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Cinquante ans après Stonewall, la mise en garde de Yuval Noah Harari sur les droits des LGBT+

Temps de lecture : 14 min

Il est peu probable que nous revenions à l'ère pré-Stonewall où les homosexuels se cachaient pour échapper aux persécutions. Il se pourrait que nous vivions bien pire: les nouvelles technologies les empêcheront de retourner dans la clandestinité.

Rassemblement devant le Stonewall Inn à l'occasion du cinquantième anniversaire des émeutes de Stonewall (New York), le 28 juin 2019. | Angela Weiss / AFP
Rassemblement devant le Stonewall Inn à l'occasion du cinquantième anniversaire des émeutes de Stonewall (New York), le 28 juin 2019. | Angela Weiss / AFP

En 1969, quand la police de New York a fait une descente au Stonewall Inn et qu'elle s'est vu opposer une résistance inattendue de la part de manifestants LGBT+, l'homosexualité était encore criminalisée dans la plupart des pays. Même dans des sociétés plus tolérantes, faire son coming out revenait souvent à commettre un suicide professionnel et social. Aujourd'hui, en revanche, la Première ministre de Serbie est ouvertement lesbienne et le Premier ministre irlandais affiche fièrement son homosexualité, à l'instar du PDG d'Apple et de nombreux autres hommes et femmes politiques, artistes et scientifiques.

Aux États-Unis, le Républicain moyen a une vision bien plus progressiste sur les sujets LGBT+ que le Démocrate lambda de 1969. La question est passée de «l'État doit-il emprisonner les personnes LGBT+?» à «l'État doit-il reconnaître le mariage entre personnes de même sexe?» (et presque la moitié des Républicains y sont favorables).

Ceci dit, environ soixante-dix pays criminalisent encore l'homosexualité aujourd'hui. L'Arabie saoudite, l'Iran, Brunei et bien d'autres appliquent la peine de mort à l'encontre des gays. Même dans les sociétés les plus ouvertes, les discriminations, les violences et les crimes de haine pullulent. En outre, les remarquables progrès qui ont marqué les cinquante dernières années ne sont en rien une garantie pour l'avenir. L'histoire avance rarement en ligne droite. Il n'existe aucune raison de penser que la libération LGBT+ va forcément se généraliser dans le monde et finir par toucher même l'Arabie saoudite et Brunei. De violents retours de manivelle homophobes sont toujours possibles, même dans les pays les plus progressistes. Il n'y a pas très longtemps, le Guardian a révélé des statistiques effarantes qui montrent que les crimes de haine homophobes et transphobes ont doublé au Royaume-Uni au cours des cinq dernières années.

Faisons une analogie historique et considérons la situation des Juifs en Europe dans les années 1920 et au début des années 1930. Pendant cette période, les Juifs européens furent libérés de siècles de lois discriminatoires et dans de nombreux pays, ils avaient obtenu une totale égalité juridique, économique et politique. À l'image des communautés LGBT+ aujourd'hui fières des chefs de gouvernement de Serbie et d'Irlande, il y a presque un siècle, les Juifs prenaient acte avec satisfaction que Walther Rathenau, ministre des Affaires étrangères allemand, et Léon Blum, Premier ministre français, étaient juifs. Tout comme des personnes gays, lesbiennes et transgenres revendiquent aujourd'hui le droit d'intégrer l'armée pour servir leur pays –marqueur ultime de l'intégration nationale–, pendant la Première Guerre mondiale, 100.000 Juifs ont loyalement servi dans l'armée allemande et 12.000 d'entre eux ont perdu la vie pour leur patrie.

Certains signaux indiquent de façon alarmante que l'ère de la libération des LGBT+ pourrait être suivie par une période de persécutions sans précédent.

Même les gays et les lesbiennes qui se sentent aujourd'hui sûrs de leur position au point de soutenir des partis d'extrême droite, comme l'AfD en Allemagne et la Ligue du Nord en Italie, ont eu leurs homologues juifs dans l'entre-deux-guerres. Au départ, le parti fasciste de Mussolini avait pris ses distances avec l'antisémitisme, et des milliers de Juifs ont soutenu le Duce et même rejoint les rangs du parti fasciste. La maîtresse de Mussolini était juive, tout comme son ministre des Finances dans les années 1930. Nous savons tous comment cette histoire s'est terminée. Blum a survécu de justesse à Dachau et les vétérans juifs de la Grande Guerre ont retrouvé les fascistes juifs à Auschwitz.

