Life

La malédiction des présidents du PSG (MàJ)

Yannick Cochennec, mis à jour le 01.03.2010 à 11 h 00

Pas de grand club sans grand président capable de l'incarner et de maintenir le cap dans les périodes difficiles.

Bousculé en première période par un PSG vaillant, Marseille a fait le dos rond puis réussi une seconde période de haut niveau pour s'imposer largement au Parc des Princes (0-3), dimanche 1er mars lors du dernier match de la 26e journée de Ligue 1. L'OM est maintenant 4éme à trois longueurs de Bordeaux et Montpellier tandis que Paris est 12éme anonyme au milieu du tableau. Nous republions l'article de Yannick Cochennec sur les problèmes récurrents du PSG.

Dimanche 27 février au soir, ce sera le couvre-feu dans le 16éme arrondissement de Paris. Aux abords du Parc des Princes, des cars de CRS armés jusqu'aux dents tenteront de réguler la foule des supporters et surtout de mater la violence des sauvageons habitués à se rappeler à notre mauvais souvenir quand point le fameux clasico entre le Paris Saint-Germain et l'Olympique de Marseille.

Le match aller avait tourné au grotesque et au pugilat dans les rues de Marseille après le report, dans un premier temps, de la rencontre en raison d'une épidémie de grippe A dans les rangs du club parisien. Nous voilà prêts à tout pour ce match retour de la 26e journée de la Ligue 1.

Sportivement, l'enjeu de ce PSG-OM est intéressant, sans plus. Alors que les Marseillais bombent le torse du haut de leur 5éme place au championnat, les Parisiens se traînent au 12éme rang après s'être retrouvés au bord du gouffre voilà quelques semaines lors d'une crise comme aime les répéter le club de la capitale. Dans ce climat délétère, un joueur -Mamadou Sakho- s'est même laissé aller à gifler un journaliste du Parisien. Les sauvageons ne sont pas que dans les tribunes.

Cet avis de tempête a largement occupé Robin Leproux, le tout nouveau président du PSG depuis l'été dernier, guère habitué aux mœurs du football après avoir fait carrière dans les médias. Diriger le PSG, formation aux multiples convulsions, est un sacerdoce. C'est aussi un CDD précarisé compte tenu des tensions internes et externes. La porte du Parc des Princes n'est jamais très loin pour celui qui veut bien se mettre les mains dans le cambouis parisien. Robin Leproux est le 15éme président du PSG qui fête ses 40 printemps en 2010. Quinze dirigeants en 40 années, cela en dit long sur le turn-over à la tête de ce club instable où quelques-uns, comme Charles Biétry, Pierre Blayau et Charles Villeneuve, n'ont tenu que quelques mois.

«5% de plaisir pour 95% d'emmerdes», voilà comment Jacques Wattez, le président du club de Boulogne-sur-Mer 19éme de Ligue 1, définissait, cette semaine, sa fonction dans un documentaire Profession: président de club diffusé sur Orange Sport. A Paris, les 100% d'emmerdes sont souvent atteints...

Pour être un grand dirigeant, il faut durer et ne pas oublier de gagner de temps en temps... Mais savoir incarner le club est au moins aussi important que de réussir à soulever un trophée. Dans l'histoire du PSG, le journaliste Michel Denisot, aux manettes entre 1991 et 1998, a été le président le plus efficace avec un titre de champion en France en 1994 et, surtout, une victoire européenne en 1996 lors de la Coupe des vainqueurs de coupes. Mais peut-être qu'en raison de sa froideur naturelle, il n'a jamais su le personnifier le club comme le souriant et pittoresque Francis Borelli aux commandes du PSG entre 1978 et 1991.

Champion de France avec ses joueurs en 1986, Borelli, homme de la publicité après avoir fait de la figuration dans le cinéma, savait se mettre en scène comme lorsqu'il embrassa la pelouse du Parc des Princes lors de la finale de la Coupe de France remportée par le club en 1982. Il avait du bagout et il crevait l'écran. Alors, le public était prêt à tout lui pardonner quand l'équipe allait moins bien. Jusqu'au jour où il fut débarqué sèchement avec l'arrivée de Canal Plus à la tête du club. L'époque avait changé...

