Société

Ça ne me coûte pas plus cher qu'avant de consommer bio et local

Temps de lecture : 6 min

Quand j'ai démarré l'année en septembre dernier, j'étais pleine d'angoisse écologique. Puis j'ai décidé de modifier, un peu, mon mode de vie.

Comme j'étais une analphabète du légume, tous les mois j'ai cherché sur internet les tableaux avec les fruits et légumes de saison. | Alexandr Podvalny via Unsplash
Comme j'étais une analphabète du légume, tous les mois j'ai cherché sur internet les tableaux avec les fruits et légumes de saison. | Alexandr Podvalny via Unsplash

Et la voilà, la dernière newsletter-édito de l'année (scolaire s'entend, mais qui sont ces gens qui comptent par année calendaire?). La dernière avant un repos bien mérité (même si Slate m'apprend que partir en vacances ne suffit pas du tout à soigner l'épuisement. Slate, le site qui arrive à te déprimer même la veille des vacances).

Quand j'ai démarré l'année en septembre dernier, j'étais pleine d'angoisse écologique. Une angoisse d'autant plus angoissante qu'elle tournait à vide. Et puis j'ai décidé de modifier, un peu, mon mode de vie. Cette année aura clairement été placée sous le signe du changement particulier, de la révolution domestique. Faisons donc un mini-bilan de l'année avec moins de déchets. Qu'est-ce qui a changé?

À l'échelle planétaire, il faut bien admettre que… pas grand-chose. Je fabrique moi-même mes yaourts et pourtant, il fait quand même 30 degrés en Alaska. Mais dans ma maison, on a bien progressé.

Une année complète de légumes

Rappelez-vous, tout a commencé avec le lombricomposteur. Une fois que je l'ai monté et installé, je l'ai regardé et j'ai découvert une première difficulté. Il allait bien falloir le remplir, ce truc. Or j'ai assez vite compris que ce qui constituait la base de mon alimentation (de la viande, des patates, de la crème fraîche et du fromage), eh bah c'était précisément tout ce qui n'allait pas dedans. C'était un problème. Que donner à manger à mes vers? J'ai donc suggéré qu'on pourrait introduire quelques légumes dans notre alimentation. Je n'étais moi-même qu'à moitié convaincue jusqu'au jour où j'ai compris qu'on pouvait cuisiner des légumes avec de la crème fraîche. Mais pourquoi personne ne me l'avait dit avant?

À partir de là, le puzzle s'est assemblé. On a pu s'inscrire à une AMAP. Et cette année, pour la première fois de ma vie, j'ai vécu une année complète de légumes. Comme j'étais une analphabète du légume, tous les mois j'ai cherché sur internet les tableaux avec les fruits et légumes de saison. Je les ai même imprimés et affichés sur le frigo.

Calendrier des fruits et légumes de juillet. | Pissenlit-au-jardin.blogspot.com

Ensuite, j'ai dû chercher des recettes pour chacun («recette courgette + crème fraîche», «recette poireau + crème fraîche», etc.). J'ai même commencé à me faire un petit classeur de recettes de saison. On ne va pas se mentir: ça m'a pris du temps. D'abord, trouver une recette à mon niveau –qui est tellement faible que je devais chercher en ligne la définition de verbes comme «émincer» ou de noms comme «mandoline», ou même dans Google Images pour savoir à quoi ressemblait une échalote. Ensuite, tester la recette. La rater. M'énerver. En prime, je suis dénuée de ce super pouvoir des gens qui savent d'instinct ce qu'il faut ajouter pour que ce soit meilleur, ou qui sont capables de rattraper un truc pas terrible et d'en faire un bon miam.

Sortir de la foison de produits à consommer sans réfléchir

En dehors de l'AMAP, on a décidé de ne plus faire nos courses dans les antres du diable. Telle le petit chaperon rouge, je mets mon plus beau jogging, je prends mon caddie et je vais à deux stations de métro de chez moi pour faire les courses chez Biocoop. Là, on achète le plus possible en vrac avec nos petits sacs de tissu. On prend nos bidons de produits ménagers à remplir. Et on pleure devant le prix des pains au lait bio (on envisage d'acquérir une machine à pain).

Au passage, j'ai découvert que le miel était un produit de luxe. Avant, on avait du miel mélangé dans un pot en plastoc et les enfants en badigeonnaient leurs pains au lait industriels. Maintenant qu'on achète du miel en verre bio et local, on n'est pas loin de s'en offrir à Noël et pour les anniversaires. Mais ce n'est pas un problème. Ça fait partie du processus de découvrir la rareté, de sortir de la foison de produits à consommer sans réfléchir, comme s'ils tombaient du ciel dans les rayons de nos supermarchés.