Certains signaux indiquent de façon alarmante que l'ère de la libération des LGBT+ pourrait être suivie par une période de persécutions sans précédent. Plus particulièrement, les LGBT+ pourraient devenir les cibles privilégiées de chasses aux sorcières ultranationalistes. En Europe de l'Est, par exemple, les dirigeants nationalistes que les terribles souvenirs de la Shoah empêchent de se livrer à l'antisémitisme choisissent à la place d'effrayer les populations avec des histoires de complot gay mondial.

Les gouvernements de Pologne et de Hongrie ont pris l'habitude de désigner les gays comme des agents étrangers, menaçant la survie non seulement de la nation, mais aussi de la civilisation occidentale tout entière. Ces régimes réussissent même à établir un lien entre la communauté LGBT+ et l'immigration, en avançant que le complot gay espère faire chuter le taux de natalité afin de pouvoir ouvrir les portes à des flots d'immigrés.

Le régime russe n'est pas en reste, puisqu'il décrète lui aussi qu'un complot homosexuel mondial cherche à détruire le pays. Les médias officiels présentent à la fois les manifestations anti-gouvernementales en Russie et la révolution en Ukraine de 2013-2014 comme une cabale gay, écrit Timothy Snyder dans The Road to Unfreedom. Ils dépeignent les personnes LGBT+ comme des traîtres: l'homosexualité serait étrangère aux traditions russes et par conséquent, le simple fait d'être gay prouverait que vous êtes probablement un agent étranger. Un sondage conduit en mai 2018 révèle que 63% des Russes sont persuadés qu'il existe en effet un réseau gay mondial organisé œuvrant à la destruction des valeurs spirituelles traditionnelles de la Russie et, partant, à l'affaiblissement du pays.

Une dizaine de militants pour les droits des gays se rassemblent à l'occasion de la Journée mondiale contre l'homophobie et la transphobie à Saint-Pétersbourg, le 17 mai 2019. Quatre militants ont été arrêtés dans la deuxième plus grande ville de Russie. | Olga Maltseva / AFP

Pour combattre cette soi-disant menace, la Russie a voté en 2013 une célèbre loi interdisant la «propagande gay», qui a conduit à l'arrestation et à la persécution de nombreuses personnes. En août 2018, Maxim Neverov, un adolescent de 16 ans, a été accusé du «crime» d'avoir téléchargé plusieurs photos d'hommes en train de s'étreindre sur la plateforme de réseaux sociaux russe VKontakte. Ce lycéen a écopé d'une amende de 50.000 roubles [698 euros] –ce qui représente plus que le salaire mensuel moyen russe– avant de finalement gagner en appel.

L'Europe de l'Est est loin d'être un cas isolé. Dans de nombreux pays, du Brésil à l'Ouganda, régimes et responsables politiques répandent des légendes sur le complot LGBT+ et s'engagent à protéger la nation de la menace homosexuelle. Les personnes LGBT+ sont des cibles faciles pour ce genre de chasses aux sorcières, pour deux raisons principales.

Tout d'abord, les régimes conservateurs autoritaires déplorent la fluidité et la complexité de la réalité et promettent de retourner à un âge d'or imaginaire où les frontières étaient claires, les identités fixes et le spectre des choix personnels extrêmement limité. C'était le bon vieux temps, où les hommes étaient des hommes, les femmes des femmes, les étrangers des ennemis et où personne n'avait trop à réfléchir à tous ces trucs bien compliqués. Mais les personnes LGBT+ brouillent les frontières, mélangent les identités et obligent à réfléchir et à choisir. Il ne faut pas s'étonner que les autocrates les détestent.

Si un régime homophobe veut rassembler tous les hommes gays du pays, il pourra essayer de pirater les bases de données de sites de rencontres gays.

Ensuite, les personnes LGBT+ n'ont pas beaucoup de pouvoir, on peut par conséquent les persécuter à bon compte. Tout au long de l'histoire, les autocrates ont souvent isolé une minorité particulière et l'ont présentée comme bien plus puissante et bien plus dangereuse qu'elle ne l'était réellement, avant de promettre de protéger la société de la menace inexistante qu'elle était supposée incarner. C'est ce qui s'est passé lors des chasses aux sorcières originelles en Europe à partir de la fin du Moyen Âge, qui ciblaient souvent des vieilles femmes et des marginales solitaires.

