Société / Monde

Pour survivre, un quart des jeunes profs aux États-Unis cumulent des petits jobs

Temps de lecture : 2 min

Quand enseigner rime avec précarité.

«Il y a des jours où je n'ai pas donné le meilleur de moi-même comme professeur –je n'avais plus rien à donner.» | NeONBRAND via Unsplash
«Il y a des jours où je n'ai pas donné le meilleur de moi-même comme professeur –je n'avais plus rien à donner.» | NeONBRAND via Unsplash

Le coup de gueule d'une partie du corps enseignant contre la réforme du lycée de Jean-Michel Blanquer, qui s'est notamment manifesté par la retenue de 30.000 copies à la veille des résultats du bac, trouve un écho favorable de l'autre côté de l'Atlantique.

Aux États-Unis aussi, les grèves se multiplient. Le principal grief des profs: des salaires insuffisants, particulièrement dans les premières années d'enseignement, qui obligent à trouver un ou plusieurs petits jobs à côté.

Une étude du Pew Research Center reprise dans un article de Quartz révèle qu'au total, 16% des enseignant·es complètent leurs revenus avec un autre travail pendant l'été. Cette moyenne cache de fortes disparités entre les âges: sous la barre des 30 ans, 26% doivent suppléer à leur salaire, contre 16% entre 30 et 39 ans, 14% entre 40 et 49 ans et 12% au-dessus de 50 ans.

Sans doute n'est-il pas ahurissant de cumuler les jobs dans un pays qui a vu naître le multitasking et les gig workers. Sauf que les profs sont trois fois plus susceptibles de le faire que le reste de la population active américaine.

Ressources indispensables

Dans une série de photos publiée en 2018 dans le New York Times, Brian Ulrich dévoile les visages de ces enseignant·es menant une double existence.

Laveuse de carreau, barista, jardinier, caissier, employé d'usine et même croupière, le photographe les immortalise en uniforme d'une grande chaîne de restauration, dans les locaux de leur usine ou avec un sécateur à la main. On peine à imaginer sous leurs habits et leurs traits tirés la prof de maths, celui d'anglais ou d'histoire.

Si ces ressources complémentaires restent secondaires (entre 7% des revenus annuels pour les jobs d'été et 9% pour les deuxièmes boulots au cours de l'année scolaire), elles sont souvent indispensables pour subvenir aux dépenses quotidiennes et surtout futures. «Je veux que mes enfants aillent à l'université», annonce la croupière au photographe. «J'attends un bébé et je n'ai pas de congé maternité payé», explique quant à elle la barista.

Aux États-Unis, le salaire médian des profs est estimé à 60.000 dollars par an (environ 53.500 euros, soit un salaire mensuel de presque 4.500 euros). Mais le montant varie considérablement entre les États et selon le niveau d'ancienneté.

Pour les jeunes, le salaire à l'embauche tombe à 40.000 dollars annuels, et dans certains États comme l'Oklahoma à moins de 32.000. S'il était besoin de renforcer leur frustration, les profs constatent souvent des salaires bien plus élevés chez d'autres diplomé·es au niveau d'études équivalent.

«Nous avons atteint un niveau de crise», alerte Randi Weingarten, directrice de la Fédération américaine des professeurs, qui souligne que 200.000 personnes ont quitté l'enseignement avant l'âge de la retraite.

Et pour celles et ceux qui restent? «Il y a des jours où je n'ai pas donné le meilleur de moi-même comme professeur – je n'avais plus rien à donner», reconnaît Bryant Andrew Jr, instituteur à Oklahoma City, pointant le malaise que beaucoup de profs ressentent aux États-Unis.

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