Boire & manger / Société

Fabriquer de la bière avec des corn flakes, c'est chose faite

Temps de lecture : 2 min

Un geste contre le gaspillage alimentaire inventé par sept frères brasseurs à Manchester.

Il suffit de remplacer le malt par vos céréales de petit-déjeuner, tout simplement. | Alex McCarthy via Unsplash
Il suffit de remplacer le malt par vos céréales de petit-déjeuner, tout simplement. | Alex McCarthy via Unsplash

Boire plus pour gaspiller moins, ça ressemble à un proverbe douteux, mais c'est le concept de bière antigaspi imaginé par une brasserie de Manchester, la Seven Bro7hers Brewery. Le principe est simple. Il s'agit de remplacer partiellement le malt, la céréale habituellement utilisée dans la bière, par vos céréales de petit-déjeuner jetées parce qu'elles ne sont pas aux normes commerciales.

Pas aux normes? Trop cuites, trop grosses ou trop petites, nos céréales industrielles sont soumises à un contrôle technique impitoyable pour plaire aux consommateurs et consommatrices exigeantes que nous sommes. Dans les usines, une grande partie des stocks est mise à la poubelle. Face à ce constat, les sept frères se sont ainsi tournés vers le géant de l'agroalimentaire Kellogg's pour lui proposer de réutiliser ses céréales, afin d'en faire de la bière. En 2018, ils ont lancé la première bière brassée avec des pétales de maïs recyclés (les traditionnels Corn Flakes). En juin de cette année, il ont sorti la bière brune aux Coco Pops et une blonde aux Rice Krispies.

La bière du futur

La bière recyclée rentre dans le champ de l'upcycling ou surcyclage, une forme de recyclage par le haut de déchets en produits de bien meilleure qualité. «Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme», disait Lavoisier en parlant de la chimie. Cette maxime s'applique aujourd'hui avec une véritable résonnance écologique. D'après l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, environ un tiers de ce que nous consommons est jeté, enfoui dans la terre et à l'origine de 8% des émissions de gaz à effet de serre. Avec les 88 millions de tonnes d'aliments que l'Europe jette chaque année, on pourrait nourrir un milliard de bouches, soit l'intégralité des personnes qui souffrent de malnutrition dans le monde. L'impact social et écologique du gaspillage alimentaire n'est pas à démontrer, il est à combattre.

D'autant que réutiliser des corn flakes pour faire de la bière, ou encore des restes de pain comme ça a déjà été fait en France, n'a rien d'insurmontable. «Le procédé est plus ou moins le même que pour toutes les bières», atteste Keith Mc Avoy, un des brasseurs de la Seven Bro7hers Brewery. Mais le concept pourrait avoir un véritable impact sur le gaspillage alimentaire. Grâce à ce genre d'initiatives, Kellogg's affirme avoir réduit de 12,5% sa proportion de stocks jetés. Et si la bière vaut le coup? «On doit tout le temps en recommander», raconte un distributeur de Manchester.

Cependant, gardons en tête que le gaspillage industriel n'est qu'un maillon de la chaîne du gaspillage alimentaire. Selon une étude de l'Ademe publiée en 2016, sur l'ensemble de la nourriture jetée, seuls 21% seraient imputés à la transformation. Le reste se répartirait entre la production agricole (32%), la distribution (14%), la consommation (33%). La bière au Coco Pops est loin de constituer à elle seule la révolution de l'alimentation dont nous avons besoin.

Slate.fr

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