La même logique est aujourd'hui à l'œuvre dans des endroits comme la Russie –un pays qui souffre de nombreux problèmes graves: son économie est stagnante, sa corruption endémique et ses services publics se détériorent. Mais lutter contre la corruption signifie s'attaquer aux hommes les plus puissants du pays. Il est bien plus simple d'oublier ces désagréments et, à la place, de protéger les Russes innocents des tentacules corruptrices du complot homosexuel mondial. Essayez juste de chiffrer tout ça, pour voir. Combien de roubles pour améliorer le système de santé dysfonctionnel de la Russie? Combien pour la protéger d'un complot gay mondial qui n'existe pas?

Si la population LGBT+ est de plus en plus la cible de chasses aux sorcières politiques, il est néanmoins peu probable que nous revenions à l'ère pré-Stonewall où les homosexuels se cachaient. Il se pourrait que nous vivions bien pire. Ces personnes n'auront pas la possibilité d'échapper aux persécutions en retournant dans la clandestinité, parce que les nouvelles technologies les en empêcheront. L'association de l'informatique et des biotechnologies est en train de donner naissance à de nouveaux outils qui permettront bientôt de surveiller tout le monde, tout le temps. Pour la première fois dans l'histoire, n'importe quel régime pourra, s'il le veut, espionner tous ses citoyens vingt-quatre heures sur vingt-quatre et savoir non seulement ce qu'ils font, mais aussi ce qu'ils ressentent.

Si un futur régime homophobe décide de rassembler tous les hommes gays du pays (comme les autorités tchétchènes ont récemment cherché à faire), il pourra commencer par essayer de pirater les bases de données de sites de rencontres gays comme Grindr. La police égyptienne, par exemple, s'est déjà servie de données de cette application pour traquer et arrêter des homosexuels en se créant des faux profils (Grindr a averti ses membres qu'il pouvait arriver que des personnes utilisent des faux comptes afin de leur soutirer des informations personnelles). Une autre possibilité consiste à utiliser un algorithme pour remonter tout l'historique en ligne de quelqu'un: les vidéos YouTube qu'il a regardées, les titres sur lesquels il a cliqué, les photos qu'il a téléchargées sur Facebook.

En août 2018, on a appris que des groupes chrétiens évangéliques qui proposaient des «thérapies de conversion» à des jeunes utilisaient les algorithmes de Facebook pour cibler des adolescents vulnérables avec leurs publicités (Facebook les a retirées en arguant qu'elles enfreignaient sa politique). Ce n'était pas forcément des adolescents qui s'étaient identifiés eux-mêmes comme étant LGBT+. Il suffisait qu'ils aient manifesté un intérêt pour des contenus en lien avec les LGBT+ –avoir liké une histoire LGBT+, par exemple– pour être visés.

Dans un avenir pas si lointain, le simple fait de laisser vos yeux vagabonder librement pourrait vous coûter votre liberté.

Les forces de sécurité israéliennes s'appuient aussi notoirement sur diverses méthodes, la surveillance en ligne notamment, pour identifier des Palestiniens gays. Mais pas dans le but de les «convertir»: il s'agit plutôt de les faire chanter pour qu'ils deviennent des informateurs pour les Israéliens. Comme l'homophobie est très répandue dans la société palestinienne et que, au moins à Gaza, l'homosexualité est toujours punie par la loi, soumettre au chantage des personnes homosexuelles qui n'ont pas fait leur coming out est l'un des moyens les plus faciles de trouver des informateurs. Le Hamas redouble par conséquent d'efforts pour dénicher et persécuter les Palestiniens gays, en partant du principe qu'ils posent un problème de sécurité (alors que le problème vient justement de l'homophobie du Hamas). C'est un cercle vicieux.

En 2016, l'entreprise chinoise Kunlun a acheté Grindr, mais en mars 2019, le Comité pour l'investissement étranger aux États-Unis l'a informée que posséder Grindr «constituait un risque pour la sécurité nationale». Kunlun se voit dans l'obligation de vendre Grindr d'ici à 2020. Aucune explication n'a été donnée pour justifier que la sécurité nationale soit mise en danger par la possession d'un site de rencontres gays par des Chinois, mais je pense qu'à présent, c'est clair pour tout le monde.

