L'Iran sous la menace des bombes
Si les Etats-Unis n'attaquent pas l'Iran, d'autres risquent de le faire et notamment Israël.
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Barack Obama a profité à nouveau du Nouvel an perse - Norouz - pour s'adresser directement, le 19 mars, au peuple iranien. Exactement an après avoir proposé «un nouveau départ» à la République islamique, le président américain a de nouveau tendu la main à Téhéran. «Notre offre de contacts diplomatiques et de dialogue reste valable», assure-t-il, dans cette vidéo postée sur le site de la Maison blanche.
Mais si l'an dernier son message, diffusé en farsi, revêtait un caractère exceptionnel à la fois sur le fond et sur la forme - dans l'euphorie de son élection et sa volonté de changement, le président américain proposait aux Iraniens de tourner la page des trente dernières années de conflit , ce nouvel appel au dialogue sonne creux. Les négociations sur le nucléaire iranien semblent dans une impasse et entre temps le président Mahmoud Ahmadinejad a remporté une élection présidentielle contesté et réprime brutalement l'opposition.
Analysons sérieusement la situation: Barack Obama ne va tout de même pas bombarder l'Iran. Ce n'est pas parce qu'il est progressiste ou pacifiste. Ni parce qu'il n'a pas le cran d'essayer de «sauver» sa présidence comme le veut l'usage et comme le voudrait Sarah Palin.
Le président américain ne fera pas bombarder les sites nucléaires de l'Iran pour les mêmes raisons que George W. Bush ne l'a pas fait. Et ces raisons, les voici: on ne connaît pas précisément l'emplacement de toutes les installations nucléaires de l'Iran et on ne sait pas si un raid militaire interromprait le programme nucléaire iranien pour plus de quelques mois. D'autre part, en ce moment, les Etats-Unis ne veulent pas avoir à gérer d'éventuelles représailles iraniennes - qui viseraient des soldats israéliens et américains, par l'intermédiaire des alliés de l'Iran basés en Irak, en Afghanistan, en Palestine et au Liban. Il s'agit aussi d'éviter une envolée instantanée des cours du pétrole. Aucun président des Etats-Unis ayant posément étudié la situation ne déciderait de lancer une nouvelle «guerre de choix» alors que l'armée américaine est toujours activement engagée sur deux autres fronts. D'ailleurs, aucun président américain ne pourrait s'attendre à ce que la population soutienne durablement une telle décision.
Mais si Barack Obama choisit de ne pas bombarder l'Iran, rien n'empêche une autre puissance de le faire. Actuellement, alors que Washington ne sait plus où donner de la tête entre la réforme de la santé et les conséquences de l'élection sénatoriale perdue du Massachusetts, on peut avoir l'impression que les principales retombées qu'Obama devra assumer - qu'elles soient positives ou négatives - concerneront la politique intérieure et non pas étrangère. Toutefois, l'heure décisive de la présidence d'Obama pourrait arriver un jour à 2 heures du matin, quand il recevra un coup de téléphone du Premier ministre israélien qui lui apprendra qu'Israël vient de mener un raid contre les sites nucléaires iraniens...
Ce scénario n'est pas à exclure. D'aucuns se disent que si les Israéliens étaient si emballés par les raids de bombardement, ils les auraient déjà menés. En effet, ils n'ont eu aucun scrupule à envoyer 8 avions en Irak pour détruire le réacteur nucléaire de Saddam Hussein en 1981 ou à bombarder une présumée installation nucléaire syrienne en 2007. Ces deux actions sont aujourd'hui considérées comme des opérations modèles. Elles ont été brèves. Elles ont réussi, n'ont pas engendré de représailles sérieuses et ont même acquis la réputation de mesures défensives légitimes aux yeux de la communauté internationale.
