Parents & enfants / Société

Ces adultes qui partent (encore) en vacances avec leurs parents

Temps de lecture : 6 min

Qui sont ces grandes personnes qui ont décidé de ne jamais couper le cordon, y compris au moment des congés?

Certains adultes ne pourraiet pas partir sans le soutien financier de leurs parents, rappelle le sociologue Olivier Galland: «Seules les personnes aux revenus moyens ou élevés peuvent partir en vacances.» | Free-Photos / Pixabay 
Certains adultes ne pourraiet pas partir sans le soutien financier de leurs parents, rappelle le sociologue Olivier Galland: «Seules les personnes aux revenus moyens ou élevés peuvent partir en vacances.» | Free-Photos / Pixabay 

À 28 ans, Lydia, assistante maternelle, est en couple depuis dix ans déjà. Comme tous les ans à l'approche du mois de juillet, elle s'apprête cependant à partir en vacances seule... avec ses parents. «Même si je les vois beaucoup tout au long de l'année, le fait d'être loin des soucis du quotidien nous permet de mieux nous retrouver.»

Ce «rituel» familial, la jeune femme ne l'a jamais manqué, même dans les premiers temps de sa majorité, moment où la plupart de ses ami·es ne rêvaient que de liberté. C'est d'ailleurs à cet âge qu'elle a commencé à participer au choix de la destination.

Cette année, ce sera la Corse. Comme à chaque fois, Lydia envisage de tout faire avec ses parents, même si «tout le monde n'est pas d'accord sur tout»: «Mon père adore les randonnées en montagne et ma mère et moi, plutôt les marchés. Mais on fait des concessions et cela se passe bien. Parfois, ma mère et moi partons de notre côté puis nous rejoignons mon père.»

Comme 54% des adultes de 28 à 45 ans, Lydia voyage loin des soucis du quotidien avec sa mère pour mieux la retrouver. Le port de Centuri en Corse. | jackmac34 / Pixabay

Ses seuls moments d'indépendance? Le soir, lorsqu'elle appelle son petit ami ou communique un peu sur les réseaux sociaux avec ses copines. «Mais cela s'arrête là», avoue celle qui assume complètement la situation.

Reculer le passage à l'âge adulte

Si ce mode de vacances peut sembler étonnant pour un adulte, Lydia est loin d'être la seule dans ce cas. Selon une récente étude Abritel/HomeAway-Toluna, 54% des 28-45 ans sont déjà partis seuls avec leurs parents. Dont 55% pour revivre des vacances similaires à celles de leur enfance –et 20% pour se faire dorloter. Des chiffres riches d'enseignements sur la façon dont cette génération appréhende et vit le passage à l'âge adulte.

«Autrefois, dans la période de l'après-guerre, on quittait ses parents de façon définitive. On entrait de plain-pied dans la vie adulte en prenant un logement, un travail, en se mariant et fondant une nouvelle famille. Mais aujourd'hui, on repousse le moment de se mettre en couple, et surtout de faire un enfant. On se détache plus progressivement des liens familiaux tout en les entretenant», décrypte le sociologue Olivier Galland, auteur de Sociologie de la jeunesse.

Moins tenus par les engagements, de nombreux adultes prennent plaisir à réintégrer la cellule familiale ponctuellement. Notamment durant la période des vacances, moment où l'«on consolide la famille», comme l'affirme le sociologue Jean Viard dans Le Triomphe d’une utopie.

D'autant que les différentes générations partagent de plus en plus de valeurs communes. «Aujourd'hui, les personnes qui ont entre 18 et 60 ans considérent toutes que chacun est libre de mener la vie privée qu'il a choisie sans se conformer à des normes ou des principes abstraits. Cette idée d'autonomie personnelle est beaucoup plus partagée qu'il y a trente ou quarante ans», explique Olivier Galland. Par conséquent, «il y a peu de sujets de dissensions» et la cohabitation pose peu de problèmes.

«J'ai peur qu'on pense que je n'ai pas de vie»

Sophie, 34 ans, célibataire et sans enfant, adore partir seule avec sa mère, une femme divorcée de 59 ans. Une maman jeune dans sa tête et ouverte, avec laquelle elle partage la même vision des voyages, le même rythme et les mêmes envies. «On marche énormément, pas loin de 15 kilomètres par jour, on aime faire des découvertes insolites, visiter des monuments, trouver des bons plans pour manger sur le pouce etc.»

