Monde

Un juteux sauvetage d'éléphants africains vers les États-Unis

Temps de lecture : 2 min

Un journaliste du New York Times a mené une vaste enquête sur les liens douteux entre zoos américains et réserves naturelles d'Eswatini.

Le surpeuplement d'éléphants dans des réserves animalières africaines menacerait d'autres espèces. | Karim Manjra via Unsplash
Le surpeuplement d'éléphants dans des réserves animalières africaines menacerait d'autres espèces. | Karim Manjra via Unsplash

Il y a un an, Charles Siebert, journaliste au New York Times, visitait le Sedgwick County Zoo du Kansas. Troisième réserve américaine à éléphants, deux hectares de fausse savane et de lac. Parmi les éléphants, six sont rescapés d'une mission de sauvetage en Eswatini, minuscule pays au sud-est de l'Afrique.

En 2016, l'organisation pour la conservation du patrimoine naturel en Eswatini a déterminé que le surpeuplement des éléphants dans une des réserves du pays, la Big Game Parks (B.G.P.), avait atteint un point critique.

Sur des terres déjà dévastées par la sècheresse, l'organisation estimait qu'ils menaçaient une autre espèce en danger: les rhinocéros. Il a donc fallu les éloigner. D'après le responsable de cette réserve, Ted Reilly, les transporter ailleurs en Afrique n'était pas envisageable.

Ainsi naquit l'opération Room for Rhinos, une alternative à l'abattage des pachydermes via leur transfert dans des zoos américains portant la certification AZA. Pour 450.000 dollars, dix-sept éléphants ont été importés aux États-Unis, une opération chapeautée par la FWS (Fish and Wildlife Service). Charles Siebert s'est penché de plus près sur ce qu'il nomme le «conte Room for Rhinos».

Transferts et échanges douteux

La première chose qui a retenu l'attention du journaliste: la similarité de cette mission avec une autre réalisée en 2003. Onze éléphants avaient déjà été transférés depuis l'Estawini et avec le même responsable, Ted Reilly.

Parallèlement, Charles Siebert découvre que depuis 2000, soixante-seize éléphants sont morts dans des zoos AZA, dont vingt-quatre avant l'âge de deux ans, selon les données de PETA. Ces chiffres rejoignent la problématique de la captivité, à savoir celle de la reproduction. Qu'ils soient mort-nés ou rejetés par leur mère, rares sont les éléphanteaux nés d'une femelle captive qui survivent.

De là tout l'intérêt de transfert d'éléphants sauvages, en particulier des femelles. Lors de l'opération Room for Rhinos, quinze des dix-sept éléphants étaient des femelles, dont une enceinte.

Un peu avant le transfert, Friends of Animals, groupe de défense des animaux, avait saisi l'autorisation de la FWS, la qualifiant de «capricieuse et irréfléchie». Alors même qu'ils obtiennent une audition, ils apprennent que tout est déjà prêt. Impossible de faire marche arrière.

Lors de son voyage en Eswatini, Charles Siebert apprend par l'organisation qui gère les quatre réserves du pays que des couloirs pour relier les réserves entre elles étaient tout à fait envisageables.

Il découvre aussi que Elephants, Rhinos & People, une organisation dédiée à la sauvegarde des éléphants, avait fait une offre similaire à celle des zoos américains pour laisser les bêtes en Eswatini et n'avait jamais reçu de réponse de Ted Reilly.

Room for Rhinos apparait alors de moins en moins comme une opération de sauvetage, mais de plus en plus comme une trouble entente entre les zoos américains et les parcs naturels d'Eswatini.

Interrogé directement par le journaliste, Ted Reilly défend que «la principale menace planant sur la faune africaine est l'extension incontrôlée des villes». Sur des terres qui se font rares sous la pression du marché de l'immobiler, «quand on se retrouve avec un surplus d'animaux, qu'est-ce qu'on est censé faire?», rétorque-t-il.

Slate.fr

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