Le contexte iranien est différent, comme le reconnaît volontiers Zeev Raz, le commandant de l'escadrille qui a mené le raid de 1981. «Il n'y a pas de cible unique qu'on puisse bombarder avec 8 avions», a-t-il déclaré à The Economist (dans un article particulièrement tragique, selon lequel M. Raz - dont les enfants qui ne se sentent plus en sécurité ont fait des demandes de passeports étrangers - «transpire le désarroi»). Les Israéliens, comme tout le monde, ont des doutes à propos de l'efficacité des raids, c'est pourquoi ils ont largement pratiqué le sabotage et même mené des initiatives diplomatiques officieuses, malgré l'absence de relations diplomatiques avec l'Iran, dans l'espoir de ralentir le développement nucléaire. Par ailleurs, l'Etat hébreu a discrètement étudié les moyens de dissuasion face à l'Iran, en sachant qu'il continuera d'avoir l'avantage en matière de technologie nucléaire au cours des trente prochaines années. Bien que le gouvernement israélien n'écarte aucune possibilité, il estime pour l'instant qu'effectuer des bombardements, avec les conséquences que cela suppose, n'est pas une option souhaitable.
Mais la stratégie israélienne est susceptible de changer. Puisque les Américains ont tendance à croire que le monde entier pense comme eux, il convient de rappeler l'évidence: de nombreux Israéliens considèrent que le programme nucléaire iranien est une question de vie ou de mort. L'idée d'un Iran nucléarisé n'est pas une simple menace gênante mais lointaine. Elle s'inscrit directement dans la logique des attaques provocatrices du président iranien à l'encontre de l'Etat hébreu. N'oublions pas que Mahmoud Ahmadinejad remet en cause le droit d'exister d'Israël et soutient ouvertement les historiens négationnistes! Si vous voulez rendre les Israéliens paranoïaques, laissez entendre qu'ils pourraient être les victimes d'un massacre de grande ampleur. C'est exactement ce que fait Mahmoud Ahmadinejad.
Si Obama reçoit ce coup de téléphone à 2 heures du matin, inutile de dire qu'il y aura des représailles, et que certaines viseront les Etats-Unis, leurs navires, leurs troupes en Irak... Autant que l'Amérique soit préparée à cette éventualité! Contrairement à Sarah Palin, je ne crois pas qu'Obama élèvera sa présidence en bombardant l'Iran, tel un personnage sorti du film Des hommes d'influence. En revanche, j'espère que la Maison Blanche est prête, militairement et psychologiquement, non pas pour une guerre de choix, mais pour une guerre de nécessité justifiée. Car, au fond, il s'agit de la réalité, pas d'un film de Hollywood.
Anne Applebaum
Traduit par Micha Cziffra
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Image de Une: Vue par satellite de l'emplacement de l'usine secrète d'enrichissement uranium près de Qom Reuters
Mis à jour le 21/03/2010 à 12h59










































J'ai lu cet article avec intérêt, comme je le fais avec tous les autres articles publiés sur slate. J'ai quelques remarques à faire :
- Le sujet est très sérieux, il s'agit de parler de guerre (une guerre réelle pas d'une guerre sur une console de jeu). Une guerre ou il y aurait des morts, des blessés et des destructions. Il faut faire preuve de retenue en tant que journaliste. Il faut pas faire les "va t-en guerre". Il faut donner l'information aux lecteurs, toute l'information, la plus neutre possible. J'ai pas ressenti cela en lisant l'article.
- Il y a un parti pris flagrant "En revanche, j'espère que la Maison Blanche est prête ...". Le "je" reflète qui, l'auteur ou qui ? Au nom de qui parlait l'auteur de l'article?
- Maintenant au sujet de la "bombe Iranienne" que rien ne prouve pour l'instant (On a aussi parlé d'armes de destruction massive de Saddam, mais on les a jamais trouvés). Est-elle plus dangereuse que la "Bombe Israélienne" qui elle est réelle. L'inde et le Pakistan, deux ennemis jurés, ont chacun la bombe, mais, malgré les tensions qui ont eu entre les deux pays, personne n'a osé ou n'osera l'utiliser. C'est une arme de dissuasion, c'est malheureux, mais c'est cela.
- Au lieu d'interdire ça ou cela à tel ou tel pays (Il faut le faire mais je pense que les pays détenteurs de l'arme nucléaire sont mal placés pour le faire, il faudrait qu'ils donnent la preuve de leur désarmement nucléaire pour qu'ils deviennent crédibles). il faudrait essayer de régler les problèmes de l'humanité pacifiquement.
- En fin, j'espère qu'on arrivera à créer un monde ou il n'y aurait plus de place aux 'armes nucléaires.
