Santé / Tech & internet

Facebook censure des associations de prévention sur l'usage des drogues

Temps de lecture : 2 min

Dans sa lutte contre les opiacés, il semblerait que le réseau social fasse erreur sur la personne.

Considérant des publications de prévention comme une incitation à la drogue, Facebook censure sans modération. | Thought Catalog via Unsplash
Considérant des publications de prévention comme une incitation à la drogue, Facebook censure sans modération. | Thought Catalog via Unsplash

Alors que la crise des opioïdes fait rage aux États-Unis, Facebook s'est lancé dans plusieurs campagnes pour sensibiliser à l'usage de ces drogues qui tuent près de 130 Américain·es par jour. Parallèlement, pour enrayer la vente de drogue en ligne, le contrôle sur les publications est renforcé. Légère ombre au tableau cependant: dans son excès de zèle, le site censure aussi les acteurs de la prévention contre la drogue, en particulier ceux qui en promeuvent une consommation moins risquée.

Quand elle a publié un post contenant son contact, Louise Vincent, directrice à l'Urban Survivors Union, l'a vu supprimé de Facebook. Dans une interview pour Vice, elle raconte: «Mon adresse mail pro semble être une violation des standards de la communauté sur Facebook.» Standards qui stipulent par ailleurs que «toute tentative d'achat, de vente ou d'échange de substances non-thérapeutiques, de médicaments et de marijuana par des particuliers, producteurs ou commerçants» est interdite. Sauf que Louise Vincent n'est pas revendeuse et qu'Urban Survivors Union est une organisation qui vise précisément à aider les personnes dépendantes.

Dans le débat sur les drogues, il existe deux positions dominantes: la prohibition totale ou le laisser-faire. Entre les deux se place un concept anglo-saxon: le «harm reduction» ou en français, la prévention des risques liés à l'usage des drogues. Ainsi, à la tolérance zéro, on préférera une consommation responsable et moins risquée. En offrant seringues, pailles stérilisées et lieux encadrés, ces organisations constituent une vraie communauté, à l'image des salles de shoot récemment ouvertes en France. Considérant ces positions comme une incitation à la drogue, Facebook fait œuvre de censeur. Une attitude bien politique pour un réseau social qui se voudrait neutre.

Censure inconsidérée

En tout, six organisations racontent avoir été limitées, voire totalement bloquées. C'est le cas du Workplace de l'Urban Survivors Union, une plateforme de travail collaboratif qui rassemblait vingt-et-un groupes d'aide à la réduction des risques. Bunk Police, une organisation qui vend des tests de dépistage de drogue, a quant à elle vu ses annonces supprimées du réseau social en moins d'une semaine. «J'ai mis en ligne une manière de sensibiliser à l'usage des drogues, ils ont dit que j'en faisais la promotion», a tweeté le responsable de la communication de Bunk Police.

À Vice, Facebook ne répondra qu'en rappelant les vagues énoncés des standards de la communauté. Et quand le magazine les mettra devant l'imprécision des termes, et rappellera les cas de l'Urban Survivors Union et de Bunk Police, le porte-parole du site expliquera que son principal objectif est de réduire les incitations aux drogues et sa vente sur le réseau –pas de faire de la prévention des risques ou des discours politiques. Si le débat sur l'efficacité de la prévention des risques plutôt que l'interdiction des drogues est loin d'être tranché, il semblerait qu'en censurant ce type de publications, Facebook ait en tout cas pris position.

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