Société

Pour une vie de couple épanouie, abandonner parfois le lit conjugal et dormir seul

Temps de lecture : 4 min

[Blog You Will Never Hate Alone] Partager le même lit demande de tels efforts qu'il vaut mieux de temps en temps trouver refuge dans le canapé du salon.

La grande affaire qui agite la plupart des couples: le lit. | Morgan Lane via Unsplash
La grande affaire qui agite la plupart des couples: le lit. | Morgan Lane via Unsplash

La vie en couple n'est pas de tout repos. C'est une suite ininterrompue de renoncements, de compromissions, de palabres où chacun essaye de tirer son épingle du jeu. Les problèmes soulevés sont innombrables et tournent principalement autour de questions aussi essentielles que de savoir à qui échoit l'obligation de descendre les poubelles, de vider la litière du chat, de débarrasser la table, de récurer la baignoire, de penser à acheter le pain... Sans oublier toutes les contorsions intellectuelles nécessaires pour établir avec la belle-famille des liens teintés de cordialité, là où la plupart du temps affleurent des envies de meurtre et des désirs de défenestration.

On se chamaille pour un rien:

– Tu as oublié de payer la cantine de Quentin.
– Non, c'est toi qui devait t'en charger.
– N'importe quoi, on est en mars, c'est un mois impair, c'était ton tour.
– Mais non, c'est toi qui as commis un impair, tu sais très bien que quand on est dans une année impaire, il revient à toi de payer la cantine les mois impairs. Je sais, c'est un peu compliqué à comprendre, mais avec un peu d'exercice, tu devrais y arriver.
– Tu sais que parfois, j'ai envie de te filer une paire de baffes, comme maintenant là, quand tu te mets à jouer au con?
– C'est moi qui joue au con?
– Carrément. Au gros con, même.
– Ah ouais? Alors attends, si je suis un gros con, tu peux m'expliquer comment il se fait que le mois dernier, c'est moi qui ai payé la cantine de ton Quentin?
– De mon Quentin? De mon Quentin?!! T'essayes de me dire quoi, là?
– Moi rien, pourquoi, t'as un truc à me confier, peut-être?

Mais tout ceci ne serait rien au regard de la grande affaire qui agite la plupart des couples, j'ai nommé le lit, la surface du lit, les contours du lit, le partage du lit, la périphérie du lit, la répartition des coussins, l'ajustement du traversin, le déploiement des draps, le périmètre exact alloué à chacun, le tracé de la ligne de démarcation dont le franchissement au milieu de la nuit équivaut à une déclaration de guerre, l'établissement de règles quant aux pratiques admises ou pas, l'heure à laquelle le couvre-feu doit être décrété et appliqué, les pénalités qui s'en suivent en cas de dépassement de l'horaire autorisé, le seuil de ronflements communément admis, les pratiques à adopter en cas de nuisances sonores incontrôlables, toute la fastueuse orchestration de la vie en commun qui nécessite des deux composantes du couple –plus encore pendant les heures de sommeil– tact, patience et surtout impassibilité.

Aussi, pour permettre à un couple de s'installer dans la durée, je recommande très fortement, une nuit par semaine ou par mois, la désertion du lit conjugal et le repli stratégique vers le canapé du salon, voire la banquette arrière de la voiture si d'aventure elle dort au garage.

Pour la survie du couple, c'est une mesure de salubrité publique. Quiconque ne l'a jamais expérimentée ignore tout de l'extraordinaire plaisir à dormir seul, enfin seul, loin de toute la promiscuité forcée engendrée par les lois de la cohabitation maritale ou pascale ou conjointale (le mot n'existe pas, mais je suis écrivain, je fais ce que je veux) ou communale.

Qui dira la félicité de passer une nuit séparé de l'autre, de ces heures consacrées à s'ébattre sans redouter de s'en manger une quand, par inadvertance, dans le relâchement coupable de l'estomac, une flatulence inopinée entonne la douce complainte du pet libéré?

La joie de pouvoir se retourner un nombre infini de fois sans déclencher aussitôt grognements, adjurations, condamnations voire règlements de comptes bien saignants à l'heure de la première de tasse de café?

Le plaisir de disposer d'un périmètre à soi où le corps retrouve enfin sa liberté de mouvement et s'en va d'un bord à l'autre du lit, telle une gazelle émancipée, sans jamais se heurter au corps impavide de sa moitié, qui aussitôt bousculée en profite pour se réveiller avant d'entamer, à grands coups de fessier, une opportune reconquête du terrain perdu, voire même un grignotage de la zone autorisée?

Sans oublier l'extase de se réveiller sans avoir à se coltiner le visage froissé de l'autre, cette pantomime de l'horreur où entre deux mèches de cheveux rebelles, parmi le brouillard de traits décomposés, dans l'embrouillamini d'un corps relâché, l'esprit peine à reconnaître l'amour de sa vie, lequel gisant de tout son long vous regarde pareillement, étonné d'avoir pu consentir à partager le reste de ses jours avec un être aussi disgracieux que vous?

Oui, de temps à autre, il faut savoir quitter le lit de la vie commune pour retrouver la liberté du célibataire qui sommeille en vous. Se retrouver, se ressourcer à la chaleur de son…

– C'est bon là, t'as fini ton papier? Je me lève tôt demain, faut que je dorme, éteins, tu veux bien?
– Cinq petites minutes pas plus, me manque la chute et c'est bon.
– T'es lourd, tu ne peux pas travailler au salon comme tout le monde? Toutes les nuits c'est le même cirque qui recommence, t'es pénible à la fin.
– Pour ta gouverne, je te rappelle que j'ai dû me rapatrier dans la chambre parce tu étais au salon, occupée à jouer au scrabble avec ta mère.
– C'est sûr que vu le niveau intellectuel de la tienne, cela ne risque pas de t'arriver de sitôt…

Du coup, afin d'éviter une crise diplomatique qui aurait pu tourner à la déflagration nucléaire, je suis allé dormir au salon.

Le pied!

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Laurent Sagalovitsch romancier

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