Sciences / Société

Votre arrière-petit cousin peut trahir votre crime parfait

Temps de lecture : 2 min

La recherche ADN prend un tournant dans les enquêtes policières aux États-Unis puisqu'elle est désormais, en plus d'un motif de suspicion, un motif de condamnation.

Il vous suffit d'avoir quelque cousine qui partage un de vos seize arrière-grands-parents pour retracer vos origines communes. | Annie Spratt via Unsplash
Il vous suffit d'avoir quelque cousine qui partage un de vos seize arrière-grands-parents pour retracer vos origines communes. | Annie Spratt via Unsplash

La recherche ADN couplée à la génétique avait déjà fait ses preuves à l'été 2018, dans l'arrestation d'un serial killer notoire de la côte ouest américaine. Le 1er juillet 2019, un homme suspecté d'un double meurtre datant de 1987 a été inculpé par la justice américaine grâce à la même technique. C'est une révolution pour la recherche criminelle: jusque-là, jamais l'emploi de cette méthode n'avait été reconnue comme une preuve irréfutable de culpabilité. La généalogie génétique mérite d'être éclaircie.

Développée par Cece Moore, une ex-publicitaire renconvertie en détective généalogique, la technique a tout d'un bon polar; il suffit de l'ADN retrouvé sur les lieux du crime. Habituellement, l'échantillon n'était confronté qu'aux bases de données de la police –contenant uniquement les ADN de personnes déjà arrêtées et bien souvent racisées– et la comparaison permettait ou bien une identification directe du suspect, ou rien du tout.

Mais l'Américain·e blanc·he est désormais en quête de sa propre histoire. Plus de 26 millions de personnes sont inscrites sur des plateformes de recherche généalogique comme GEDmatch, où pour moins d'une centaine d'euros, on peut se chercher un ADN commun avec un·e autre membre de la plateforme.

Cousin au troisième degré, crime démasqué

Ainsi suffit-il d'avoir quelque cousine au troisième degré (c'est-à-dire qui partage un de vos seize arrière-grands-parents) pour remonter jusqu'à très loin dans les origines d'un individu. Un peu de mathématiques nous apprennent que nous avons environ 800 cousin·es au troisième degré. Pas compliqué d'imaginer, parmi les 800, au moins une personne enthousiaste qui a voulu savoir si oui ou non, elle avait du sang indien. Grâce aux registres civils, on peut retracer un très grand nombre d'arbres généalogiques. De cette manière, retrouver l'ADN exact d'une scène de crime en redescendant les branches de la généalogie s'avère (presque) facile.

C'est ce qu'il s'est passé pour l'affaire William Talbott. En 1987, deux ados canadien·nes, en vacances en couple, sont retrouvé·es assassiné·es à plusieurs dizaines de kilomètres de distance, avec pour seul indice, une trace de sperme sur les sous-vêtements de la jeune fille. Le fichier de police n'ayant rien donné, l'enquête a périclité, et celui qui avait laissé ses traces et qu'on a appelé «l'individu A» est resté dans l'ombre pendant plus de trente ans.

Mais il a suffi de rentrer les données de l'individu A sur GEDmatch pour trouver une correspondance avec deux cousins éloignés: l'arbre généalogique de la famille a mené l'équipe d'enquête directement à la porte d'un chauffeur routier habitant précisément dans la zone où les corps ont été retrouvés. Sans beaucoup de peine, elle s'est procuré l'ADN du chauffeur et a ainsi mis un nom sur l'individu A: William Talbott.

Cependant, cette condamnation n'a été rendue possible que grâce au partage de données des utilisateurs et utilisatrices de GEDmatch. Alors faut-il ou non divulguer des données personnelles dans le cadre d'une enquête? La condamnation de William Talbott pour le double meurtre de 1987 pose en tout cas les bonnes questions.

Slate.fr

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