Le 14 juillet 2017, plusieurs ministres russes, dont le Premier ministre Dmitri Medvedev, ont assisté à une conférence donnée par un professeur de Stanford qui a étudié dans quelle mesure il est possible de déterminer les traits de personnalité de quelqu'un en analysant son activité en ligne. À l'époque, les travaux de cet universitaire portaient sur la preuve que les algorithmes sont capables de détecter l'homosexualité ou l'hétérosexualité d'un homme avec un taux de réussite de 91%, en se basant uniquement sur l'analyse de quelques photos de son visage. Si le professeur donnait cette conférence afin d'alerter le public sur les dangers que posent ce genre de technologies pour la vie privée de chacun, il y a fort à parier que les responsables russes étaient plus intéressés par la manière d'apprendre à s'en servir que par les moyens de protéger les droits des personnes.

Même si vous n'avez jamais eu de compte Grindr, que vous n'avez jamais regardé de pornographie gay sur internet et jamais cliqué sur des articles liés aux LGBT+, dans un avenir pas si lointain, le simple fait de laisser vos yeux vagabonder librement pourrait vous coûter votre liberté. Dans The Age of Surveillance Capitalism, Shoshana Zuboff décrit comment les entreprises développent des outils toujours plus sophistiqués pour déterminer ce qui plaît à leurs clients. Par exemple, quand vous regardez une série, les producteurs veulent savoir quels personnages ou quelles scènes captent le mieux votre attention, afin de rendre les épisodes suivants encore plus addictifs. Demander leur opinion aux spectateurs est une méthode à la fois fastidieuse et peu fiable. Il vaut bien mieux traquer directement des signaux biométriques involontaires, comme le mouvement des yeux et la tension artérielle. La chaîne pourrait ainsi apprendre, par exemple, que 63% des spectateurs s'attachent à un personnage secondaire et qu'il serait donc une bonne idée de lui donner plus d'importance dans la suite de la série.

C'est exactement la même technologie qui pourrait révéler à la future police du genre que vous êtes secrètement un «traître à votre genre». Si les capteurs biométriques intégrés au poste de télévision révèlent qu'un homme en train de regarder la scène du baiser entre Jon Snow et Daenerys Targaryen a davantage les yeux fixés sur le héros macho que sur la Mère des dragons, la police du genre pourrait bien frapper à sa porte à 2 heures du matin pour investiguer plus avant.

Si vous pensez vous protéger en ne regardant jamais la télévision, en ne surfant pas sur internet et en jetant votre smartphone à la poubelle, que ferez-vous quand il y aura des caméras à tous les coins de rue et que des capteurs scruteront sans arrêt le comportement de chacun, dans les bars comme dans les écoles? En 2013, les autorités iraniennes ont ordonné aux propriétaires de cafés d'installer des caméras et de leur remettre les fichiers vidéo sur demande. En mars 2019, en Chine, le lycée Guangdong Guangya aurait acheté 3.500 bracelets biométriques pour surveiller les activités sportives des élèves, leur rythme cardiaque et le nombre de fois où ils levaient la main en classe. En croisant les données obtenues, les écoles du futur seront non seulement capables de dire qui s'est endormi pendant le cours de maths, mais aussi qui est tombé amoureux du prof.

L'association de technologies révolutionnaires et d'idéologies conservatrices pourrait conduire à la création des régimes les plus totalitaires de l'histoire.

Maintenant, multipliez cet exercice mental par des millions. Au cours des dernières années, la Chine a transformé sa province du Xinjiang en plus grand laboratoire de surveillance du monde. Dans le cadre d'une soi-disant tentative d'éradiquer «l'extrémisme islamique», les autorités chinoises surveillent en continu des millions de musulmans. Les gens sont obligés de donner des échantillons de leur ADN, de leur sang, leurs empreintes digitales, des enregistrements de leur voix et des scans de leur visage. Ces marqueurs permettent ensuite au gouvernement de traquer les activités personnelles, avec l'aide d'un réseau de caméras de surveillance à l'échelle nationale, d'appareils portables, de logiciels de reconnaissance faciale et d'algorithmes d'apprentissage automatique. Des capteurs sont placés partout, des marchés aux mosquées. Lorsque les algorithmes détectent des comportements suspects –le recours à une rhétorique religieuse, le port de vêtements musulmans traditionnels, peut-être le fait de se rendre trop fréquemment à la mosquée–, le «contrevenant» peut recevoir un avertissement de la police ou être expédié dans un camp de «rééducation». Des centaines de milliers de personnes auraient déjà été envoyées dans ce genre d'endroits.

