Parents & enfants / Société

La crèche hyperconnectée, le cauchemar des parents

Temps de lecture : 2 min

Une notification à chaque fois que bébé fait caca et la sensation de l'abandonner, c'est tout ce que réussissent à faire les applications de suivi en temps réel de votre enfant à la garderie.

«11h45, a mangé de la viande hachée; 12h32, s'est endormi; 1h03, s'est réveillé; 14h15, a été changé»: difficile de couper le cordon dans ces conditions. | Shitota Yuri via Unsplash
«11h45, a mangé de la viande hachée; 12h32, s'est endormi; 1h03, s'est réveillé; 14h15, a été changé»: difficile de couper le cordon dans ces conditions. | Shitota Yuri via Unsplash

«Ne manquez jamais un moment, n'oubliez jamais un souvenir.» On dirait Black Mirror mais c'est le slogan de HiMama, l'une des applications de suivi d'enfants les plus populaires en crèche. Son principe ne part pas d'une mauvaise intention: vous tenir informé·e en direct du moindre rototo de bébé ainsi que toutes ses occupations quotidiennes, via des notifications sur votre téléphone.

Surtout répandue aux États-Unis, l'hyperconnectivité des garderies est en passe de débarquer en France. On voit déjà apparaître dans certaines micro-crèches privées des applications comme Meeko Family, ou des nounous qui vous bombardent de photos de votre progéniture dans tous ses états.

Difficile de se concentrer au travail

«11h45, a mangé de la viande hachée; 12h32, s'est endormi; 1h03, s'est réveillé; 14h15, a été changé»: cette précision à la minute près, c'est le lot quotidien de Sledd, consultante en médias interviewée par le magazine féminin du Washington Post, The Lily. Si ces notifications lui ont permis de surmonter les inévitables premières séparations —rarement faciles– elles la rendent maintenant incapable de couper le cordon.

Selon le cofondateur et PDG de HiMama, les applications de surveillance parentale sont source de joies quotidiennes. En réalité, cet afflux d'informations à propos de chaque petit moment de la vie de son enfant rend la vie des parents impossible. Incapables de se concentrer, spéculant sur l'heure de la sieste, ils ne sont ni avec leurs enfants, ni totalement présents à leur tâche. Sledd raconte que si elle constatait que son fils n'avait dormi qu'une heure à midi, elle angoissait tout l'après-midi en pensant à la perspective de la terrible soirée qu'il allait leur infliger à elle et son mari.

Culpabilité renforcée

Une notification par heure égrenne le temps qu'on passe loin de son enfant. On voit quotidiennement des moments qu'on aimerait pouvoir partager. Plutôt qu'attenuée, la distance et la culpabilité ressentie d'être un parent absent, donc mauvais, s'en retrouve renforcée. Paradoxe pour une application qui visait à apaiser ce sentiment.

En dépit de l'absence de données concrètes pour déterminer quelles personnes font usage de ces applications, on constate qu'empiriquement ce sont principalement des femmes. Caitlyn Collins, sociologue américaine, interpète cette prévalence par une idée reçue –qui a valeur d'injonction pour les femmes– selon laquelle il faudrait «être mère à temps plein».

Sans doute l'hyperconnectivité est-elle le symptôme d'une représentation faussée du rôle de mère plutôt que la solution au retour à la vie professionnelle. Un nouvel argument pour souligner l'importance du congé paternité dans le processus de transformation des représentations. Tant pis si Emmanuel Macron juge la mesure «trop chère».

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