Politique

Chez Les Républicains, le pire est encore à venir

Temps de lecture : 5 min

Prochain président probable du principal parti de droite, Christian Jacob, coincé entre le lepénisme et le macronisme, va devoir résoudre la quadrature du cercle.

Au siège parisien des Républicains le 27 mai 2019, au lendemain des élections européennes. | Jacques Demarthon / AFP
Au siège parisien des Républicains le 27 mai 2019, au lendemain des élections européennes. | Jacques Demarthon / AFP

La droite parlementaire va attendre près de quatre mois avant de se doter d'un nouveau patron. Après la déroute de la liste conduite par François-Xavier Bellamy aux élections européennes du 26 mai (8,48% des suffrages exprimés, huit candidat·es élu·es) et la démission de Laurent Wauquiez de son poste de président des Républicains (LR), les instances du mouvement ont fixé au 12 octobre, et éventuellement au 19 octobre pour un second tour, le choix de son successeur par les militant·es.

L'impasse Wauquiez

Le retrait de Wauquiez a été salué par l'ensemble des têtes pensantes du mouvement comme étant un geste honorable après la cuisante défaite que Les Républicains venaient de subir.

Depuis quelques mois, plusieurs responsables ne mâchaient par leurs mots à l'encontre de leur président, lui reprochant surtout d'avoir «rétréci» le parti pour le concentrer sur une droite identitaire proche de La Manif pour tous, collectif qui s'était âprement opposé au mariage pour tous sous le quinquennat de François Hollande.

Le choix de la tête de liste aux européennes avait, du reste, été à l'image de cette orientation stratégique qui avait provoqué des remous à l'intérieur des Républicains. La tendance libérale ne se retrouvait pas dans les positions exprimées par Bellamy, et elle menaçait implicitement de ne pas lui apporter son soutien au moment du scrutin.

C'est exactement ce qui s'est passé, puisqu'une partie de l'électorat de François Fillon à la présidentielle a préféré voter pour la liste de la majorité présidentielle conduite –pourtant assez maladroitement– par Nathalie Loiseau, ancienne ministre des Affaires européennes.

Le 2 juin, Laurent Wauquiez a reconnu sur TF1 que ce résultat était «un échec» et annoncé sa démission, en ajoutant: «Les victoires, elles sont collectives, et les défaites, elles sont solitaires.» Mais à aucun moment l'homme politique n'a donné une clé de compréhension dudit échec, pour ne pas avoir à admettre qu'il avait engagé son parti dans une impasse.

De fait, il est apparu clairement qu'au fil des mois, le désormais ex-président de LR avait considérablement réduit la base électorale de son parti, en voulant concurrencer l'extrême droite sur son propre terrain et en faisant un copier-coller de certains des thèmes populistes qui ont fait les succès électoraux du Front national puis du Rassemblement national. Sauf que, comme l'ont répété à l'envi les Le Pen –père et fille– à la tête de leur parti familial, «les électeurs préfèrent toujours l'original à la copie».

Un trône vermoulu

Dans un premier temps, les responsables du principal parti de la droite parlementaire se devaient de ne pas ouvrir une nouvelle guerre des chefs, qui se serait ajoutée à la débandade électorale.

Mais il ne faut pas non plus perdre de vue que l'on ne se bousculait pas au portillon pour venir ramasser les morceaux, même si d'aucuns ont voulu faire croire que quelques postulant·es se tâtaient pour reprendre le trône laissé vacant.

Pour être honnête, le trône en question est quelque peu vermoulu, et il y a fort à parier que les impétrant·es désigné·es par la presse se sont moins posé de questions qu'on ne l'imagine.

Gérard Larcher, président du Sénat, voulait-il vraiment le poste? Bruno Retailleau, président du groupe LR à la Chambre haute et âme du fillonisme, était-il aussi partant? Même chose pour Éric Woerth, président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, ou pour Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France. La place ressemble trop à une guillotine pour attirer le chaland; en valait-elle vraiment la chandelle?