Aujourd'hui, cette surveillance cible la minorité musulmane du Xinjiang, mais elle peut tout aussi facilement viser n'importe quel autre groupe susceptible de se retrouver dans le collimateur du régime. Que pourrait-il se passer, par exemple, si les responsables du système de crédit social chinois en train d'être mis au point décidaient qu'une histoire d'amour entre personnes de même sexe était un comportement antisocial qui vous vaudrait une diminution de votre score –et par conséquent, de votre capacité à intégrer des universités prestigieuses, obtenir un prêt ou acheter un billet d'avion? Le Xinjiang semble un lieu très lointain, mais nous vivons dans un univers mondialisé. Des agents de divers régimes se rendent en masse dans le Xinjiang ces temps-ci, pour en apprendre les méthodes et en acheter les technologies. L'association de technologies révolutionnaires et d'idéologies conservatrices pourrait très bien conduire à la création des régimes les plus totalitaires de l'histoire.

Shawn Zhang, étudiant chinois au Canada, s'est servi des images satellite de Google pour illustrer le boom des constructions des centres de rééducation et autres infrastructures de détention au Xinjiang.

Bien entendu, la technologie n'est pas une mauvaise chose en soi. J'ai rencontré mon mari il y a dix-sept ans grâce à l'un des tout premiers sites de rencontres gays, et j'éprouve une profonde reconnaissance à l'égard des ingénieurs et des entrepreneurs qui ont développé ce site. Comme je vis dans une petite ville israélienne conservatrice, le seul moyen dont je disposais pour rencontrer d'autres hommes était internet. Les personnes LGBT+ sont particulièrement vulnérables à la surveillance en ligne, précisément parce que les nouvelles opportunités qu'internet leur a apportées leur ont été si profitables. Par conséquent, mon message n'est pas que nous devrions tous nous déconnecter et stopper tout progrès technologique, mais plutôt que ces technologies donnent aux enjeux politiques une plus haute importance que jamais.

Au XXe siècle, les humains ont utilisé les mêmes technologies pour bâtir des régimes politiques très différents les uns des autres. Certains pays ont utilisé la radio, l'électricité et les trains pour créer des dictatures totalitaires, quand d'autres se sont servis de ces mêmes inventions pour faire naître des démocraties libérales. Au XXIe siècle, nous pourrons utiliser l'informatique et les biotechnologies pour construire soit le paradis, soit l'enfer, en fonction de nos idéaux politiques.

Rien n'est encore déterminé, et aussi sinistre que puisse sembler l'avenir à certains d'entre nous, il faut savoir qu'en 1969, il semblait plus sordide encore. La plupart des scénarios dystopiques qui terrifiaient les gens en 1969 ne se sont finalement pas réalisés, parce que beaucoup ont lutté pour qu'ils ne se concrétisent pas. Si vous voulez éviter les scénarios dystopiques du XXIe siècle, il existe de nombreuses manières d'agir. Mais le plus important, c'est de rejoindre un groupe. La coopération est ce qui donne de la puissance aux humains. La coopération, c'est l'essence des émeutes de Stonewall, le moment où un grand nombre de souffrances individuelles se sont cristallisées en un mouvement collectif. Avant Stonewall, les personnes LGBT+ menaient des luttes isolées pour leur survie contre un système terriblement injuste. Après Stonewall, suffisamment de personnes se sont unies pour pouvoir changer le système.

La leçon de Stonewall est tout aussi valable aujourd'hui qu'elle ne l'était en 1969, et elle s'applique à tous les humains, pas uniquement à ceux qui s'identifient comme LGBT+. Cinquante personnes qui travaillent ensemble en tant que membres d'un groupe organisé peuvent accomplir davantage que 500 individus. Les nouvelles technologies représentent les plus grand défis de notre histoire. Si nous voulons les relever efficacement, il nous faut nous rassembler. Je ne peux pas vous dire quelle organisation rejoindre –les bonnes options ne manquent pas–, mais je vous en prie, faites-le, vite. Faites-le dès cette semaine. Ne restez pas chez vous, à vous plaindre. Il est temps d'agir.

Yuval Noah Harari

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