Cordialement
Ce n'est pas en déclenchant une guerre "préventive" qu'on obtient la paix et la sécurité. Tout état devrait pouvoir vivre en paix et ne pas être bombardé sous prétexte que des états militairement puissants ne le trouvent pas sympathique ou docile. Le président iranien Ahmadinejad, comme bien d'autres, n'est surement pas un saint, mais il est délibérément diabolisé et ses propos sont déformés, mal traduits pour en faire l'homme à abattre. Il est certainement négationniste, mais rien ne dit qu'il veut s'en prendre militairement à Israël. Il n'a pas dit qu'il faudrait "rayer Israël de la carte" mais, selon lui, qu'il faudrait que cesse le régime sioniste. "Alors qu'une énorme campagne de propagande, orchestrée par Washington et Israël, dénonce le fait que l'Iran souhaite rayer Israël de la carte, l'ONU confirme que la traduction de cette phrase d'Ahmadinejad est erronée". La traduction exacte : « L'Imam a dit que ce régime occupant Jérusalem doit disparaître de la page du temps » source :
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=17565
On peut ne pas être d'accord avec lui, mais il faut admettre que ce n'est pas avec d'éventuelles bombes nucléaires qu'on peut faire cesser un régime sioniste. De même, ce n'est pas en bombardant des sites nucléaires ou même tout un pays qu'on obtiendra la sécurité. Sinon il faudrait bombarder les 2/3 de la planète de façon préventive. A-t-on pensé aux retombées radioactives qui seront provoquées par les bombardements des sites nucléaires ? Après la guerre du golf II et l'utilisation d'armes à l'uranium appauvri, on a enregistré à Londres une augmentation de la quantité d'éléments radioactifs dans l'atmosphère. "Sécurité totale" et "zéro défaut" sont des leurres quand ils ne sont pas de simples prétextes.
L'Iran maîtrise, semble-t-il, la technologie d'enrichissement, mais on pense généralement qu'il n'a pas encore toute la compétence pour développer une ogive nucléaire.
Les sites nucléaires iraniens sont dispersés, vraisemblablement durcis et parfois situés près de grandes villes (pour dissuader des bombardements massifs). Cela pourrait nécessiter de nombreuses vagues de bombardements ciblés de l'aviation israélienne pour réduire la capacité nucléaire iranienne, soit autant de risques pour cette aviation.
Les Iraniens essaient de se procurer des missiles air-sol S-300 qui représenteraient une solide défense anti-aérienne supplémentaire.
Quand aux représailles de l'Iran et de ses amis, qui toucheraient Israël et ses alliés , en premier les USA, elles sont très difficiles à évaluer, mais pourraient être importantes.
Le marché du pétrole subirait sans doute des contrecoups inopportuns en sortie de récession.
Le Hezbollah et le Hamas pourraient lancer à nouveau des roquettes sur Israël et déclencher une nouvelle Intifada.
Compte tenu de ces aléas, la fenêtre de tir d'Israël est réduite, mais il est certain que les USA feront tout pour les dissuader de faire ces frappes préventives.
Officiellement l'Iran ne souhaite pas développer l'arme nucléaire mais utiliser le nucléaire comme source d'énergie. Personne ne croit à ça mais l'iran est disposée à accepter des inspections et des controles.
Aussi naîf que je puisse paraître,je voudrais comme meme comprendre pourquoi les occidentaux, qui disposent de moyens technologiques importants pour controler le nucléaire iranien, ne laissent pas l'iran produire le nucléaire pas très enrichi à des fins pacifiques sous leur controle; surtout qu'il est difficile de faire admettre à un pays qu'il n'a pas droit de développer de l'énergie nucléaire alors que les occidentaux le font.
Madame,
Je ne rentrerai pas dans les arguments pour ou contre une capacité nucléaire iranienne. D'autres les ont très bien résumés.
Mais je tiens à vous dire que je trouve votre article d'une indécence, ou au mieux d'une naïvété, affligeante.
Serait-il possible que vous n'aviez pas vécu ou compris ce qui se passait lors de la préparation de la guerre d'Irak sous Bush?
La même hystérie dans les média, les mêmes "mises en garde" (oh là là ces WMD!) la même préparation psychologique ( 'il pourrait avoir des morts américains...'), etc. etc.
