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Pour porter un bracelet électronique aux États-Unis, mieux vaut être riche

Temps de lecture : 2 min

Afin de réaliser des économies, les villes et les États font financer le dispositif par les personnes accusées.

Aux États-Unis, le bracelet électronique a été mis en place sous le principe de «financement par le délinquant». | Denis Charlet / AFP
Aux États-Unis, le bracelet électronique a été mis en place sous le principe de «financement par le délinquant». | Denis Charlet / AFP

Au cours du dernier demi-siècle, le nombre de personnes placées derrière les barreaux aux États-Unis a augmenté de plus de 500%, pour atteindre aujourd'hui 2,2 millions.

Ce boom extraordinaire est souvent attribué à la sévérité des lois américaines de détermination des peines: même si le taux de criminalité est en baisse depuis les années 1990, le nombre de personnes enfermées et la durée moyenne de leur séjour ont augmenté. Selon le Bureau des statistiques judiciaires, le coût de la détention en dollars courants est passé de 19 milliards en 1980 à 87 milliards en 2015.

Réfléchissant à une alternative à l'incarcération massive, les responsables politiques de tous bords se sont montré·es favorables à une expansion du recours au bracelet électronique. Selon le site Quartz, 125.000 de ces dispositifs étaient en service à travers les États-Unis en 2015, contre 50.000 dix ans plus tôt. Beaucoup sont portés par des personnes en liberté conditionnelle ou en attente de procès.

Le New York Times relève que le facteur de loin le plus décisif dans cette décision a été le gain financier réalisé grâce à la manœuvre. Même si le gouvernement fédéral prend en charge certains services de surveillance, les États et les villes supportent environ 90% des dépenses concernant les prisons et les établissements pénitentiaires. Pour faire des économies, le bracelet électronique a été mis en place sous le principe de «financement par le délinquant».

Cercle vicieux

À Saint-Louis, dans le Missouri, la détention d'une personne en attente de jugement coûte environ 90 dollars par jour, pour une durée moyenne de séjour de 291 jours en 2017. En faisant appel à l'Eastern Missouri Alternative Sentencing Services (Emass), une société qui s'occupe de vendre et de poser des bracelets électroniques, le coût pour la ville est nul, tandis que les personnes condamnées paient 10 dollars par jour plus le prix de la pose de l'appareil.

L'Emass a peut-être permis aux villes et aux États d'économiser de l'argent, mais elle a surtout créé une nouvelle dépense extraordinaire et arbitraire pour les plus pauvres. Si vous n'avez pas les moyens de financer votre bracelet, tant pis pour vous: vous retournez directement devant le juge et payez à l'Emass des intérêts en fonction du délai de retard; si vous ne pouvez pas, vous allez en prison.

Porter un bracelet électronique autour de la cheville rend la recherche de travail, déjà compliquée pour les personnes les plus défavorisées, encore plus ardue –à la fois à cause de l'image négative qu'il renvoie et à cause des différentes restrictions qu'impose un tel fardeau.

Si vous êtes pauvre, le piège se referme rapidement sur vous: supporter le coût de son bracelet électronique en travaillant devient impossible, vous n'êtes pas en mesure de payer l'Emass, et vous atterrissez en prison. En somme, si vous êtes accusé·e aux États-Unis, mieux vaut être riche.

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