Culture

Je ne suis pas doué pour le bonheur

Temps de lecture : 2 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] C'est une malédiction et c'est une bénédiction mais en toute circonstance, je demeure profondément insatisfait.

Il n'existe pas de bonheur pour ces êtres-là, juste une satisfaction passagère. | Victor Björkund via Flickr
Il n'existe pas de bonheur pour ces êtres-là, juste une satisfaction passagère. | Victor Björkund via Flickr

C'est le propre des esprits inquiets. Cette incapacité à se saisir de l'instant présent pour toujours se projeter dans un lointain dont les vagues contours apparaissent comme troubles, nimbés d'un halo d'angoisse. Cette inadéquation entre un monde qui va trop vite, bien trop vite, déborde de partout et ce constant besoin de calme, de solitude, de paix. Cette aspiration à être hors du monde et ce désir d'en découdre avec lui.

Oh et puis ces inquiétudes qui jamais ne s'effacent. Cette perplexité à exister qui sans cesse vous tourmente et vous laisse désemparé, au bord de l'asphyxie. Cette façon bien particulière de toujours se questionner sans jamais s'accorder une seconde de répit de peur de sombrer dans une facilité des sentiments qui aurait quelque chose de vulgaire ou de trompeur. Cette vie qui blesse, heurte, froisse sans qu'on sache comment lui résister, pris dans l'engrenage de pensées, toutes tournées vers une lucidité qui parfois empêche même de respirer.

C'est une malédiction et c'est une bénédiction. Sans ces démangeaisons de l'âme, combien la vie nous paraîtrait terne et monotone. Combien on s'ennuierait. Combien on resterait là, vide et atone, orphelin de cette angoisse qui nous pousse à aller toujours plus loin dans la compréhension du monde, cette appétence de connaissances, cette envie de tout savoir sur tout afin de trouver un sens à toute cette démesure qui nous entoure et nous encercle.

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Ce n'est pas une vie de tout repos. D'ailleurs à peine a-t-on achevé quelque entreprise, à peine a-t-on recueilli les fruits de son labeur, à peine sommes-nous arrivés à bon port que déjà nous pensons aux épreuves à venir, aux défis à relever, aux écueils à éviter. Il n'existe pas de bonheur pour ces êtres-là, juste une satisfaction passagère qui s'estompe aussitôt remplacée par une inquiétude de ne jamais retrouver cette appétence à toujours se sublimer, à toujours se remettre en question, dans une lutte perdue d'avance qui pourtant nous obsède et nous maintient en vie.

Ce n'est pas le malheur, ce ne sont pas les soucis du quotidien, c'est encore autre chose, une fébrilité latente, un questionnement perpétuel où dansent les ombres de la mort, de la maladie, des infortunes du destin, des caprices du hasard, de tout cet écheveau de possibilités qui semblent nous être promises comme si nous avions à subir les sortilèges d'une malédiction impossible à définir ou à appréhender et dont, malgré nous, nous finissons par nous amouracher.

On ne sait pas vivre autrement. On essaye parfois. On s'enivre, on se fuit, on s'échappe mais c'est pour mieux se retrouver. Rien ne nous apaise vraiment, ni le succès, ni les récompenses, ni la reconnaissance, ni l'argent, ni rien. Nous ne savons pas vivre: nous avons perdu le mode d'emploi. Les villes nous agressent, les campagnes nous ennuient. On rêve à des ailleurs qui n'existent pas. On ne comprend pas vraiment les autres, ils nous sont étrangers comme si nous habitions dans des univers différents. On les envie. Chez eux, tout semble aller de soi, s'accomplir sans effort. Ils sont bien dans leur peau, à l'aise en société; ils ne connaissent ni le doute ni l'angoisse, ils vont dans la vie comme si rien ne pouvait perturber leur marche en avant.

Nous ne pouvons nous empêcher de les admirer. D'où tirent-ils leur force? Ils semblent inébranlables. Nous, une simple virgule nous abat. Pourtant sans nous, les musées seraient vides, les bibliothèques désertes, les salles de concert muettes… et les hôpitaux psychiatriques à l'abandon.

Nous sommes des perdants magnifiques.

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