Médias / Société

Instagram s'empare de la sobriété pour la rendre cool

Temps de lecture : 2 min

L'art du selfie avec un virgin mojito à 12 euros dédramatise l'alcoolisme.

La sobriété apparaît aussi aisée «que de mettre un filtre Instagram». | Kaizen Nguyễn via Unsplash
La sobriété apparaît aussi aisée «que de mettre un filtre Instagram». | Kaizen Nguyễn via Unsplash

La cuite du samedi soir n'est plus le signe d'une vie sociale accomplie, en tous cas pas sur Instagram. À la place, #sobercurious marque nos réseaux au fer rouge du bien-être et couvre de paillettes la difficulté du combat pour la sobriété.

Le mouvement «Sober Curious» part pourtant d'une idée pleine de sens, celle de Ruby Warrington, journaliste anglaise de 43 ans. Interrogée par le Guardian, elle explique: «Ou bien on boit trop et on est alcoolique, ou bien on boit normalement et on n'a aucun problème.» Entre les deux, il existe cependant des nuances. C'est à toutes celles et ceux qui se situent dans cette zone grise de l'alcool, qui «picolent un peu mais trop, addicts mais pas trop» qu'elle s'adresse.

En 2016, elle fonde Club Soda NYC pour questionner le rapport social que nous entretenons avec l'alcool. Pourquoi serait-il mal vu de refuser un verre de vin quand on n'est ni enceinte, ni ex-alcoolique? Existe-t-il une culture dominante de l'alcool qui nous pousse à boire plus que ce dont nous avons envie? Ainsi naît le mouvement, qui s'oppose à cet alcoolisme mondain et affiche fièrement sa sobriété sur les réseaux sociaux, jusqu'à parler de «faire son coming out» en tant que... sobre.

Un combat plus complexe

Loin de se restreindre à l'alcool, Sober Curious embrasse tout le spectre de la vie saine, en attestent les influenceurs et influenceuses qui en ont fait le cœur de leur image sur les réseaux. Côtoyant des images de femmes en legging, açai bowl arc-en-ciel, randonnée au lever du soleil, #sobercurious n'a finalement plus beaucoup de rapport avec son sujet d'origine, la sobriété, dont la conquête n'appartient qu'à l'alcoolique repenti·e.

Le risque de cette tendance est d'en oublier que la sobriété est aussi un combat. Warrington elle-même a conscience de la dérive et rappelle: «L'objectif de Sober Curious est précisément de différencier ceux qui ont le privilège de choisir de ne pas boire, et ceux pour qui l'alcool représente un danger mortel.»

Laura McKowen, ex-alcoolique et autrice d'un livre sur le sujet (We are the luckiest, non traduit) s'inquiète de voir la sobriété apparaître aussi aisée «que de mettre un filtre Instagram». Le chemin pour l'atteindre est souvent long, l'envisager comme la garantie d'un bien-être immédiat sous-estime sa complexité.

Pourtant, il existe d'autres manières d'envisager la sobriété sur les réseaux. Le compte Fucking Sober a, lui, choisi l'autodérision avec des mèmes à l'humour acide. Et surtout, comme le souligne une des fondatrices de la page, «c'est un tel soulagement de pouvoir rire des moments les plus sombres de notre vie».

Slate.fr

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