Santé

«Une part de moi sera toujours amoureuse de lui»

Temps de lecture : 4 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Noémie, meurtrie de ne plus être en couple avec celui qu'elle pense être l'homme de sa vie, rencontré alors qu'elle n'avait pas 13 ans.

«Au fond de moi, je sais que nous allons un jour nous retrouver.» | Priscilla Du Preez via Unsplash
«Au fond de moi, je sais que nous allons un jour nous retrouver.» | Priscilla Du Preez via Unsplash

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

Lorsque je l'ai rencontré, je n'avais même pas encore 13 ans. C'était lors de vacances d'été dans le sud de la France. Je l'avais déjà remarqué, mais nous ne nous sommes parlé que peu avant mon départ. Nous avons échangé nos adresses MSN (eh oui, c'était à l'époque...) et discuté un peu.

Nous nous sommes revus deux ans de suite au même endroit, toujours dans la timidité. La troisième année, nous avons échangé notre premier baiser et passé trois semaines merveilleuses. Il habitait en Normandie et moi à Paris, mais nous sommes restés ensemble quelques mois.

Étant tous les deux très jeunes, mon père n'acceptait pas que du haut de mes 15 ans, je prenne le train pour aller le voir. Nous nous sommes alors séparés, à mon initiative.

Lui partait toujours au même endroit en vacances, ce n'était plus mon cas. Nous sommes cependant toujours restés en contact. Lorsque je vivais des amourettes, c'était à lui que je pensais malgré tout. Puis j'ai déménagé dans le sud de la France, à 1.000 kilomètres de lui.

Après plus de deux ans, nous avons paradoxalement décidé de nous revoir. Je suis allée chez ses parents pendant des vacances de Noël. C'était comme une évidence: nous nous sommes offerts l'un à l'autre, comme si nous nous étions attendus tout ce temps.

Lorsque j'ai eu mon baccalauréat, après deux ans de relation à distance, je suis partie le rejoindre en Normandie pour que nous vivions ensemble. Nous n'avions même pas encore 18 ans.

Nous avons passé plus de quatre ans ensemble, quatre années de bonheur malgré des hauts et des bas. Est venu un moment où nous ne nous retrouvions plus vraiment. Il semblait que nous avions grandi différemment, que nous n'avions plus les mêmes envies.

À vrai dire, nous n'entretenions plus réellement cette relation. Je me posais beaucoup de questions. Il m'est même arrivé une fois d'embrasser un autre homme, qui n'était hélas autre que son meilleur ami.

Je lui ai avoué et nous avons tentés de passer outre, sauf que nous avions toujours les mêmes problèmes qu'auparavant. La flamme semblait s'être éteinte de mon côté. Si une part de moi l'aimait encore, ce n'était plus aussi fort. Je ne voyais plus que le négatif. Nous nous sommes quittés.

Pendant plusieurs mois, il a tout fait pour me reconquérir. Nous avons continué à nous voir, bien que nous vivions dans des appartements séparés. Je me rattachais de plus en plus à lui, mais je ne voulais pas le faire souffrir ni même le faire espérer, n'étant pas sûre et certaine de vouloir recommencer cette histoire.

Et puis il en a rencontré une autre, avec qui il a aussitôt voulu essayer quelque chose, même lorsque je lui ai fait part de mes pensées. J'avais réalisé qu'il m'était impossible de le perdre.

Cela fait désormais près d'un an qu'il a rencontré cette femme et qu'ils sont en couple. Nous gardons pourtant contact en cachette. Lorsqu'il n'est pas avec elle, il prend aussitôt de mes nouvelles.

Cela fait quelques mois que j'ai à mon tour rencontré quelqu'un avec qui je suis très heureuse. Seulement, je ne parviens pas à l'oublier. Une part de moi sera toujours amoureuse de lui, et je sais que c'est réciproque. Je suis convaincue qu'il est l'amour de ma vie.

Le pire dans tout ça, c'est qu'il m'a avoué qu'une part de lui voulait probablement aussi être avec moi, mais que c'était impossible. Il met cela sur le compte de mon erreur, comme s'il s'agissait de fierté.

Nous avons vécu tellement de choses, c'est comme s'il était impossible que nous retrouvions cette complicité, cette complémentarité et même cette symbiose avec quelqu'un d'autre.

Je me sens coupable de démarrer une autre histoire, alors qu'au fond de moi, je sais que nous allons un jour nous retrouver et qu'il est l'amour de ma vie.

Noémie.

Chère Noémie,

C'est une belle et intense histoire que vous avez écrite ensemble, et dans un sens, oui, ce premier amour pourrait bien être l'amour de votre vie. Mais je ne veux pas l'entendre comme une fin en soi.

Affirmer qu'il serait l'amour de votre vie et vous de la sienne, c'est aussi ne donner qu'un rôle secondaire aux autres personnes qui les jalonneront. Je pense que ces personnes ont une place, un rôle à jouer, une autre histoire à écrire.

En fait, la force de votre histoire commune est qu'elle vous permet aussi de chérir un instant. Garder le contact avec lui malgré votre situation amoureuse et votre implication avec quelqu'un d'autre, c'est rester connectée pour toujours avec la jeune femme que vous avez été, les espoirs que vous aviez alors et la passion dont vous avez été capable. Vous chérissez cette histoire autant que cet homme, et vous avez bien raison: elle fait partie de vous.

Pour autant, elle ne doit pas devenir tout ce que vous êtes et ce que vous pouvez devenir. L'histoire n'est pas écrite. Ce serait terrible de se dire que vous avez déjà vécu le plus beau, le plus fort.

Ce qui est beau, c'est d'avoir vécu une si belle histoire et qu'elle vous accompagne avec bienveillance toute la vie; c'est de garder une forme d'amitié amoureuse avec cet homme qui a contribué à construire ce que vous êtes aujourd'hui.

Cette histoire ne doit pas devenir une prison. Vous ne pouvez pas vivre dans le passé.

Si vous deviez vous retrouver, je pense que vous devriez le faire avec pour bagage la richesse des expériences que vous aurez vécues chacun de votre côté. Cette séparation nécessaire n'a pas mis votre vie en pause.

Il est vrai que vous ne pourrez revivre ces moments, ce premier amour avec personne d'autre. Mais vous allez continuer à nourrir cette flamme de femme amoureuse, vivante, passionnée qui vous caractérise. Vous allez aimer.

Et puis un jour peut-être, ou peut-être pas, vous vous retrouverez avec cet homme à partager ces chemins parcourus. Il n'y a que comme ça que cet amour peut être celui de votre vie: s'il vous laisse la vivre, votre vie.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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