Les faucons aux USA n'ont-ils rien appris? Etes-vous tous devenus des 'Palin'? N'avez-vous pas vu que ce triste spectacle, suivi d'une guerre désastreuse, a ridiculisé votre pays aux yeux du monde adulte? Et vous voulez en remettre une couche?
Heureusement vous avez un Président qui vole au dessus de tout cela et que le monde entier le respecte (pace Palin)
Comme si nous n'avions pas tous compris qu'encore une fois il s'agit d'un pays pétrolier qui est en cause (tandis que pour la bombe de la Corée du Nord, pays raisonnable et démocrate, on s'en fout!).
Ne venez pas donc nous affliger encore une fois avec ces propos médiatiques et guerriers et qui sont, en l'occurence, très proches des objectifs des lobbies petroliers et Israèliens.
Si vous ne parlez pas le français je suis à votre service pour vous fournir une version anglaise de ce commentaire. Je pense représenter le point de vue de pas mal d'Européens sur cette question.
Je crois que vous avez mal compris l'article d'Anne Applebaum. Cette journaliste américaine ne cherche pas à nous convaincre du bien-fondé d'une guerre contre l'Iran, au contraire elle nous expose les raisons majeures et indiscutables pour éviter tout conflit dans cette zone fragile du monde. Cela étant, ce n'est pas parce qu'on ne veut pas la guerre que celle-ci est évitée, cela n'empêche pas de s'y préparer et ainsi d'essayer de prendre en amont les mesures allant dans ce sens comme par exemple d'exercer des pressions sur les autorités Israéliennes pour ralentir ou diminuer leurs ardeurs guerrières; rappelons quand même qu'une guerre Israël-Iran est possible sinon probable et que l'intérêt des USA et des lobbies pétroliers est de l'éviter par tous les moyens.
Dans son article, Anne Applebaum cherche principalement à soutenir ceux qui peuvent, par leur fonction au sein de l'autorité américaine, essayer de stabiliser la situation du Golfe Persique et pour cela il faut se preparer à faire face à toute les situations envisageables, qu'elles plaisent ou non!
NB: Je vous conseille de lire l'article complet:
http://www.slate.com/id/2245619/
Bravo! Bien écrit, clair et justissime!
Je souscris mot par mot et profite de l'occasion pour vous remercier de votre derneir message, comme je remercie encore une fois Marianne et surtout Mayombe dont la "poésie" derrière ses mots m'a aidé à me souvenir de celle que je suis malgré l'apparence chimique...
Tout d'abord, pour répondre aux critiques qui ne manqueront pas de suivre, je ne suis pas un simple va-t-en-guerre persophobe et je ne pense pas qu'un Iran fortement diminué serait un facteur stabilisant de la région.
Toutefois, je doute que nous échappions à une neutralisation du potentiel nucléaire iranien.
1) L'Iran est le seul régime concourant à l'obtention de l'arme nucléaire qui a pour objectif affiché l'annihilation d'un autre Etat. L'arme nucléaire est une arme de non-usage. L'Iran ce propose de changer la donne.
2) Certes le pouvoir en place est peut être moribond mais je doute que cet outil entre ses mains au risque de l'utiliser pour se maintenir soit une option envisageable et même un nouveau régime plus acceptable avec un tel outil et un contrôle non fiable sur elle ne le serait pas plus.
3) Sur les doutes sur la détection des cibles, je ne crois pas aux sites à la fois dispersés et secrets en Iran. Les activités dont nous parlons demandent des hommes, du matériels et de l'énergie, bref une logistique tout sauf discrète au milieu de nulle-part. Des allers et venues de camion et une ligne à haute tension sont dur à cacher longtemps. Si l'Iran a avoué l'existence d'un nouveau site, c'est qu'ils ont su que les Occidentaux allaient l'annoncer et qu'ils ont voulu éviter l'effet d'annonce de leur mensonge.
4) Une attaque aura des effets déstabilisants qu'il faudra contenir mais je ne vois pas en quoi l'inaction permettrait de lutter plus efficacement contre ces facteurs.
5) Cette option n'est naturellement pas à opposer à toutes les autres. Elle doit s'y intégrer dans une démarche d'ensemble.