Ce qui nous amène à une question essentielle: est-ce qu'on dépense plus d'argent? Eh bien non. Dans notre cas particulier, je dirais que c'est à peu près pareil (mais vous allez voir que c'est aussi parce qu'on dépensait davantage d'argent pour des produits un peu merdiques). Comment diable cela est-il possible?

1. Il y a bio et bio. J'ai soigneusement comparé les prix des diverses enseignes bio de mon quartier (en me basant sur le prix du kilo de pommes) et ils pouvaient aller du simple au triple. J'ai donc choisi l'enseigne qui était la moins chère (en privilégiant bien sûr les produits locaux).

2. On achète nettement moins. On se tient à la liste de courses, et finis les trucs en plus parce qu'il y a une promo mais que finalement on laisse moisir dans les placards. En outre, notre hypermarché vendait des fringues à un prix défiant toute concurrence, mais qui augmentait malgré tout la facture totale.

3. On ne mange plus la même chose. On a modifié notre alimentation. Par exemple, sans même se concerter, on consomme nettement moins de viande. Profitons-en pour faire un aparté chat. Mon compagnon lui a acheté des croquettes bio parce qu'«il n'y a pas de raison». Mais figurez-vous qu'elle n'apprécie pas plus que ça. Donc elle mange, mais moins. Elle a arrêté d'engloutir des kilos de Purina (je ne sais pas quels additifs ils mettent dedans mais ça les rend clairement accros). Conséquemment, le prix est plus cher mais le paquet dure plus longtemps, les finances sont stables.

4. Enfin, on fait davantage maison (d'ailleurs, il paraît qu'on peut faire soi-même les croquettes pour chat, ça me laisse songeuse, d'autant que je n'en trouve nulle part en vrac). De manière générale, on essaie de faire nous-mêmes plutôt que d'acheter tout préparé (exemples tout simples: faire la pâte à crêpe ou la pâte brisée, râper des carottes plutôt que de les acheter râpées sous cellophane, etc.) On a quasiment éliminé les produits (très) transformés. On n'achète plus de yaourts et yaourts à boire, je les fais, donc ça diminue la facture. On n'achète plus de paquets de gâteaux industriels. On n'achète plus de gourdes de compotes. On n'achète plus de Sopalin (oui, on peut vivre sans Sopalin, il suffit d'une éponge et d'un torchon).

On a amélioré notre qualité de vie

Côté salle de bain: j'ai acheté des cotons lavables, ça remplit sa mission pour certains trucs, pas tout. Donc on a encore du coton jetable, mais moins. J'ai découvert les culottes de règles (ou «culottes menstruelles»). Gros investissement au départ (une culotte de règles coûte dans les 30 euros et il en faut plusieurs) mais ça finit par s'amortir. J'ai évidemment le petit bâton en bois pour nettoyer les oreilles à la place des Cotons-Tiges. Des brosses à dents dont on peut ne changer que la tête. Pas de gel douche mais un pain de savon.

Parmi les produits d'hygiène, j'ai connu un seul véritable échec: le dentifrice solide. J'avais la sensation de me laver les dents avec du rien. Je ne suis pas non plus passée aux mouchoirs lavables. Mais il y a quand même un mieux. Moi qui me trimballe une sinusite chronique et des allergies à tout-va, un objet a changé la vie de mon nez: le Rhino Horn, (ou «pot neti»). C'est fabuleux.

Ensuite, il y a les à-côtés. Désormais j'ai un sac dans mon sac. Un sac en tissu: au cas où j'achète quelque chose, je peux refuser le sac plastique. On a des gourdes. Je pousse même le vice, ou la vertu, jusqu'à avoir un seau dans ma douche pour récupérer l'eau qui n'est pas encore assez chaude et m'en servir pour arroser les plantes.

Dans l'ensemble, je crois qu'on a pas mal amélioré notre qualité de vie, et on a surtout en partie réglé notre problème de dissonance cognitive. Désormais, je peux officiellement contredire les gens qui disent «la cuisine c'est facile, il suffit que tu t'y mettes, tu verras». La cuisine, c'est comme avoir la main verte, il y a d'un côté des gens qui ont des facilités, et de l'autre les laborieux.

Sur ce, mes petit·es ami·es, je vous souhaite un bel été. Hydratez-vous, détruisez le patriarcat et évitez le plastique.

Ce texte est paru dans la newsletter hebdomadaire de Titiou Lecoq.

Titiou Lecoq

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