es.

Aucune des deux modalités d'évaluation ne mérite d'être sanctifiée, ni inversement diabolisée. Finalement, la difficulté est ici de comprendre que tout contrôle est à la fois continu et terminal. Terminal, car il vient nécessairement après une séquence d'enseignement ou de formation. Continu, car il s'insère dans le temps plus long d'une activité visant un but.

Il s'agit bien de savoir si, à la fin, le but est atteint. Contrôle continu et contrôle terminal doivent donc être mis en œuvre, non en fonction de ce qui serait un intérêt intrinsèque, mais en fonction de la façon dont ils éclairent, ou non, l'atteinte du but que l'on poursuivait. De ce point de vue, le contrôle terminal n'est que le point ultime d'un contrôle continu.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

The Conversation

Charles Hadji Professeur honoraire (Sciences de l’éducation), Université Grenoble Alpes

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