C'est peut-être ce qu'aujourd'hui les supporters ne pardonnent pas à leurs dirigeants. La raison pour laquelle ils s'échinent à réclamer leurs têtes sur des pics à chaque série de contre-performances. Aux yeux des supporters, certains présidents de clubs ne sont que des financiers et n'ont aucune légitimité dans le football. Selon eux, ils ne connaissent rien à ce sport qu'ils n'ont pas «dans leurs tripes». Ils ont un portefeuille à la place du cœur (et qui, toujours pour les supporters les plus fanatiques, ne bat certainement pas 24 heures sur 24 pour le club). Quelle différence, pour le kop de Boulogne, entre un Laurent Perpère et un Robin Leproux, qui ont tous les deux fait de brillantes études et décroché de très hauts postes avant d'atterrir à la présidence du PSG? De manière peut-être injuste, ils ont l'apparence de clones. Donc interchangeables et «virables» au premier coup de grisou.

Heureusement survivent des spécimens authentiques et même des dinosaures dans ce monde de plus en plus envahi par les crânes d'œuf, à l'image de Frédéric de Saint-Sernin passé du cabinet de Jacques Chirac à L'Elysée au Stade Rennais. Ils s'appellent, par exemple, Louis Nicollin à Montpellier et Gervais Martel à Lens. Ils SONT le club qu'ils dirigent. Nicollin tient la barre depuis... 1974, Martel depuis 1988. En 2009, deux de leurs congénères, Jean-Claude Hamel et Carlo Molinari, ont choisi, eux, de faire valoir leurs droits à leur retraite. Le premier avait présidé aux destinées d'Auxerre pendant 36 ans, le second n'avait pas lâché les rênes de Metz depuis 1983 après les avoir déjà tenus entre 1967 et 1978.

Comme Georges Frêche dans leur bonne ville de Montpellier, Louis Nicollin paraît insubmersible. Peu importe que le club végète en Ligue 2 pendant cinq années jusqu'à son retour triomphal en Ligue 1 -il est actuellement 2éme derrière Bordeaux. Peu importe ses dérapages homophobes, comme lorsqu'il traite Benoît Pedretti de «petite tarlouze», il demeure populaire sur ses terres. «Je vais bien péter les plombs une ou deux fois cette saison, obligé!», avait-il prévenu l'été dernier dans une interview donnée à L'Equipe Magazine. Promesse tenue au-delà de nos espérances.

Une vraie nature ce Loulou survivant de deux attaques cardiaques et qu'il serait bien trop facile de caricaturer en beauf car l'homme est bien plus fin qu'il en a l'air. Il est rusé en affaires -ce franc-maçon a fait fortune dans la collecte des ordures ménagères- et il connaît toutes les ficelles de sa fonction de dirigeant. Ne lui parlez pas, en effet, du métier de dirigeant dans la mesure où il méprise souverainement les présidents de club rémunérés. «Tout est une question de passion pour le club», répète celui a qui souvent puisé dans sa propre caisse personnelle pour venir au secours de l'amour de sa vie: son club.

Le Lensois Gervais Martel ne dit pas autre chose. «Le mec qui veut être président par plan de carrière, il va pas s'enflammer, c'est sûr, confiait-il, voilà quelques années, dans un portrait que lui consacrait L'Equipe. Moi, je suis un passionné. Alors parfois, il y a quelques dérapages.» Gervais Martel, à la paillarde doctrine, relevait le quotidien sportif: «Il faut se bouger le cul!» Comme Nicollin, Martel a connu récemment les affres de la descente en Ligue 2, mais est resté au pouvoir comme si, là aussi, il était impossible de faire sans lui au Stade Bollaert.

A Marseille, Bernard Tapie avait su également être en symbiose avec la personnalité de son club. Sur la Canebière, son verbe haut plaisait comme sa manière de faire quelque peu «limite». Malgré ses sorties de route et l'affaire VA-OM, Tapie reste une figure populaire au Stade Vélodrome où ils sont quelques-uns à nourrir une vraie nostalgie.

Président de l'Olympique Lyonnais depuis 1987, Jean-Michel Aulas fait, lui, la synthèse entre l'ancienne et la nouvelle époque. Il est à la croisée des chemins. Chef d'entreprise, il a su allier la ferveur pour son club, qui n'était plus rien ou presque quand il l'a repris sur le conseil de... Bernard Tapie, et une vraie maîtrise de gestionnaire pour faire de l'OL un septuple champion de France entre 2002 et 2008 et un (presque) grand d'Europe. Il est respecté pour avoir spectaculairement redressé le club, mais un peu mal aimé parce que paraissant toujours calculateur. Une impression mi-figue mi-raison au diapason de l'impact affectif mesuré du club dans le pays. Lyon et Saint-Etienne sont de grands rivaux régionaux, mais pour les Français, les Verts restent inégalables. Car personne n'a oublié la pipe du président Roger Rocher assis sur son banc au Stade Geoffroy-Guichard.

Yannick Cochennec

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Image de Une: Des supporters du PSG escortés par la police Jean-Paul Pelissier / Reuters

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