Le choix devait donc se faire entre quelques personnalités ambitieuses qui ne ratent jamais une occasion de se pousser un peu du col et un candidat blanchi sous le harnais, ancien de la maison, l'un de ceux qui a des amis partout parce qu'ils savent qu'il ne fera pas un coup de Jarnac à la Balladur contre son «ami de trente ans» en se lançant dans la campagne de 2022 après avoir juré ses grands dieux que lui, vraiment, ce n'était pas son genre de beauté.

Pour lui faciliter la tâche, le bureau politique du parti a pris les devants en décidant que les candidat·es à la succession de Wauquiez auraient l'obligation de prendre «l'engagement moral» de ne pas se présenter à la prochaine présidentielle.

Cette recommandation, annoncée par le président par intérim Jean Leonetti, homme de bonne volonté s'il en est, était faite dans un souci «d'apaisement» –ce qui en dit long sur la qualité de l'ambiance interne.

Il est vrai que la droite française ne s'est jamais vraiment remise de la défaite de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle de 2012 et de la bataille épique qui a suivi pour la présidence de l'UMP (ancêtre de LR), entre Jean-François Copé et François Fillon. Le premier s'était déclaré vainqueur au terme du vote des adhérent·es du parti, quand le second assurait qu'il ne laisserait «pas voler la victoire aux militants».

Cette bagarre de chiffonniers a laissé des traces profondes dans chacun des camps et des haines recuites à profusion.

Les municipales au tournant

Entre les jeunes ambitieux et le vieux routier, le choix s'oriente –pour le moment– dans la seconde voie. Un seul candidat s'est déclaré: Christian Jacob, président du groupe LR à l'Assemblée, qui est chargé de mettre de l'huile dans les rouages et de réconcilier les irréconciliables.

S'il pouvait, en prime, faire revenir au bercail toutes celles et tous ceux qui s'en sont éloignés, il remplirait parfaitement son contrat à durée déterminée. Chiraquien avec Chirac, filloniste avec Fillon, Jacob à l'avantage d'être un bon connaisseur du terrain (c'est un ancien syndicaliste agricole) et de connaître les rouages du pouvoir (il a plusieurs fois été ministre). Et même s'il n'est pas à proprement parler un tribun, il est reconnu par ses pairs.

Christian Jacob lors d'un meeting en amont des élections européennes, le 15 mai 2019. | Geoffroy Van der Hasselt / AFP

Le problème pour Jacob, c'est que la remise sur les rails des Républicains n'est pas seulement une question bisounours de réconciliation interne entre quelques egos surdimensionnés: c'est aussi et surtout un enjeu de définition d'une ligne politique qui puisse rassembler des gens qui, justement, ont des lignes politiques différentes.

Ce n'est pas une mince affaire, d'autant que les élections municipales vont arriver très vite, au début du printemps 2020, et que cette consultation n'est pas tellement propice à la mise en place d'une politique unique.

Nombre de maires sortant·es Les Républicains de moyennes et grandes villes vont se soucier comme d'une guigne de l'étiquette de leur parti et nouer des alliances qui ne seront pas forcément vues d'un bon œil au quartier général. Plusieurs ont déjà répondu favorablement aux appels du pied des macronistes pour élargir leur base électorale –et sauver leur réélection.

Il est probable qu'un autre contingent, dans le nord et le sud de la France, ne restera pas totalement insensible aux sirènes du Rassemblement national qui, comme le parti de la majorité présidentielle, cherche à élargir son assise municipale en vue des consultations suivantes, comme les sénatoriales à l'automne 2020.

En un mot, les deux formations qui dominent actuellement la vie politique nationale n'ont pas encore fini de se partager les dépouilles de la droite. La tâche au programme du futur patron de LR sera rude.

Olivier Biffaud Journaliste

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