Égalités / Monde

Un festival à Detroit annule sa tarification en fonction de la couleur de peau

Temps de lecture : 2 min

Reprise par tous les médias américains, la mesure avait déclenché une violente polémique.

«La structure des prix est établie pour soutenir les plus marginalisés», avançait l'organisation d'AfroFuture. | Vonecia Carswell via Unsplash
«La structure des prix est établie pour soutenir les plus marginalisés», avançait l'organisation d'AfroFuture. | Vonecia Carswell via Unsplash

Ça aurait dû être un micro-festival: 200 personnes, une ferme, un feu de camp, des percus, rien de plus. Selon les points de vue, c'est devenu ou bien une violation du Civil Right Act –la loi de 1964 qui avait mis fin à la ségrégation raciale–, ou bien un pied de nez à la suprématie blanche. Dans tous les cas, l'ampleur de l'AfroFuture a largement dépassé les frontières de Detroit, où il est organisé.

Principal motif du débat: la décision de l'organisation du festival d'établir un système de prix basé sur des considérations raciales –une place à 10 dollars en tarif early bird et à 20 dollars en tarif régulier pour une personne noire, le double pour une personne blanche.

L'écart est énorme, et selon l'organisation de l'évènement, parfaitement justifié. «La structure des prix est établie pour soutenir les plus marginalisés. Trop souvent à Detroit, les tickets les moins chers sont achetés et revendus par des gens qui n'appartiennent pas à notre communauté, parce qu'ils ont les moyens de le faire en premier», a-t-elle argumenté sur Twitter le 2 juillet.

Une jeunesse blanche plus riche, aux ressources technologiques et économiques discriminant les minorités, est une réalité des États-Unis, encore plus criante dans une ville qui a connu l'une des émeutes raciales les plus meurtrières du pays en 1967.

La solution apportée par l'organisation est cependant loin d'avoir fait l'unanimité, et n'a eu de cesse de diviser les communautés entre elles –et en leur sein– depuis son annonce.

Un débat virulent

Quelques jours après l'annonce de la tarification, la chanteuse métisse Tiny Jag a tweeté son refus de participer au festival. Elle précisait que dans ces conditions, y dédier comme elle comptait le faire une chanson à sa grand-mère blanche serait «révoltant». L'assimilant à une forme de rancune, elle a qualifié la mesure tarifaire de «non progressiste» auprès du Detroit Metro Times.

Il n'en fallait pas plus pour mettre le feu aux poudres à l'échelle nationale. Relayée par une majorité des médias américains, la mesure du festival de Detroit a déclenché une vive polémique sur les réseaux sociaux.

Un présentateur de Fox News a évoqué une violation des droits fondamentaux en matière de discrimination. «Bravo à vous, les radicaux de l'intersectionalisme. Vous êtes devenus les répliques exactes des racistes que vous prétendez combattre», a dénoncé un rappeur britannique. «Penser que les efforts faits pour aider la communauté noire pourraient gêner votre grand-mère blanche, c'est exactement la traduction de la suprématie blanche», a quant à elle ironisé Ijeoma Oluo, autrice de So You Want To Talk About Race.

De son côté, l'organisation a continué d'assurer qu'il était normal que «les Noirs et les Métisses aient accès aux mêmes évènements que les Blancs dans leur propre ville».

C'est finalement le site hébergeur, Eventbrite, qui a mis fin à la polémique, moins d'une semaine après la mise en ligne du tweet déclencheur. «Nous n'autorisons aucun évènement pour lequel les participants doivent payer un prix différent en fonction de [...] leur race ou leur ethnicité», a assuré un porte-parole d'Eventbrite au Washington Post. AfroFuture a alors choisi de retirer sa tarification différenciée pour se conformer aux conditions du site.

Pour le moment maintenu, le petit festival a eu le mérite d'apporter de l'eau au moulin du débat sur les réparations de l'esclavage aux États-Unis.

Slate.fr

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