Sophie reconnaît une autre vertu importante à ces parenthèses mère-fille: la possibilité d'ôter son masque social. «Avec ma mère qui me connaît par cœur, je peux être naturelle. Si je n'ai pas envie de parler, je ne parle pas. On n'est pas dans des faux-semblants.»

«Les copines qui ont des relations toxiques avec leur mère m'envient de partir avec la mienne.»

Sophie, 34 ans, en couple

Partiraient-elles encore à deux si elles étaient chacune en couple? Oui, assure Sophie, qui raconte s'être déjà envolée pour une semaine en Andalousie avec sa maman alors qu'elles fréquentaient toutes les deux des hommes: «Je pense que quoiqu'il arrive dans l'avenir, on essaiera de conserver cela, une fois tous les deux ans voire une fois par an.»

Si la trentenaire part avec sa mère par choix, il lui arrive d'appréhender les réactions de son entourage. Chez ses proches, ces dernières sont plutôt positives: «Certains m'envient, surtout mes copines qui ont des relations particulières voire toxiques avec leur mère, et qui ne se verraient pas voyager avec.» Dans le cadre de ses relations plus lointaines, elle préfère parfois ne pas en parler: «Il y a toujours un moment où j'ai peur que les gens pensent que je n'ai pas de vie ou pas d'amis.»

Pourtant l'un n'exclut pas l'autre, bien au contraire. Parmi les personnes âgées de 28 à 45 ans ayant affirmé être déjà parties en vacances avec leurs parents, seuls 28% le font car elles n’ont personne d’autre avec qui séjourner, selon l'étude Abritel/HomeAway-Toluna.

Solidarité intergénérationnelle

Preuve que ce n'est pas son cas, Sophie s'offre d'autres petits voyages dans l'année, avec ses ami·es cette fois. «Aujourd'hui, les jeunes adultes peuvent prendre une semaine avec leurs parents dans un endroit, une semaine avec leurs amis dans un autre, une semaine seuls etc. La famille n'est certainement pas un choix exclusif!», assure le sociologue Olivier Galland. Et pour cause, «l'idée de partir un mois en vacances dans un seul endroit est révolue».

Depuis la réduction du temps de travail et l'instauration des RTT, beaucoup de personnes actives préférent fragmenter leurs congés plutôt que se soumettre à une longue pause estivale. Elles peuvent alors partir avec leurs parents sans pour autant sacrifier leurs vacances en couple ou entre amis.

«L'entrée dans la vie adulte est plus compliquée qu'autrefois et parfois plus précaire.»

Olivier Galland, sociologue

Encore faut-il avoir les moyens financiers pour s'offrir plusieurs voyages dans l'année. «Seules les personnes aux revenus moyens ou élevés peuvent partir en vacances», rappelle Olivier Galland. Certains adultes ne peuvent réellement espérer partir qu'avec leurs parents.

Selon l'étude Abritel/HomeAway-Toluna, 30% des 28-45 ans étant déjà partis en vacances dans ce contexte l'ont fait pour des raisons financières. «L'entrée dans la vie adulte est plus compliquée qu'autrefois et parfois plus précaire, alors les parents aident énormément les jeunes adultes matériellement, explique Olivier Galland. Ils font de gros efforts pour faciliter le financement de leurs études et de leur installation, et cela continue après.» Une «solidarité très forte entre les générations» qui s'observe donc aussi pour les vacances.

Les hommes après 28 ans premiers concernés

Chaque été, Édouard, 40 ans, profite d'une semaine tous frais payés dans la résidence secondaire de ses parents sur l'île de Ré.

Une formule qui lui permet de passer des instants privilégiés avec son père et sa mère dans un cadre dépaysant sans débourser un centime. Le quadragénaire célibataire ne renoncerait pour rien au monde à ce confort.

62,5% des hommes contre 53,3% des femmes de plus de 28 ans envisagent des vacances avec leurs parents.

Même s'il avoue faire en sorte de ne pas rester 24h/24 avec ses parents, avec lesquels il se sent parfois en décalage: «Je prends avec moi beaucoup de bouquins, je me cale parfois sur une chaise longue pour bosser un peu pendant qu'ils partent se balader et je les rejoins pour manger.»

Difficile de ne pas penser au phénomène Tanguy en découvrant son témoignage. À l'image de ce personnage de fiction qui s'accroche au foyer familial, les hommes sont d'ailleurs plus nombreux (62,5%) que les femmes (53,3%) à envisager des vacances avec leurs parents après 28 ans. L'illustration d'une «tendance anthropologique très ancienne» selon les termes d'Olivier Galland, qui veut que les femmes accèdent généralement plus tôt à l'indépendance.

Wassila Djellouli

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